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Fuckin' Jodorowsky !

Avis sur Jodorowsky's Dune

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Dune nous évoque trois choses : d’une part, le légendaire bouquin de science-fiction de Frank Herbert, d’autre part, l’assez discutable adaptation de David Lynch, et enfin, le plus grand film de tous les temps jamais réalisé : la version d’Alejandro Jodorowsky. Au milieu des années 70, le cinéaste expérimental franco-chilien, fort d’un succès européen avec El Topo puis La Montagne sacrée, envisage avec le producteur Michel Seydoux l’adaptation d’un roman inadaptable : Dune, bien évidemment. Frank Pavich revient donc sur cette aventure improbable au sein de Jororowsky’s Dune, remarquable documentaire sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs 2013.

Si le sujet de base est certes passionnant, il n’était pas forcément aisé de pouvoir décrire avec talent la démesure du projet. Néanmoins, ici, c’est une grande réussite. Le documentaire suit chronologiquement la conception de l’adaptation de Dune tout en fournissant les repères nécessaires au néophyte : un petit mot sur l’œuvre de Frank Herbert, un retour sur la carrière d’Alejandro Jodorowsky, un point sur le contexte cinématographique en ce milieu des années 70, etc etc… Car en effet, ce qu’il faut savoir, c’est que l’ère n’est pas forcément très propice à la science-fiction. La grande vague des années 50 est déjà loin derrière, 2001 : l’Odyssée de l’espace est sorti quelques années plus tôt mais n’a pas vraiment déclenché de mode dans le genre et Star Wars n’est pas encore sorti. Qu’importe, car Jodo, il s’en fout, il est au-dessus de cela !

Sa chance, c’est d’être accompagné par Michel Seydoux, producteur talentueux et ambitieux. Ce duo va soulever des montagnes pour concrétiser le projet. Et il faut dire que c’est très impressionnant, car même si le film n’a jamais été fait, les moyens qui ont été réunis pour sa conception forcent le respect. Même si vous avez déjà lu des articles à ce propos, le film est suffisamment riche et bien documenté pour pouvoir toujours apprendre quelque chose à son spectateur et ce de manière très dynamique. L’univers vit complètement. Grâce aux artistes avec qui il collabore, à commencer par H.R. Giger (futur designer d’Alien), Dan O’Bannon (futur scénariste d’Alien) et Jean « Mœbius » Giraud (futur designer des costumes d’Alien…), le film prend une amplitude visuelle démente. Jean Giraud regroupe tous ces travaux dans un storyboard colossal (car après tout nous parlons d’un film de 10 heures…) que Frank Pavich a l’intelligence d’animer. Ainsi, ce dernier nous fait vivre l’introduction jamais réalisée de ce Dune, un plan-séquence impensable traversant l’espace pendant plusieurs minutes, passant à côté de planètes, trous noirs, batailles intergalactiques et autres joyeusetés du genre. Attention, orgasme cinématographique en vue.

Le documentaire revient également sur tous les autres aspects de la production : bien entendu son casting pharaonique présentant des noms comme Mick Jagger, Orson Welles ou encore Salvador Dali, agrémenté d’anecdotes absolument succulentes, mais aussi sur l’approche musicale du métrage dominée par deux groupes : Magma… et Pink Floyd ! Ainsi de suite, la production du film atteint des sommets de démesures. C’est quelque chose que l’on ressent vivement au sein des interviews, et c’est très plaisant. Les intervenants (du moins ceux qui sont encore vivant, Dan O’Bannon n’étant plus de ce monde malheureusement) expriment toute l’obstination qu’ils avaient dans leur travail. Ce film, c’est tout un pan de vie. La plupart des collaborateurs mettront d’ailleurs un certain temps avant de se remettre de cette aventure avortée (lors de sa dépression, Dan O’Bannon écrira une modeste série B de science-fiction, Starbeast… devenue Alien).

Assez exhaustif, Jodorowsky’s Dune relate fidèlement avec un montage dynamique et intéressant les hauts faits de ce projet. On pourrait éventuellement être déçu qu’Alain Delon n’y soit pas mentionné alors qu’il était question qu’il apparaisse dans cette adaptation, ou encore que Ridley Scott ne soit pas non plus mentionné lorsqu’il a repris le projet et l’a mené en pré-production avant de le quitter pour faire Blade Runner. Outre cela, le film ne rate rien et ne manque pas de parler de la version de David Lynch (je vous laisse découvrir ce que Jodorowsky en pense) ou encore de l’influence que ce film jamais fait a eu sur un nombre assez important de productions américaines (Alien, Star Wars, Terminator…) dans les années suivantes, de par les travaux préparatoires entrepris. On ne manque pas non plus de bénéficier de l’admiration de Nicolas Winding Refn envers Alejandro Jodorowsky.

Jodorowsky’s Dune de Frank Pavich est donc incontestablement un des meilleurs documentaires de l’année. C’est un réel plaisir, un fantasme de cinéphile qui plaira tout autant aux plus néophytes de par son approche extrêmement bien équilibrée et documentée. La note finale de Jodorowsky est d’ailleurs touchante et laisse entrevoir encore des possibilités pour cette œuvre mort-née qui ne demande qu’à ressusciter. A découvrir dès que possible !

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