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Avis sur Kursk

Avatar Jofrey La Rosa
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(article précédemment publié sur Les Chroniques de Cliffhanger & Co)

Plutôt habitué aux tapis rouges qu’aux gros budgets mainstream, Thomas Vinterberg prend pourtant les commandes de ce sous-marin nucléaire qu’est l’histoire du Kursk, navire submersible russe qui sombra dans la mer de Barents en août 2000. Après Festen, La Chasse et La Communauté, le réalisateur danois signe en effet un film à l’ampleur bien plus grand public, produit par Luc Besson, au casting international. En effet, c’est avec des acteurs venant de toute l’Europe, dans un tournage en anglais, que Vinterberg s’aventure, mettant en scène cette tragédie tirée d’une histoire vraie. C’est avec un lourd bagage que part donc le film : à la fois faire honneur à son sujet délicat et assurer le spectacle après d’innombrables films hollywoodiens dans le même genre. Prenant le simple sous-marinier Mikhaïl Kalekov, interprété par le belge Matthias Schoenaerts, comme figure héroïque, mais aussi sa femme Tanya (notre Léa Seydoux nationale) qui, à l’extérieur, s’est battue elle aussi contre des institutions militaires et politiques stagnantes. On retrouve également les suédois Michael Nyqvist (dont c’est le dernier rôle) et Max Von Sydow, ainsi que l’anglais Colin Firth et l’allemand August Diehl, à l’affiche de cette production visiblement pro-UE. Une façon de contrer l’hégémonie américaine en ce qui concerne le grand spectacle historique?

C’est en effet visible que dès les premières images, le film désire faire compétition à armes égales avec ses homologues à la bannière étoilée. Les plans larges, les sous-marins, les explosions, le courage sans faille des militaires, les femmes éplorées à quai, toutes les cases du cahier des charges du genre sont cochées. La sensibilité européenne en plus? Oui et non. On remarque effectivement des tentatives formelles et tonales particulières (à défaut d’être réellement originales). Prenons l’exemple du format de l’image, qui débute (et finit) dans un format plus serré (1,66:1?) pour ensuite s’élargir en Scope alors que le sous-marin part en mer. La largeur du cadre désire sûrement montrer la grandeur du spectacle à venir, mais amenuise de facto le récit précédent cet élargissement – une présentation sommaire mais belle des sous-mariniers et de leur familles lors du mariage de l’un d’eux. Peut-être aussi est-ce un format plus serré qui se rapproche de la photographie, et donc du portrait ? Quoiqu’il en soit, l’effet questionne plutôt qu’il ne signifie réellement, surtout que le reste du film est d’un classicisme relatif, tant que cet effet paraît plus comme de l’esbroufe plutôt qu’un vrai signifiant.

Ce type d’effets gratuits est malheureusement le témoin d’une mise en scène sans réelle saveur, très peu inspirée et visiblement contrainte. Le montage, brouillon, impose un rythme biaisé même si on sent à chaque instant la volonté de faire un divertissement historique et militaire à l’américaine, et donc calibré à l’extrême. On se demande d’ailleurs sans cesse ce qu’aurait donné ce sujet dans les mains de Tony Scott, Peter Berg ou Kathryn Bigelow, avec donc une mise en scène cinétique, nerveuse et où la tension est quasi palpable. De plus, les effets visuels s’avèrent très aléatoires, tantôt plutôt bien foutus, tantôt vraiment rudimentaires, ils nous laissent avec un sentiment d’inachevé déceptif. Mais il y a également de bonnes raisons de se réjouir à propose de cette tentative qu’est Kursk, notamment son casting international, doté d’un Max Von Sydow captivant, comme à son habitude, et d’une très belle musique d’Alexandre Desplat, d’un classicisme minimaliste bienvenu. Enfin, on tire notre chapeau à un travail du son soigné et saisissant, qui étonne et détonne dans tous les sens du terme.

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