Magie préfabriquée

Avis sur La Prophétie de l'horloge

Avatar Red Arrow
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Pauvre Eli Roth, le voir ramer autant ces derniers années à s'essayer à tous les genres pour mieux échouer commence sérieusement à ressembler à du désespoir, son dernier fait d'armes, le pitoyable remake de "Death Wish", paraissait même laisser augurer un chant du cygne au vu de sa médiocrité (bon, il faut reconnaître que le coma dans lequel Bruce Willis était plongé n'aidait pas non plus...). Mais le bonhomme a de la ressource et quoi de mieux qu'une adaptation d'un premier bouquin d'une saga littéraire fantastique pour enfants afin de se refaire et de minimiser les risques d'un nouvel échec ? Il faut dire que, là, Roth a fait fort pour mettre toutes les chances de son côté : Spielberg à la production (ça permet d'accoler un joli logo Amblin nostalgique à l'affaire), Eric "Supernatural" Kripke à l'écriture, un budget conséquent, Jack Black & Cate Blanchett dans les premiers rôles (plus un guest de luxe en grand méchant), ... L'affaire semblait être réglée comme une pendule (haha...) pour aboutir sur un divertissement familial de qualité... et puis non, en fait, s'il n'a rien de réellement honteux, "La Prophétie de l'horloge" fait vraiment l'effet d'un petit pet de souris dans la liste interminable des films de ce genre en ne trouvant absolument rien à faire d'original avec son univers...

À la mort de ses parents en 1955, le petit Lewis part vivre chez son oncle excentrique qu'il n'a jamais connu. Dans son manoir étrange où tout paraît prendre vie, il découvre un monde insoupçonné de magie et l'existence d'une terrible menace en relation avec une mystérieuse horloge dissimulée dans la maison...

Tout n'est cependant pas de la faute d'Eli Roth sur ce coup. Le film bénéficie d'une patte esthétique indéniable où le réalisateur s'amuse souvent avec le cinéma de cette époque et déploie une belle imagerie à travers les décors et les créatures horrifico-enfantines qui les peuplent. Cette générosité visuelle dont fait preuve Roth est même la principale qualité de cette "Prophétie de l'Horloge". Évidemment, à bien y regarder, tout n'est pas si original que ça, le réalisateur emprunte beaucoup à droite et à gauche (de "Harry Potter" aux mondes burtoniens) pour construire cet univers à l'écran mais celui-ci tient plutôt bien la route.
En réalité, le problème vient surtout du script très fainéant d'Eric Kripke qui lui aussi se contente de recycler tous les passages obligés de ce genre d'intrigue mais de manière bien plus fragrante. Malgré quelques fulgurances (le méchant et ses motivations sont plutôt bien pensés), le récit de "La Prophétie de l'Horloge" paraît être en pilote automatique la quasi-totalité de sa durée en empilant tous les ressorts connus et archi-connus des films fantastiques familiaux récents pour, au final, n'offrir aucune surprise. Si on voudrait le caricaturer en en donnant sa recette simpliste, on pourrait résumer le film à un "Harry Potter" version cours à domicile avec une bonne cuillerée d'un "Chair de Poule" vue par Tim Burton et une bonne louche d'humour très mal dosé (que le maladroit Roth n'arrive bien sûr pas à gérer avec son tempo comique habituel désastreux). Peut-être pire que tout, on ne peut pas s'empêcher de relever de multiples incohérences et facilités dans le déroulement de l'histoire (pourquoi, notamment, les bons mages n'ont-ils pas essayé de détruire les objets dangereux comme le grimoire et la clé plus tôt s'ils représentaient une telle menace ?), un univers certes très fantaiste demande tout de même une certaine logique pour être un minimum crédible !
Heureusement la dynamique du duo Jack Black/Cate Blanchett en très grande forme permet de rompre la monotonie de l'ensemble (on passera poliment sur la prestation du jeune Owen Vaccaro, il a certes la tête de l'emploi mais son jeu...) et leurs joutes verbales apportent un surplus de rythme qui permet de sauver certaines séquences de l'ennui total.

Rien de bien transcendant donc, malgré des qualités plastiques et un duo séduisant de comédiens, "La Prophétie de l'Horloge" mange tellement à tous les râteliers du genre auquel il appartient qu'il en devient vite un produit lambda et oubliable. Le film aura au moins permis de donner un second souffle à la carrière d'Eli Roth au niveau du box-office US mais on n'en réclamera pas un deuxième épisode pour autant...

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