Enterrer la hache de guerre

Avis sur La Flèche brisée

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Le film démarre par une silhouette. Celle d’un cavalier solitaire, cowboy de la plaine. Il est accompagné d’une voix off introductive, dont le timbre est reconnaissable entre tous : c’est celle de James Stewart. Et déjà, on pressent qu’on va passer un bon moment, un moment fort.
D’emblée, nous sommes prévenus par la voix off : par convention les Indiens parleront anglais, il ne faut pas s’en formaliser. Là n’est pas l’essentiel, on se laisse déjà bercer au son de la voix de James : « This is the story of a land, of the people who lived on it in the year 1870, and of a man whose name was Cochise ».

Réalisé en 1950, La flèche brisée est le premier western de Delmer Daves, sept ans avant l’excellent 3h10 pour Yuma, l’un de mes préférés du genre. De ses 9 films précédents, réalisés dans les années 1940, seul Les Passagers de la nuit est aujourd’hui passé à la postérité.

Mais La flèche brisée marque également les débuts de James Stewart dans le genre du western : jusque-là, l’acteur se voyait principalement proposé des rôles dans des comédies dramatiques ou des films noirs – chez Capra et Lubitsch notamment. L’année 1950 est un tournant dans sa carrière, grâce à deux classiques du western, La flèche brisée et Winchester 73 d'Anthony Mann (un film surprenant et sans doute l’un des meilleurs scénarios du genre).

L’intrigue se déroule en Arizona, un territoire où les Blancs et les Apaches se font la guerre à coup d’embuscades depuis de nombreuses années. Nous suivons Tom Jeffords (James Stewart), ancien militaire qui arpente ces contrées sauvages à la recherche de filons d’or. Au hasard d’un chemin, celui-ci tombe sur un jeune Indien blessé. Au lieu de l’achever, Tom lui vient en aide et le soigne. Démarre alors une relation de confiance entre le cowboy et la tribu Apache. De retour chez les siens, Tom est accusé de trahison pour avoir laissé vivre l’Indien. Convaincu que les Apaches ont, tout comme l’homme blanc, un code de l’honneur, Tom Jeffords décide d’apprendre la langue et les mœurs des Indiens, afin de proposer au chef Cochise (Jeff Chandler) une trêve, première étape vers une paix durable.

La flèche brisée possède un rôle à part dans l’histoire du western. Pour beaucoup, critiques comme westernophiles, il s’agit du premier film complètement pro-Indiens, essayant de comprendre ce peuple sans lui jeter d’emblée la pierre de la violence et y voir de simples méchants sauvages.
En réalité, cette révolution du genre peut être déjà observée dans des films plus anciens : des films de l’époque du muet (The Red Man and the Child, Indian Land Grab, Braveheart) ou chez John Ford à la fin des années 1940, avec notamment Fort Apache et La Charge héroïque. Mais La flèche brisée est le premier à faire de la réhabilitation indienne son sujet principal. Il valut à son réalisateur Delmer Daves d’être catalogué par Hollywood comme « cinéaste anti-raciste ».

Profitons de cette critique pour rendre un hommage au réalisateur Bertrand Tavernier, récemment disparu, qui raconte dans son livre* Amis américains* à propos de La flèche brisée : « L’ONU décerna des louanges considérables à ce film parce qu’il présentait un monde où les gens en conflit se respectaient. L’on trouvait des salauds chez les Blancs, mais aussi des types recommandables, de même qu’il y avait des Indiens faméliques mais aussi des hommes en qui l’on pouvait avoir confiance. Une vérité première... A partir de ce moment, Hollywood cessa de peindre les Indiens comme des sauvages ».

Un tournant historique donc pour ce genre dont raffole à l’époque le public, mais également un excellent western en tant que tel. La flèche brisée révèle le jeu magnifique de deux acteurs, James Stewart et Jeff Chandler. Le film est empreint d’une douceur et d’une amertume rare à cette époque du genre. La mise en scène par ailleurs, est d’un classicisme élégant, les effets sont recherchés bien que discrets, bien loin des séries B que les Majors produisent à la chaîne.

La scène finale de La Flèche brisée m’a particulièrement marqué : par un simple regard, James Stewart exprime un panel immense de sentiments : la douleur du deuil, la lassitude face à l’impuissance de maintenir la paix, et en même temps la conviction que tout espoir n’est pas vain.

Film fondateur et classique du genre, La flèche brisée est une très belle découverte, pleine d’humanité et d’espoir.

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