Le western ultime

Avis sur La Prisonnière du désert

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Le western,John Ford et John Wayne,c'est presque une sorte de sainte trinité.En effet,ces trois composants furent réunis pour de nombreux films avant que Sergio Leone ne déplace le genre sous un soleil plus italien et sous une forme davantage spectatculaire et stylisée qui allait plaire au plus grand nombre tout en réussissant l'exploit rare de pérenniser son influence jusqu'aux générations actuelles.
Si je comprends tout a fait l'attrait qu'exerce le western "spaghetti" sur l'audience de par sa vision très brutale et cynique du far-west,et que dans le même temps,il faut reconnaître que certains aspects des oeuvres de John Ford ont mal résistées à l'épreuve du temps de par leur représentation trop idyllique et héroique de la cavalerie,des cow-boys ou trop caricaturale des amérindiens,ce serait dommage de se priver de toute sa filmographie ou des western dits de l'ère classique hollywoodienne,"La prisonnière du désert" en tête de liste.
J'ai pu lire ici et là que les longs métrages de Sergio leone étaient bien plus réalistes que ceux de Ford et compagnie(Howard Hawks,...).Ca me fait doucement rire quand on voit à quel point ils sont truffés de moments improbables et exagérés.De plus,il serait bon de rappeler que la majorité du casting était italien,ainsi que le réalisateur,ce qui a évidemment offert le contraste nécessaire pour briller à Clint Eastwood qui a bien saisi l'occasion de devenir cette icône de la gâchette anglo-saxonne.Or dans les films hollywoodiens des années 30,40 et 50,les personnages étaient joués par des descendants de ces colons,cowboys etc... qu'a peine plus de deux générations séparaient de cette époque,certes déja transformée dans une forme de légende,ce qui leur conféraient une sorte d'authenticité et de réalisme plus académique qui produit toujours un certain effet sur moi,réalisme pouvant aller de pair avec une certaine mauvaise foi mais bien présent néanmoins.

S'il n'y avait qu'un western de cette période à retenir,ce serait sans nul doute "La prisonnière du désert",pour son approche complète et sans concession de l'Ouest qui allant de pair avec cette forme plus classique a produit une oeuvre pouvant être regardée et interpretée de plusieurs façons différentes.Ce western marque un revirement dans le traitement du sujet par John Ford qui allait connaître son aboutissement 8 ans plus tard avec la sortie du vibrant "Les cheyennes".En effet,la pellicule est marquée par le rapport ambigu que l'Amérique entretient avec son passé construit sur les cadavres des amérindiens et via le personnage principal,ayant participé à la guerre de sécession,à son histoire interne,sanglante elle aussi.

Le film s'ouvre sur un plan magnifique du portail d'un ranch perdu au milieu du désert,symbolisant l'isolement et la fragilité de la civilisation en cours d'installation et véhiculée par les pionniers.
La famille,image vivante d'une nation en construction,attend le retour d'Ethan Edwards joué par John Wayne,qui revient de son service dans l'armée confédéré.Il refait surface,tel un fantôme et s'approche lentement du ranch.
Il apparaît rapidement qu'il s'agit d'un homme rude,aux idées très arrêtées et hostiles aux amérindiens,plongé dans l'amertume d'une guerre qu'il a perdu.
Plus tard,le ranch sera attaqué par des comanches et John Wayne se lancera à la poursuite de la tribu qui a tué une partie de sa famille et enlevé ses deux nièces.Dans cette quête obessionnelle et impitoyable,il va tolérer tant bien que mal la présence de Martin Pawley,fils adoptif au huitième de sang cherokee(tribu amérindienne de Floride) qu'il ne cessera de rabrouer et d'humilier au gré de leurs pérégrinations interminables.

La première chose qui me vient à l'esprit quand je pense à ce monument du septième art,c'est la qualité impeccable de la réalisation de John Ford et du talent du casting entier au service de sa caméra apte à nous faire ressentir le temps écoulé dans cette poursuite et tellement rôdée dans sa capacité à rendre l'aspect grandiose des décors naturels de l'Ouest sauvage.
C'est bien simple,tous les acteurs de ce film rendent une partition parfaite,du plus anodin au plus crucial et tous concentrent en eux certaines caractéristiques propres à leur époque.
On peut l'apprécier dès le début,lors de cette scène de repas au ranch,nous offrant une fenêtre sur une gallerie de personnages variés et nombreux,dont le révérend,homme de fois énergique et à l'esprit pratique voire martial est l'exemple que même les hommes d'Eglise se devaient d'être aussi durs que leur environnement.
C'est décidément ca la grande force de ce film,d'avoir su restituer l'Amérique naissante dans une gallerie de personnages hauts en couleur et remarqueblement interprétés et cependant jamais creux et clichés,existant toujours en dehors de leur utilité dans le script.

Les scènes mémorables s'enchaînent à un rythme changeant,je pense notemment à la scène de l'attaque des amérindiens,avec une montée en intensité lente au traitement génial où la file des cavaliers s'entretient sur comment se sortir de leur encerclement avec un dialogue culte entre le révérend et le simplet du coin,à la séquence ou Martin Pawley est suivi à la trace par sa nouvelle épouse qu'il a "achetée" sans s'en rendre compte ou la séquence d'interrogatoire des femmes traumatisées par leur séjour chez les comanches,saisssante.
Je précise que ce western s'offre le luxe de renfermer une des meilleures scène de bagarre que j'aie pu voir à l'écran;en bref tout est contenu dans ce film:des personnages réalistes et archétypaux,des attaques d'amérindiens,des échanges de coups de feu,des bonnes bagarres et des dialogues tendus et bien écrits,le tout avec en toile de fond,une réflexion peu amène sur la conquête des grands espaces inviolés et la genèsse d'une nation dans le sang.
On suit donc Ethan Edwards et Martin Pawley joué à la perfection par Jeffrey Hunter dans cette fuite en avant alors qu'ils ne savent pas si la jeune fille enlevée à l'époque les reconnaîtra seulement.
Le coeur empoisonné par la haine, John Wayne, charrie dans son sillage celui qu'il considère comme impur de part son ancestralité en partie amérindienne amenant leur relation a dégènerer jusqu'à un final au goût amer mais ô combien authentique et percutant.

Bien que le film repose sur une action de massacre de blancs par les amérindiens,on sera plus loin témoin d'une scène de désolation dans un campement ravagé par les tuniques bleues n'ayant épargnés personne.John Ford,avec le choix de nous faire parcourir l'Ouest en compagnie du personnage névrosé et à la limite du sociopathe d'Ethan Edwards joué avec brio par un John Wayne qui parvient à lui rendre toute sa dureté et son intolérance,nous met dans une position inconfortable qui nous pousse à nous questionner par nous mêmes sur ces actions.
Comme ca fait du bien,quand aujourd'hui,les réalisateurs semblent nous dire à chaque instant ce que nous devrions ressentir ou penser à l'aide de grosse ficelles éculées.Non,pas de cela ici,ce récit trouvera un reflet différent dans l'oeil de chacun de ses téléspectateurs.

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