Feux de glace pour Fanck, Pabst et Leni...

Avis sur L'Enfer blanc du Piz Palü

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Parangon du film alpin, ancêtre du survival, miracle esthétique et point d'orgue du cinéma muet : tourné en 1929 L'enfer Blanc du Piz Palü demeure l'une des prouesses techniques les plus retentissantes que le Septième Art ait pu nous offrir jusqu'alors...

Réalisée par le redoutable et prodigieux Arnold Fanck et co-réalisée par G.W. Pabst cette épopée montagneuse donne tout son sens au terme galvaudé de "spectaculaire" ; en grande partie tourné dans de somptueux décors naturels L'enfer Blanc du Piz Palü reste principalement connu pour la présence de Leni Riefenstahl dans l'équipe artistique. Quelques années avant de faire ses premières armes derrière la caméra la cinéaste attitrée au IIIème Reich arborait là sa troublante cinégénie, dans ce qui restera pour beaucoup sa meilleure prestation dramatique.

Eclairée notamment par Richard Angst et Hans Schneeberger ladite épopée multiplie d'un bout à l'autre les valeurs de plan et les angles vertigineux, sublimant chaque élément filmé au point de nous captiver sur plus de deux heures de métrage. Le film n'ennuie jamais, fascine et même mieux : il subjugue. Fanck et son équipe d'opérateurs magnifient Dame Nature en composant chaque plan sous le signe du relief, de l'homogénéité ainsi que de l'ondoiement : les prises de vue aériennes témoignent d'une modernité proprement sidérante pour l'époque, élégamment incorporées aux scènes de studio tournées par Pabst, ces dernières laissant davantage de place aux comédiens.

En bon film démiurgique L'enfer Blanc du Piz Palü décuple, à la manière des films de Werner Herzog, les possibilités empiriques du tournage ; montrant un groupe d'individus tentant d'échapper à l'hostilité des crevasses, du blizzard et des vents chauds alpins le film du Docteur Fanck préfigure, plus de quarante ans avant Deliverance, le postulat du survival tout en annonçant les acrobaties virtuoses de la caméra de Kalatozov et de La Lettre Inachevée que le cinéaste russe "écrira" trente années plus tard.

Entre métaphores suggestives, symbolique élémentaire et limpidité narrative L'enfer Blanc du Piz Palü constitue l'apogée d'un genre suffisamment méconnu pour mériter sa découverte. Un sommet du cinéma allemand doublé d'un authentique chef d'oeuvre technique et visuel : extraordinaire !

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