Arachnocalypse

Avis sur L'Horrible Invasion

Avatar zombiraptor
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C'est sur un ton joyeux que débute ce film dans les terres arides de l'Arizona. Une chanson* enjouée accompagne un générique aux tons criards orangés avant de nous offrir un William Shatner au sourire Colgate éclatant dans une petite séquence de poursuite de vache au lasso avant de se rouler dans l'herbe desséchée avec sa compagne en riant. Aaaah décidément, que la vie est belle en ces lieux désertiques...

Et puis vient une scène en vue subjective, s'approchant doucement d'un bovin paisible broutant le peu d'herbe que cette terre avare daigne lui offrir, dans la directe lignée d'un Jaws version champêtre, détonnant sec sur l'ambiance générale. Musique anxiogène, approche par accous, vache intriguée, puis apeurée, zooms incessants sur ses yeux et son mufle affolés, caméra emballée, écran figé sur quelques notes glaçantes, le ton est donné.

Entre horreur pure et auto-parodie too-much hommage aux années 50, John Bud Cardos livre ici un film généreux et, il faut l'avouer, extrêmement bien foutu. L'histoire, simple, à base d'araignées modifiées par les pesticides et organisant une rébellion après avoir pigé que l'union fait la force, et qu'ensemble, elles pourront passer du grillon au boeuf, est une base solide pour livrer une oeuvre amoureuse du genre, se permettant en plus de son enthousiasme certain à l'image du sourire étincelant de Shatner, une mise en scène plus que respectable et des choix de narration relativement audacieux.

Bien entendu, rien de très inattendu dans la structure de l'histoire, respectant à la lettre les codes établis par le meilleur film du monde (Jaws pour les intimes). Après la première attaque, le tout retrouve un calme ambiant apparent, s’effritant au cour du récit dans une montée en tension fort bien menée. Après avoir retrouvé une vache dans un état déplorable, les autochtones se posent les questions de vigueur, ne voulant se résoudre à l'horrible évidence, l'animal ayant été "empoisonné" naturellement par une bestiole venimeuse selon une entomologue de passage, improbablement blonde et séduisante pour ses étranges passions... aaah la bonne série B. Et puis les éléments s'accélèrent, des dizaines de mygales apparaissent à la surface des champs sans raison rationnelle. Une nuit, une vache hurlant de douleur et de terreur se projette hors de son enclos à travers la clôture et s'écroule au sol, devant ses propriétaire pétrifiés à la vue des dizaines d'arachnides la recouvrant, avant de décider de cramer les bestioles velues dans un accès de folie furieuse horrifiée. Mais rien n'y fait, il semble y en avoir toujours autant sortant du sol terreux, résistant à tout, des flammes aux pires insecticides, installant un bourgeon de panique générale florissant dans les conditions les plus propices.

Les choix de Cardos sont louables, mettant de côté toute surenchère de taille quant-aux animaux mis en scènes, si toutes fois on accepte que 22 centimètres de diamètre soit une taille normale pour une araignée, et ce sont bien de vraies mygales qui sont présentées et utilisées ici, grouillant sur les monticules, sur l'échine des bovidés, se faufilant dans les coins et recoins, dans les tiroirs, les pneus, sur les sièges de voitures, sous et sur les lits, dans les cols de chemise, les cheveux, les bouches, jaillissant des moindres ouvertures et conduits, grimpant le long des corps tétanisés, s'attaquant à tout ce qui est potentiellement mangeable, vieillards et fillettes inclus, et qui, de manière générale, hurle d'un son strident, tissant leurs toiles sur le sol, les cadavres et les bâtiments, inexorable linceul déployé sur l'humanité par une nature en rébellion.

Une excellente série B dressée par un Cardos inspiré et affectueux envers ses pairs, offrant une accumulation de scènes osées et réussies, accompagnée d'une partition de Jerry Goldsmith parfaite, compositeur d'une polyvalence décidément charmante, cheminant vers une apothéose apocalyptique de ville envahie, jonchée de cadavres-cocons recouverts de multiples arachnides grouillants, le tout allant vers un final assez inattendu et devenu relativement culte pour les fans du genre.
Kingdom of the Spiders est surement LE film à retenir dans le domaine "Terreur à huit pattes" avec le vicieux "Arachnophobia" de Frank Marshall et l'indémodable "Tarantula" de Jack Arnold.

*♫ http://www.youtube.com/watch?v=sBs9f25Gv1Q ♫♫ ...

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