Ne souriez pas

Avis sur Joker

Avatar Pauline Theissot-Peyriot
Critique publiée par le

Bon, au risque d’en fâcher certains, à mon humble et propre avis, les films reliés à l’univers des Comics (DC ou Marvel) ne relèvent pas de l’Art cinématographique mais uniquement du divertissement (je n’ai pas vu les Batman de Tim Burton, je ne peux donc pas le catégoriser, mais les films de Nolan ne sont pour moi que pur divertissement). J’en viens au sujet qui nous intéresse ici : Joker est un film de Cinéma. Et ça fait un bien fou ! Enfin le Cinéma peut s’attaquer à des héros (des méchants dans ce cas précis) de Comics, enfin on arrive à prendre un personnage iconique, emblématique et à en faire quelque chose d’artistique et pas seulement un film dégoulinant de bons sentiments ou vomissant d’effets spéciaux en tous genres.

Je connais peu l’histoire de Batman et plus particulièrement de son ennemi juré de toujours : Le Joker. Mais mes quelques bases m’ont tout de même permise d’apprécier les clins d’œils du film (tournant évidemment principalement autour de la famille Wayne que seul un spectateur né sur Mars ou de la dernière pluie ne connaîtra pas – et pourtant même sans comprendre la référence on peut apprécier le film et s’y laisser prendre totalement.) Au début j’avais un peu peur de voir un film qui, encore une fois, tente de réhabiliter un méchant. Ces méchants qui sont souvent montrés comme « 100 % méchant » dans les Comics de base. Encore un méchant dont on montre un passé difficile qui explique sa condition de méchant (je pense surtout aux films Maléfique réalisés par les studios Disney qui nous font passer une des pires sorcières de Disney pour une sainte.) J’avais donc peur que Joker passe pour un saint, un pauvre petit agneau sur lequel le sort s’est acharné, mais il n’en est rien (enfin, si, un peu, mais montrée sous cette forme, l’idée est totalement acceptable). Oui on se prend tout de suite d’affection pour Arthur, surnommé Happy par sa mère à cause de son handicap qui l’amène à rire sans qu’il puisse le contrôler, et on comprend dès l’introduction du film pourquoi sa vie va basculer et pourquoi il va devenir le méchant aux cheveux verts et au rire insupportable que l’on connaît tous. Ce n’est pas le sort qui s’acharne sur lui, c’est la société. Société rendue un peu plus cruelle à Gotham qu’elle ne l’est dans notre réalité (et encore, uniquement d’un point de vue européen ou états-uniens d’Amérique), le futur Joker est tout simplement victime de son handicap et de la méchanceté humaine qui détruit tout sur son passage.

Plus qu’un scénario d’explication sur la descente aux enfers d’un vilain qui aurait pu devenir héro, c’est un film social qui montre les côtés les plus sombres de notre société. Gotham est une ville où les riches abandonnent les pauvres, où les meurtriers deviennent des héros, où personne ne fait attention à son voisin, où le mensonge est la nécrose du cœur, où la moquerie est source de vie pour les uns et sources de malheur pour les autres. Nous sommes tous le Joker et à la fois nous sommes tous ces horribles humains qui ont fait d’Arthur le bonhomme au visage de clown sanguinaire et sans pitié. C’est aussi son désir d’être regardé, d’être connu, de monter sur le devant de la scène qui fait de Joker ce qu’il est. Et quoi de plus actuel à notre époque ? A l’heure des réseaux sociaux, à l’heure où le nombre de like et de clic compte plus que le réchauffement climatique, à l’heure où un jeune qui voit une caméra de BFM TV dans la rue va s’y précipiter pour pouvoir le soir dire « je suis passé à la télé ! ». Notre société nombriliste et hyper connectée est tout simplement en train de faire de nous tous des Joker en devenir ou des faiseurs de Joker.

Certains plans sont millimétrés, sans jamais en faire trop lors des scènes d’actions, évitant de multiplier le nombre de plans (vous savez, ce genre de scène d’actions qui vous donnent la nausée et qui ont en plus de cela sûrement du demander des jours de tournages pour un résultat somme toute décevant). Peut-être un léger abus du ralentis, mais c’est un film de genre après-tout et le ralentis est une marque de ce genre là. Ils sont d’ailleurs plutôt appréciés puisque l’on entre très rapidement et très profondément dans l’histoire. Les ralentis nous permettent de respirer un peu, de se rendre compte qu’on est en train d’assister à une œuvre de Cinéma. Si les films Marvel et DC étaient tous réalisés de la sorte, on réconcilierait beaucoup de monde... Un plan en particulier me marque mais la ligue de l’anti-spoil m’interdit d’en parler correctement. Joker assis par terre, adossé contre un mur, maquillé, quelques éclaboussures rouges sur la joue. Tout est beau, le cadre, le graphisme, l’expression du visage. Un plan qui résume la beauté esthétique du film.

Parlons de Joaquin Phoenix à présent. Si je suis allée voir le film c’est car il a obtenu le Lion d’Or à la Mostra de Venise de 2019. Un prix mérité, mais son acteur principal aurait aussi bien mérité le prix d’interprétation masculine (quoiqu’il soit un peu facile de donner un prix à un acteur ayant perdu un bon paquet de kilos rien que pour un rôle). Phoenix est méconnaissable, surtout qu’il nous est tout d’abord présenté avec son maquillage de clown. Mais même une fois la peinture retirée, il faut un petit temps pour s’adapter à son visage anguleux et mince. Son corps ensuite, il n’a plus que la peau sur les os, il présente un personnage voûté, presque difforme. Excellente interprétation lorsque Arthur se met à courir ou à danser. Mais le meilleur, étant une des plus belles performances d’acteur qu’il m’est été donnée de voir, arrive lorsqu’il doit rire. Le fameux rire du Joker. Joaquin Phoenix nous offre un subtil mélange de rire hystérique, de tristesse, d’angoisse et d’étranglement. La séquence où Arthur monte sur scène pour la première fois restera dans ma mémoire pour très longtemps. Son jeu est si émouvant que les larmes vous viennent aux yeux sans qu’il n’y ait rien à faire pour l’éviter. On est forcé de se mettre à sa place, d’imaginer ce qu’a pu être son enfance et sa vie jusqu’à ce jour précis. On comprend immédiatement le Joker qu’on connaît déjà à travers l’univers de Batman. On colle l’image de ce Joker de nos souvenirs à cet homme faible seul sur l’estrade, et tout se connecte. On pourrait tous devenir un Joker. Des espérances gâchées, piétinées par un manque de courage ou une critique trop virulente. Ce méchant par excellence, bien plus connu que Lex Luthor alors que Superman tenterait à surpasser Batman niveau popularité, devient donc pour nous un être humain, cet être humain qui mérite respect et... Humanité. Le visage d’ange de Phoenix, jusqu’à la séquence finale, ne peut que nous faire aimer le plus grand méchant de l’histoire du Comics américain.

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