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Avis sur Kuzco, l'empereur mégalo

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Into the groove

Ça partait bien, Kuzco, au départ. Il y avait de l’intention, un potentiel, du plein les yeux, et puis tout a méchamment (heureusement ?) capoté (il y a même un documentaire, The sweatbox, qui raconte ça, ce capotage). Nous sommes en 1994, juste après le triomphe du Roi lion, et Disney cherche évidemment à réitérer le jackpot. Roger Allers, nouvelle coqueluche du studio puisque coréalisateur du Roi lion, a en tête d’adapter le conte de Mark Twain, Le prince et le pauvre, en le transposant à l’époque Inca sous le titre Kingdom of sun. Jusque-là, pourquoi pas. Les animateurs font même l’aller-retour jusqu’au Pérou pour s’imprégner des décors et de l’atmosphère des sites Incas. Mais le projet d’Allers est dans une impasse et prend du retard dans le développement de son histoire.

Pire : les projections tests se révèlent désastreuses. Pire encore : le studio, après Elton John pour Le roi lion, a choisi Sting pour composer les chansons du film. À ce niveau de plantage en beauté, autant revoir Les mystérieuses cités d’or. Pour remettre un peu d’ordre dans tout ça, la production impose un second à Allers, Mark Dindal, qui souhaite, lui, insuffler plus d’humour au projet jugé un poil trop sérieux. Surtout qu’avant celui-ci, Pocahontas et Le bossu de Notre-Dame, eux aussi dans une veine plus dramatique, n’ont pas spécialement attiré les foules. Mais ce qui, dans l’absolu, avait tout d’une bonne idée (réunir deux talents pour redresser la barre) va vite se révéler être un échec : Allers et Dindal ne s’entendent pas.

Allers veut un machin adulte et épique, Dindal veut un truc comique et pas prise de tête. Quatre ans ont passé et toujours rien. D’oppositions en refus, d’accords en tractations, ça traîne, et Allers finit par quitter le navire. Dindal, désormais seul maître à bord, remanie à sa sauce le projet initial d’Allers dont une vingtaine de minutes seulement a été réalisée. S’il garde bien les grandes lignes du roman de Twain et le background Inca, la transformation de l’empereur Kuzco en lama et sa conseillère Yzma qui cherche à s’emparer du trône, fini le solennel, fini le gnangnan et fini les chansons de Sting. Une seule sera retenue pour le générique de fin, et c’est Tom Jones qui s’époumonera lors de l’unique séquence musicale du film.

Dans la lignée d’Hercule et, dans une moindre mesure, d’Aladdin (grâce au génie comique de Robin Williams dans le rôle du… génie), Kuzco mise avant tout sur le fun et la dérision, et entend bien se démarquer des gentilles comédies et autres nunucheries qu’a méthodiquement enchaîné le studio. À un point tel, et jamais vu auparavant chez Disney, que Kuzco semble même ne pas être un Disney (dans le sens traditionnel du terme). Plutôt du cartoonesque à gogo, genre du Tex Avery, genre du Chuck Jones. Critiques et spectateurs, d’abord décontenancés, sont finalement réceptifs à l’esprit 100% déjanté du film.

Yzma m'a tuer

Mal aimé par le studio qui n’y croyait plus, sans véritable promotion et sorti presque en catimini deux semaines avant Noël, Kuzco est un succès honorable qui, avec le temps, va gagner ses galons d’œuvre culte et pour le moins atypique au sein de l’univers Disney, d’un point de vue autant esthétique (traits angulaires, couleurs vives, animation virevoltante) que scénaristique (apartés, non-sens, abolition du quatrième mur). Autre particularité : Kuzco, censé être le héros à qui l’on s’identifie, est une vraie tête à claques. Sorte d’ado pourri gâté, capricieux et égoïste, arrogant et méprisant, il tranche avec la ribambelle de personnages disneyiens classiques, courageux et aux cœurs purs, qui tiennent généralement le haut de l’affiche.

Empereur diva et mégalo, Kuzco ne supporte rien d’autre que lui-même. Quand Yzma, sa fieffée subalterne, et son bras doit Kronk le transforment par erreur en lama (alors qu’elle souhaitait l’empoisonner) et l’abandonnent dans la jungle à son triste sort, Kuzco ne pourra compter que sur Pacha, gentil paysan dont il voulait raser la maison pour y construire sa résidence d’été, pour l’aider à retrouver son apparence humaine et déjouer le plan machiavélique d’Yzma (et, au passage, trouver l’amitié, apprendre l’humilité et être juste avec son peuple : il faut bien une morale à l’affaire). Avec un gag visuel et/ou verbal environ toutes les minutes, voire toutes les trente secondes, voire toutes les secondes, Kuzco n’offre aucun répit. Pas le temps de souffler ici : entre deux éclats de rire, un autre éclat de rire.

Le film marque également des points grâce aux voix des personnages. Outre John Goodman (Pacha), David Spade (Kuzco) et Patrick Warburton (Kronk), c’est surtout l'inénarrable Eartha Kitt (Yzma) qui convoque joie et hilarité. À l’image de Williams dans Aladdin dont la personnalité caméléon et les talents burlesques ont totalement influencé la caractérisation du génie, Yzma, l'un(e) des méchant(e)s les plus emblématiques de Disney (avec Maléfique, Cruella, Jafar et Scar), paraît avoir été spécialement écrit pour Kitt et inspirée par Kitt, genre croqueuse d’hommes sur le retour. Et son duo avec le génial Kronk, grand benêt bodybuildé aux prétentions culinaires très souvent tourmenté par sa conscience, vole clairement la vedette à celui de Kuzco et Pacha, impayable malgré tout.

Hystérique, inventif et fou, Kuzco enchaîne les scènes tordantes à un rythme d’enfer : le laboratoire secret d’Yzma, le dîner, l’écureuil et les jaguars, la cascade, le restaurant, et un final délirant mené tambour battant avec, en prime, un clin d’œil au combat mythique de Merlin et Madame Mim dans Merlin l’enchanteur. Du reste, certaines répliques du film sont devenues cultes ("To the secret lab!", "It’s diner time!", "Bring it on!" et bien sûr le fameux "Wrong leveeeer!") : c’est dire la place de choix et un peu à part qu’a pris Kuzco dans le cœur de beaucoup de fans de Disney, et même chez pas mal de cinéphiles.

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