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Justice est faite par denizor

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Avec Justice est faite, Cayatte va trouver sa voie. En 1950, Le cinéaste a déjà réalisé plus de 10 films (des adaptations littéraires, des opérettes...). Pourtant, c'est bel et bien avec ce film que Cayatte arrive à faire coïncider ses envies de cinéma avec son passé d'étudiant en droit et d'avocat du barreau. Il va trouver dans le 7e art le bon médium pour éveiller les consciences, instruire, mener des combats. Celui de Justice est faite se concentre autour du rôle du juré avec cette idée directrice : l'avis du juré est totalement tributaire de son vécu, de son milieu - avec tous les idées préconçues que cela suppose - et son vote au moment du verdict ("coupable" ou "non coupable", préméditation ou non) sera totalement subjectif. Nous suivons ainsi les 7 jurés dans leur vie en dehors du palais de justice, dans les problématiques de leur vie, montrant comment ces expériences orientent leur jugement.

Ancêtre de 12 hommes en colère, Justice est faite a donc valeur de démonstration mais aussi de didactisme ; Cayatte déroule pour le spectateur lambda toutes les étapes de la procédure judiciaire, de la convocation à se présenter comme juré au verdict final suivi de la mise en écrou. Justice est faite est donc un film-dossier (d'autant plus que le crime en procès est un euthanasie, sujet encore clivant aujourd'hui), avec les défauts et les qualités liés au genre. Le plaidoyer est efficace, le film un peu trop démonstratif, les personnages un peu trop stéréotypés (avec notamment Noel Roquevert - vieille ganache à la retraite - truculent dans ses outrances). On peut apprécier en tout cas la mise en scène offensive de Cayatte quand il filme le procès et en fait une scène de théâtre dramatique : comment il passe d'un plan d'ensemble à un gros plan sur l'accusée, celle qui focalise toute l'attention. On peut apprécier aussi la profondeur de champs qui permet de voir dans le même plan la réaction du procureur à la déclaration de l'accusée. Ou les gros plans sur les jurés, le cinéaste traquant le moindre réaction de ceux-ci au débat. Tout naturellement, le discours humaniste du Jean-Luc Favier, 3e juré, est filmé face caméra ; c'est bel et bien Cayatte qui nous parle directement.

Justice est faite s'inscrit dans les années 50, donnant une image de la France encore profondément catholique, patriote quitte à être xénophobe (et faisant de l'accusée, d'origine lituanienne et libre-penseuse, un condamné a priori) qui n'est pas sans rappeler les relents encore présent du Travail, Famille, Patrie, violemment attaqué par le cinéaste. Mais il y a finalement un point essentiel à retenir ici : outre son aspect technique, politique et sociétal vu par le prisme de la justice, Cayatte demeure toujours sentimental (ce qui était toujours patent dans les amants de Vérone), donnant un pouvoir supérieur à l'amour pour dépasser la logique, les conventions et même la justice. "On veut la justice pour les autres ; pour soi, on préfère la chance ou le hasard" lance Marceline Micoulin (Valentine Tessier), quatrième jurée et seule femme de la bande. 21 ans avec Mourir d'aimer, Justice est faite affirme déjà que l'amour et les attitudes des amoureux restent toujours un mystère, y compris pour la justice.

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