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Avis sur La Vie d'Adèle : Chapitres 1 et 2

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Critique publiée par le

J'ai longtemps redouté de voir ce film. Essentiellement pour deux choses : le style kechichiant du réalisateur qui m'avait barbée dans des films précédents et les fameuses scènes de sexe crues dont on nous avait rebattu les oreilles pendant des mois après sa sortie et sa Palme. Finalement, intriguée, j'ai lancé le film.
Vu le nombre de critiques sur le site, je ne vais pas m'amuser à tout décortiquer, cela a été fait maintes fois. Je souhaite juste souligner deux ou trois choses qui m'ont plues, et d'autres moins. Le tout faisant, de mon point de vue, un bon film, mais loin de justifier une Palme. Cela dit, depuis quelques années, ce prix est rarement remis à des films que j'ai adorés donc il n'a que peu d'importance à mes yeux.

Afin de briser la glace de suite, j'évoquerai les fameuses scènes de sexe entre les deux héroïnes. Sur 2H52 de film, je ne vois pas trop où est le problème. Je suis tout de même contente de ne pas avoir vu le film au cinéma. Seule sur mon canapé, avec des gaufres à la confiture et le regard endormi de mon chat comme unique témoin, j'avoue que j'ai été bien moins gênée que si jamais été entourée d'inconnus dans une salle obscure.
J'ai trouvé la première scène, indéniablement la plus longue, totalement justifiée. Elle n'est là que pour clôre une première partie, faire exploser toutes les tensions, sexuelles ou autres, présentes dans la fameuse Vie d'Adèle. Le côté absolument cru était presque indispensable je pense tant ce film est sur le désir des corps et pas vraiment sur autre chose.
Pour les suivantes (2 ? 3 ?) je n'en ai presque pas de souvenir. Est-ce une redite ? Bof... Si ce film parlait d'une histoire d'amour hétéro est-ce qu'on en aurait fait tout un plat ?
Bref, ça c'est fait.

Une chose que j'ai vraiment apprécié et qui est selon moi la force principale du film, c'est l'absence de réalisme total. Cela se passe quelque part, à un certaine moment, mais il n'y a, me semble-t-il, aucune donnée permettant de rattacher le film à une époque. Kechiche s'est centré sur ses personnages, enfin SON personnage, son Adèle, la faisant passer de lycéenne à institutrice en un claquement de doigts, par des ellipses déroutantes mais dont, au fond, on se fout. Il y a plutôt une volonté de montrer une jeunesse un peu idéale, avec des ados qui lisent du Mariveaux et trouvent ça super, qui en discutent autour d'un kebab alors qu'ils pourraient parler de la dernière télé réalité. Des jeunes qui parlent comme des intellectuels d'un autre temps, qui n'ont pas de portable et qui n'ont pas de problème avec leurs parents.
Je conçois que cela peut paraître un peu élitiste, voire prétentieux, peut-être même que ça l'est, mais je trouve que cela permet au spectateur de suivre avec plus d'attention le déroulement de la vie de la jeune fille, de se focaliser sur elle et non sur l'entourage, comme si ce qu'elle vivait pouvait se passer partout et n'importe quand. Il n'y a pas de parasite moderne auquel on peut se raccrocher pour s'identifier, on ne peut que se laisser porter dans un univers qui ne cherche pas à être proche de ce que l'on vit ou que l'on a vécu. Je parle bien sûr pour moi, je n'ai pas la prétention de me mettre dans la tête de tous les spectateurs de ce film.
Sur le plan des dialogues, j'ai lu ici et là que le film était bavard pour ne rien dire, parfois à côté de la plaque. Personnellement, et c'est une première pour un Kechiche, je ne me suis jamais ennuyée. Le film ne m'a jamais transportée non plus, mais j'ai trouvé les dialogues finalement très anodins, en fait banals.
Le seul moment qui m'a interpellée est celui lorsqu'Adèle rentre au lycée après sa première escapade avec Emma. L'accueil de ses "amies" est absolument raté. Il y a un côté l'Esquive qui, pour le coup, tombe totalement à plat. Était-ce pour montrer que les filles peuvent avoir de la haine pour les lesbiennes ? Cela ne collait pas vraiment avec le tableau adolescent que le réalisateur voulait dépeindre. (peut-être est-ce comme ça dans la BD, je ne sais pas).

Bref, à défaut d'être réaliste ou juste, j'ai trouvé le film crédible. J'ai, bien sûr, apprécié la prestation d'Adèle E. (flemme d'écrire son nom), à la fois moche et jolie selon l'oeil de la caméra posée sur elle, elle parvient à être tour à tour une ado coincée un peu garçon manqué, et les prémisses d'une femme totalement désirable. On peut aimer ou pas l'actrice, il est indéniable qu'elle se donne à fond dans son rôle.
J'ai été cependant moins bluffée par Léa S. (pas de jalouse) mais qui, de toute façon, n'est qu'un faire valoir dans le film.

Côté réalisation, je n'ai rien de spécial à dire, et c'est cela qui est dommage. Heureusement, Kechiche a réussi à ne pas trop étirer ses scènes comme dans La Graine et le Mulet par exemble. Le dosage est bon, mais c'est la longueur du film entier qui pêche. Le film est trop long pour son propos et cela le dessert beaucoup.
On comprend où il veut aller, pour ma part j'ai même adhéré car le portrait est beau, mais il s'étiole dans le trop (la lutte des classes, véritable dérapage tout à fait inadapté). Les moments de beau sont noyés dans ce trop et ce qui aurait pu être un "beau petit film" devient une sorte d'oeuvre ambitieuse pour pas grand chose, et sur ce point je ne sais pas ce que cherchait le réalisateur.

En conclusion, je dirais que la Vie d'Adèle est un portait intéressant d'une fille-femme à travers sa sexualité et ses sentiments mais qui aurait mérité un traitement condensé, plus brut pour en capter toute l'essence.
Tout le long je me demandais ce qu'une Céline Sciamma, par exemple, aurait pu faire avec un tel matériau de base. Et ça s'était bien plus excitant que les scènes de cul.

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