The running dead

Avis sur L'Armée des morts

Avatar Vincent Rigaud
Critique publiée par le

Issu des bancs de l'UCLA (University Cinema of Los Angeles) où il a côtoyé un certain Michael Bay, Zack Snyder aura mis le temps avant de réaliser son premier film. Pas moins de dix longues années à réaliser des clips et des spots publicitaires de toutes sortes alors que le même Bay lui se faisait un nom en imposant son style épileptique et anti-cinégénique au cinéma d'action via des films de bien piètre qualité (mais ça n'est évidemment que mon opinion). Dans les petits papiers d'un certain Oliver Stone, Snyder se voit proposer par ce dernier de passer à la réalisation d'un premier long-métrage : SWAT Unité d'élite. Snyder accepte aussitôt, voyant en ce projet l'occasion rêvée de faire parler la poudre et de faire passer à l'image toute sa fascination pour les armes à feu (Snyder est aussi très proche de la NRA parait-il). L'arrivée sur le projet d'un nouveau producteur bridant ses ambitions stylistiques en imposant une exploitation PG-13 (ce qui aurait considérablement limité la violence du film) contraint Snyder de claquer la porte. Rongeant son frein tant bien que mal mais ne désespérant pas pour autant, le jeune réalisateur en devenir se voit bientôt proposer de diriger un remake du cultissime Zombie (Dawn of the dead pour les anglophiles) de Romero.

Cette relecture de Dawn of the dead selon Snyder créa tout d'abord une certaine stupéfaction chez les fans de la première heure en proposant une invasion de zombies étonnamment véloces, tenant en cela plus des contaminés de 28 Days Later que du traditionnel zombie à la démarche lente et chaloupée. Ceci divisa radicalement les afficionados d'autant que ce remake fait la part belle à l'action en débarrassant son scénario de toutes les préoccupations socio-politiques de Romero. Le parallèle entre vivants et morts-vivants qui balayait le film original, ainsi que son propos éminemment anti-consumériste sont sciemment ignorés dans cette refonte hargneuse et percutante.

Expurgé de tous les enjeux sociaux et politiques du film de Romero, l'intrigue de L'armée des morts plonge directement dans le vif du sujet et ce dès sa tétanisante ouverture. Une séquence d'intro remarquable en cela qu'elle expose en quelques minutes le background et révèle toute l'ampleur de l'épidémie via un long plan-séquence aérien. Ironique jusqu'au bout de ses focales, le jeune réalisateur embraye aussitôt sur un générique dont les impressionnantes images de mouvements de foule contrastent avec les sonorités country et enjouées de la chanson de Johnny Cash The man comes around dont les paroles prophétisent justement l'avènement de l'apocalypse chrétienne. Passé cette formidable ouverture, débute pour la protagoniste une course éperdue pour survivre dans un monde désormais livré à l'apocalypse. Très vite elle croise la route d'un policier (Ving Rhames) et de trois autres survivants. Tous décident de faire route ensemble jusqu'à trouver refuge dans un centre commercial quasiment déserté.

Le script écrit par James Gunn (transfuge de chez Troma et réalisateur-scénariste de Slither, Super et Gardians of the Galaxy) et remanié par Scott Frank ne brille pas toujours pour son originalité et pâtit notamment de quelques incohérences de taille (le dernier acte est justifié par le sauvetage... d'un chien). Pourtant Snyder arrive à masquer ces insuffisances notoires en insufflant à son métrage une énergie brute salvatrice qui ajoute au sentiment d'urgence qui se dégage de l'intrigue (le dynamisme stylisée de sa mise en scène deviendra par la suite sa marque de fabrique, le réalisateur n'ayant pas son pareil pour concevoir des scènes d'action sidérantes). Snyder prend donc le parti de privilégier la narration agressive au détriment du traitement des personnages et d'une quelconque dénonciation de notre mode de vie. Le film ne souffre ainsi d'aucune baisse de rythme conséquente, les séquences s'enchaînant avec une étonnante fluidité pour s'acheminer vers un dernier acte des plus haletant.

Tout au long de son film, le réalisateur aura pris soin, en véritable esthète du genre, d'instaurer une ambiance prégnante de fin du monde, se jouant malicieusement des clartés diurnes (l'essentiel du film se déroule de jour) pour révéler toute l'importance du chaos au-delà des murs de ce grand magasin. Ainsi, juchés sur le toit de cette citadelle de la dernière chance, les survivants perdent peu à peu espoir au fil des jours et au fur et à mesure que viennent s'agglutiner des nuées incessantes de cadavres ambulants autour de la bâtisse.

Il faut d'ailleurs souligner à ce titre, l'excellent travail de narration pour figurer la fuite du temps et les répercussions que cela induit. Pour ce faire, Snyder et son scénariste ont l'intelligence d'ajouter un autre personnage-survivant, barricadé dans un magasin d'armes à plusieurs centaines de mètres de la grande surface. Ce personnage (muet quasiment tout le long du métrage) et celui de Ving Rhames établissent rapidement le contact par jumelles et messages (brandis sur des pancartes) interposés. Ils ont vite fait de sympathiser malgré les milliers de cadavres affamés qui les séparent. Loin d'être un simple ressort scénaristique, le personnage de l'armurier tout aussi secondaire et distant puisse-t-il être, sert ici surtout de repères pour le spectateur vis-à-vis du temps qui s'écoule dans l'intrigue. Ainsi, le personnage, armé jusqu'aux dents mais manquant désespérément de nourriture, dépérit à vue d'oeil au gré de ses apparitions dans la mire des jumelles de Ving Rhames.

Au final, L'Armée des morts est une bande particulièrement bien emballée, un défouloir aux séquences d'action grisantes et à l'humour noir réjouissant. En s'affranchissant des obsessions socio-politiques romeriennes, Snyder et son scénariste James Gunn ont pris le risque de provoquer le courroux des inconditionnels du genre. Sans aucune autre prétention que celle de divertir et d'effrayer, Snyder livrait ici un des meilleurs remakes adapté d'un classique du genre, respectueux de son modèle tout en étant suffisamment différent pour ne pas justifier la comparaison. De plus, le succès du film au box-office permit enfin à Romero de réaliser Land of the dead, quatrième opus de sa saga des morts. Si ça, ce n'est pas un juste retour des choses...

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