Ouverture
Une salle lyonnaise presque entièrement remplie par des autochtones étrangement coiffés et vêtus en ce premier jour de la sortie de Jurassic World. Environ dix minutes de publicité et puis le second film de l’inconnu Colin Trevorrow débute. Quel est ce monde dans lequel nous vivons ?
Un décor douteux s’installe. Maman poule envoie son morveux Gray qui sait tout des dinosaures et son adolescent Zach - qui s’intéresse à un tout autre genre de créature – chez la tante Claire qui n’a d’ordinaire jamais le temps pour sa famille. On la comprend, elle doit gérer pour le compte d’un riche indien une île remplie de créatures d’un autre âge, concoctées en laboratoire. D’ailleurs, elle va refiler les mioches à une assistante qui ne manque pas non plus de donner dans le cliché.
Dans une immense salle de contrôle, on retrouve Lowery (Jake Johnson – New girl) et Vivian (Lauren Lapkus – rien à mentionner). Lowery semble être le bouffon un peu gauche qui joue avec ses dinos en plastique. Il alimentera ce Jurassic World de quelques drôleries pour diminuer le sérieux.
Au début en arrière-plan, Chris Pratt et Omar Sy (cocorico !...) jouent aux dompteurs de raptors. Un très puissant (et méchant) groupe privé militaire cherche à les convaincre de dresser les animaux au combat, afin de réduire les pertes humaines de leurs clients. Le groupe est représenté par un homme dont la gueule prétentieuse exaspère au plus haut point.
J’en viens à leur lien avec Claire, la rousse avec sa ridicule coupe de cheveux (pour quelques longues minutes): elle s’était faite recaler par Chris Pratt. Enfin Owen Grady dans le film. Non vraiment, je ne plaisante pas.
Bref. Pour maintenir l’intérêt des visiteurs, le laboratoire de l’île dirigé par un savant-fou asiatique – je pense qu’ils ont des quotas ethniques à Hollywood – ont cuisiné un super T-Rex. Bien entendu, ils ont perdront le contrôle. Et voici pour l’intrigue.
En eaux profondes
Après le portrait que je viens de dresser, on pourrait croire que l’autoroute n’a qu’un sens. Des clichés en veux-tu en voilà et une issue courue d’avance notamment n’augurent rien de bon pour le retour de la franchise Jurassic sur les grands écrans. Pourtant, la casse est limitée.
Il apparaît tout d’abord que les auteurs de ce produit cinématographique, conscients qu’ils emploieraient des artifices aussi usés que des fossiles, ont eu la bonne idée de, parfois, donner dans l’autodérision. Cela s’illustre par les deux scènes de baiser ; l’une attendue, qui provoquera des rires gênés de par son ridicule, et l’autre… plus bon enfant. Ou encore par le parallèle entre les noms des nouveaux dinosaures avec la vente des noms de stades à des sociétés.
Si ces quelques sursauts pathético-comiques sont bienvenus, la lumière provient de la reconstitution d’ADN que le spectateur peut se faire. Ce Jurassic World est la parfaite représentation d’un phénomène de course à l’excitation. Pour tromper l’ennui du quotidien, l’Homo sapiens Linnaeus aspire à des expériences toujours plus extraordinaires et risquées. Toute envie est sujette à la création d’un business, et le temps a montré que notre espèce ne manquait pas de scrupules à utiliser l’Autre en ce sens, qu’il soit ou non humain. Lorsqu’il s’agit de divertissement, les limites ne sont pas faites pour durer, sans quoi la lassitude s’installe et le commerce n’est plus aussi florissant. Il n’est donc pas étonnant que parfois, nous voyons trop grand et ignorons les risques consciemment. Pour le frisson. L’histoire de ce parc d’attraction ne tient d’un coup plus autant de la science-fiction.
Un autre aspect qui s’est glissé dans l’œuf de Trevorrow a trait à la chaîne alimentaire. Les dinosaures ont connu le haut de celle-ci bien plus longtemps que nous. Jusqu’à ce qu’ils soient incapables de lutter contre leur extinction massive, si on s’en tient à la thèse officielle. Notre espèce se retrouve dans cette position plus ou moins reposante où jusqu’à présent rien ne conteste notre domination, si ce n’est nous-même. La question se pose alors de notre capacité à résister à un prédateur supérieur, et le coup d’une telle résistance. Si l’on se base sur ce Jurassic World, une telle menace est le fruit de nos cerveaux. Et volontairement mis au monde pour servir les intérêts de quelques-uns. Alors certes, les chances qu’un T-Rex s’échappe d’un Zoo demain sont moindres. En revanche, un petit virus est beaucoup plus efficace et rapide. Pour quelle(s) raison(s) alors ? Intérêts pharmaceutiques, diminution du nombre de personnes à nourrir pour ralentir la disparition des ressources, etc. Allez, il y a forcément un scénario de film de science-fiction sur le sujet, non ? L’Homo sapiens Linnaeus est tout autant créationniste que destructeur.
Une fois la coquille percée, je ne peux m’empêcher de penser à Micromégas de Voltaire. La comparaison peut faire grincer des dents. Je m’y risque, au moins parce qu’en mon sens Jurassic World est une leçon moderne de relativisme. Le support diffère. La qualité ne souffre pas la comparaison. Des faux-raccords et incohérences flagrants notamment concernant Claire, ses talons et sa saleté artificielle… face à un classique. Pas besoin d’en dire plus.
Et le groupe paramilitaire dans tout ça ? Il n’y a pas grand-chose à en tirer. Hormis ce mauvais jeu de mot. Ainsi qu’une mise en garde, peut-être, sur la puissance de ces sociétés américaines qui agissent dans l’ombre pour étendre, sans doute, leur influence et leur portefeuille.
Fermeture
Arrêtons-nous un instant pour célébrer Charlie, le raptor entraîné par le musculeux Chris Pratt, qui a survécu au monstre et participé à sa chute. Je ne dispose d’aucune information confirmant qu’il s’agit de Charlie plutôt qu’un des trois autres, mais j’avais envie. Wink. Over.