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Jodo and the warriors

Avis sur Jodorowsky's Dune

Avatar JimBo Lebowski
Critique publiée par le

Ce documentaire est l'histoire d'un rêve, un merveilleux rêve, mais comme tout rêve le réveil peut être brutal et parfois cruel pour à nouveau basculer vers la réalité ... Ce rêve est celui d'Alejandro Jodorowsky, cinéaste chilien à l'ambition démesurée, en 1974 il veut le réaliser, le matérialiser, en faire sa pièce maîtresse, cette œuvre c'est "Dune".

Jodorowsky nous reçoit intimement dans son appartement, il sort un énorme bouquin et le pose sur la table, tout son projet est là, des milliers de croquis sous forme de storyboards détaillés, de peintures magistrales, de dessins minutieux, un véritable graal. Il se remémore cette entreprise folle, de son admiration pour le livre de Herbert, de son désir d'éveiller les consciences, de sacraliser le cinéma, "Dune" devait être littéralement son Dieu cinématographique.
Jodo était connu au début des années 70 pour ses films extrêmement singuliers et avant-gardistes, il avait donné un ton hautement surréaliste au septième art, remplissant les salles pour les fameuses séances "Midnight Movies" aux États-Unis, résonant jusqu'en Europe où il connu un franc succès.
Sa rencontre avec le producteur français Michel Seydoux a été le point de départ du projet, puis il commença à recruter ses "warriors" comme il les appelle pour débuter son périple, il engage les meilleurs de l'époque dans leur domaine comme les designers Moebius, Dan O'Bannon et H.G. Giger (les pères du futur Alien), ainsi que les musiciens Pink Floyd et Magma pour la bande son, rien que ça ... (bave).
L'ambition de Jodorowsky est tout simplement dingue, il croit en son art et en son destin, n'hésitant pas à faire des choix tranchés si le courant ne passe pas et que les personnes ne sont pas en adéquation avec son processus créatif (genre larguer Douglas Trumbull, le concepteur des FX de "2001" sur un coup de tête fallait le faire ...), sa devise "d'abord l'art, ensuite la technique".
Et plus le projet avance plus il grossit en terme de qualité, les idées pétillent comme du pop corn, l'esprit de Jodo part dans toutes les directions, tellement que ses collaborateurs commencent à se demander si un tel projet est réalisable, car passer de la théorie à la pratique c'est une autre paire de manche, mais il parait extrêmement confiant.
Les infographies du documentaire sont justes fabuleuses, j'ai été émerveillé de voir ses croquis en animation, comme l'élaboration du plan séquence d'introduction, du pur génie. Les astuces typographiques suffisent pour entrer dans l'univers de son "Dune", on peut largement imaginer un film à la hauteur de "Star Wars", qui lui n'est toujours pas réalisé à l'époque, il aurait pu même le surpasser qui sait ...
Ensuite niveau casting alors là c'est carrément jouissif au possible, entre Salvador Dali en empereur de la Galaxie, Orson Welles en baron Harkonnen en passant par Mick Jagger en Feyd-Rautha, on reste les yeux écarquillés en souriant frénétiquement, de plus les anecdotes sont justes géniales et savoureuses (notamment celle de Dali et ce petit jeu malicieux entre confrères surréalistes).
Tout semble prêt et sur la bonne voie, mais tout paraît trop beau, et le rêve va malheureusement basculer à cause de la crainte des studios hollywoodiens envers le personnage de Jodorowsky, tellement aux antipodes de leur buisness, confier un si énorme projet à un tel excentrique les a définitivement rebutés, rien à faire, tout s'écroule, et c'est David Lynch qui récupérera les rênes pour en faire le résultat qu'on connait.
Jodo restera profondément marqué par cet échec, d'autant plus cruel que tout son univers à enfanté bon nombre de superproductions du genre fantastique comme "Star Wars", "Alien", "Flash Gordon" ou encore récemment "Prometheus", Hollywood lui a volé ses "warriors" ...
On prend conscience de la frontière entre l'art brut, libre et onirique de Jodorowsky avec la réalité des enjeux financiers des tout puissants studios, le choc est dur à encaisser et le réveil douloureux, un film qui aurait pu changer le destin du cinéma de science fiction, être un chef d'œuvre intemporel ... ou bien un navet on ne le saura jamais, de plus vu toutes les mésaventures de la pré-production qui sait ce que le tournage aurait donné ? C'était peut être même reculer pour mieux sauter, mais ça aurait sans aucun doute valu la peine d'être tenté, dommage.

Ce "Jodorowsky's Dune" est un documentaire extraordinaire, très fourni, passionnant, rempli d'anecdotes, de témoignages et de réflexions passionnantes, les visuels sont merveilleux et cette personnalité décalée de Jodo est tout à fait attachante, drôle et émouvante, un grand moment inoubliable et immanquable pour tout les amateurs de SF !

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