Sauvée par le Kong

Avis sur King Kong

Avatar zombiraptor
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Il est temps de cesser de se voiler la face, j'aime ce film. Le récent Pacific Rim vient de violemment me le rappeler, et ce serait être de mauvaise foi que de me contenter d'un mutisme sécuritaire et d'une note à peine assumée en satisfaisant discrètement mon attrait pour l'hommage de Jackson en me remattant Kong tapant gros T-Rex ou Kong démolissant ville pour fracasser petit taxi.

Alors, comme il se doit, je vais m'attarder à faire quelque chose d'inutile ici : Comparer ce film à l'oeuvre d'origine. Normalement, je devrais me passer de cette formalité. Je devrais me dire que tout un chacun doté d'un brin de bon sens sait que les trois points séparant les notes que j'ai attribuées à ces films sont un fossé digne d'un gouffre sans fond, le Grand Canyon plongeant dans un trou noir, un des puits de Zelda 3 Link to the Past, le gosier de Sarlacc ... que sais-je encore... Je ne devrais pas avoir à reparler encore de mon amour inconditionnel pour le Kong original, oeuvre intemporelle que j'estime au plus haut niveau, et à réévoquer mon rejet réflexe des productions contemporaines bourrées de numériques à l'aspect vidéo ludique. Je ne devrais pas avoir à repréciser que ce Kong ci n'a ni le charme, ni la puissance graphique, ni le lyrique d'une force simple et limpide, ni la profondeur et encore moins la fine poésie de son modèle, tout cela n'est qu'évidence à mes yeux, et m'infliger ce devoir de comparaison est mutiler l'oeuvre de Jackson sur l'autel de la haine gratuite et du plaisir refoulé, et franchement, ça c'est pas mon truc.

Nan, c'est très différemment que je prends ce film là, sans plus penser au chef d'oeuvre de 33 qui a toute ma considération le reste du temps. Le Kong de Jackson est la réalisation de son rêve de gosse, son hommage ultime, son "MERCI" au cinéma, sa déclaration d'amour à la caméra. Beaucoup pensent que tout ça réside dans sa désormais très commerciale adaptation du Seigneur des Anneaux, mais ce n'est rien à côté de l'investissement émotionnel que représente l'histoire du primate de l’Île du Crane, investissement au moins de taille égale avec ce dernier, l'animal l'ayant, à l'instar de beaucoup d'autres, propulsé dans sa vocation de magicien du grand spectacle.

Alors oui j'aime ce film, et à l'heure de la grande euphorie (incompréhensible) du Pacific, j'ai plus que jamais envie de l'dire.

J'aime voir Kong bougon tenter de tenir tête à une Naomi Watts hargneuse plutôt bien choisie dans le rôle d'Ann.

J'aime voir Ann tout tenter pour fuir de l'emprise de son colossal ravisseur et se retrouver face à la vraie menace environnante.

J'aime admirer le gros gorille débouler comme un tank nucléaire sur les reptiles géants et leur défoncer la gueule pour sauver sa blonde avec ses énormes pattes. Et là, chose totalement improbable, j'apprécie aussi, bien que modérément, le too-much inévitable de Peter qui en rajoute des tonnes et balance du pseudo T-Rex à la pelle. comme un gosse farfouillant dans son immense coffre à jouets et ressortant toutes ses figurines préférées pour bâtir un gigantesque champ de bataille jouissif, perdu dans son propre enthousiasme débordant.
Et j'aime le duel Kong vs Rex, face à face ultime autour d'une Ann frêle et terrorisée au milieux des deux titans, le gorille grognant en soulevant une narine avant de s'élancer pour tabasser la face du lézard à la dangereuse fringale, prenant un pied dément à voir ce golem de fourrure dézinguer la forteresse d'écailles plein de dents et de griffes dans une bestiale exultation, amoureusement attaché que je suis à l'animal bourru et bourrin.

J'aime le voir capturé injustement, incompris, salement attaché, traité comme la pire des raclures et ressentir un besoin absolument défoulatoire naître en moi face à ces connards d'être humains cupides. Et j'aime ça parce que je sais que ce besoin sera bientôt assouvi.

J'aime voir Kong attaché, résigné, l'oeil vide soudainement se raviver et s'agiter. J'aime voir le public avide brusquement se glacer puis entrer dans les mouvements d'une mer déchaînée alors que le monstre se libère, bien décidé à promouvoir la force d'une Nature justement rancunière et la brutale puissance du règne animal sur cette ville d'enfoirés baveux.
Le voir défoncer les façades en partant chercher sa belle et jouer avec un tramway est un véritable plaisir. Puis le voir fixer Driscoll, son rival amoureux, dans les yeux avant d'engager furieusement une course poursuite derrière le taxi avant de lui asséner une bonne baffe reste fort réjouissant. Et tout ça jusqu'au final connu de tous ou j'exulte de bonheur à chaque putain d'avion descendu par de superbes mandales avant de me résigner tristement à cette inexorable fin.

Mais encore une fois, c'est Kong qui gagne, alors qu'il lâche prise et se laisse tomber vers le véritable monstre, grouillant quelques centaines de mètres plus bas, appareils photos et caméras en mains...

Ce film est un fan-made titanesque pour lequel je me refuse à bouder mon bonheur. Il est aussi la preuve qu'il m'arrive d'aimer une oeuvre numérique. Soyons clair, ce film n'est en rien comparable avec le Kong original qui ne pourra jamais connaitre ni de successeur, ni de rival, mais il reste l'oeuvre touchante d'un grand gosse déclarant un immense "merci" amoureux en déballant un dantesque coffre à jouets.
Jackson ne crée rien, mais dans toute sa maladresse pleine d'excès, il sait rester respectueux, partageant avec emphase son affection pour ce grand singe à la face colérique et au nez en forme de coeur.

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