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La Tête en friche par TheScreenAddict

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Astérix, Mesrine, La Môme, A l'origine, L'Autre Dumas, Mammuth... Après plus de quarante ans de carrière, Gérard Depardieu est partout. Enchaînant comédies, drames, divertissements, petits, moyens et gros budgets, prêtant sa stature massive et sa gueule de monstre sacré du cinéma français aux vétérans (Chabrol, Téchiné, Blier...) comme aux plus jeunes (Giannoli, Richet, Dahan...), sa présence sur nos écrans est colossale. Agaçante pour certains, il faut bien reconnaître que Depardieu ne la doit qu'à son indéniable et généreux talent, sa capacité à se couler aisément dans n'importe quel rôle. Cette aisance, reposant sur son immuable charisme, il nous la montre encore une fois dans le nouveau film de Jean Becker, La Tête en friche, en incarnant avec un naturel déconcertant un attachant personnage de simplet.

Germain mène une petite vie ennuyeuse et terne dans une bourgade charentaise. Lent et quasi analphabète, partagé entre une compagne chauffeuse de bus, une mère folle à lier et les beaufs lourdingues qui lui servent d'amis, il rencontre dans un parc une vieille femme, Margueritte (avec deux T), férue de littérature, qui lui fera découvrir et aimer La Peste de Camus, La Promesse de l'aube de Gary et le Petit Robert. Au contact de l'ancêtre, Germain va donner une nouvelle direction, plus exaltante, plus poétique, à son existence moribonde.

Par-delà une myriade de clichés sur la province française (outrancièrement idéalisée), un scénario et une mise en scène un tantinet mollassons, c'est le tendre portrait d'un idiot écorché vif que nous propose Jean Becker. Depardieu donne à son personnage une superbe épaisseur, une vraie drôlerie dans ses maladresses de langage et son franc-parler naïf, une touchante gravité dans ses sautes d'humeur et ses introspections. On tâtonne avec lui dans la brume de l'ignorance, on s'envole avec lui vers la lumière des Lettres, vers une humanité retrouvée. La grande Gisèle Casadesus inspire le respect : sa Margueritte semble fragile en apparences, mais elle se révèle puissante par son savoir, la compassion et la patience dont elle fait preuve avec Germain. Sagesse incarnée au milieu d'un monde d'incultes. La mère que le gros bonhomme ignare n'aura jamais eue.

Leur duo illumine la peinture cocasse d'une société arriérée, aux frontières de la France rurale. La confrontation avec les autres personnages, incarnés par une foule de vedettes invitées (Maurane, Patrick Bouchitey, Régis Laspalès, François Xavier-Demaison...), donne lieu à des merveilles de dialogues cinglants, hilarants. « Si ça vous déplaît que je change, eh bien je vous emmerde... et c'est pas une litote ! » s'écrie Germain au milieu d'un bar, après avoir appris la fameuse figure de rhétorique auprès de Margueritte. La première d'une longue série de piques, d'une mordante ironie, lancées à la face de ses collègues, devenant plus bêtes que lui, croupissant dans leur ignorance crasse. Assurément acide, le film de Becker n'est cependant pas méchant, allant jusqu'à faire preuve d'une réelle tendresse. La mère de Germain a beau n'être qu'une mégère odieuse et détraquée, son sort nous émeut autant qu'il touche son fils, lequel aurait pourtant toutes les raisons de la haïr.

Quelques zones d'ombre viennent ainsi troubler la comédie. Le destin du personnage de Margueritte, frôlant dangereusement le sordide, vient alimenter une vision tristement lucide de la vieillesse en France. L'angoisse de la mort, qui la saisit sans qu'elle l'avoue, étreint le spectateur. Il lui faudra compter sur un cœur aussi immense que celui de l'idiot Germain pour trouver le salut. Le mélange de tons, de rire fissuré et de douleur souriante, finit par faire mouche. La Tête en friche reste un film à la fois simple, à l'image son protagoniste, et un divertissement suffisamment goûteux pour nous séduire.

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