Un dandy anarchiste "Au rendez-vous de la mort joyeuse" qu'il a choisie

Avis sur Lacenaire

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Gaz, corde, arme à feu, rivière, médicaments...
Approchez, approchez... Grand choix de suicides aux Galeries La Fauchette !
Un quidam, le 9 janvier 1836, a testé "le suicide par la guillotine", selon sa propre formule de forte tête !
Qui ? Comment ? Pourquoi ? C'est tout l'intérêt historique et psychologique de ce film signé Francis Girod. Personnage effacé dans "Les enfants du Paradis", chef-d'oeuvre absolu, Pierre-François Lacenaire est cette fois mis en vedette. Soit 2 h 05 d'effarement nuancé d'une pointe d'admiration.
Le scénario décalque les mémoires de l'intéressé. (Georges) Conchon qui s'en dédit ! C'est hélas l'ultime travail de cet adaptateur hors pair. Dans le texte écrit en prison, il y a tout Lacenaire. Un rebelle dès l'enfance qui rejette un père embourgeoisé (François Périer), une mère et un frère "oedipés". Rejet encore, via le scandale au petit séminaire, de l'hypocrisie ecclésiastique et du même coup (de goupillon !) de la religion. Rejet surtout, adulte, des règles sociales et du puritanisme propres au 19e siècle louis-philippard.
Lacenaire se mue en fait en un hors-la-loi inclassable : dandy anarchiste, entre Arsène Lupin et Jules Bonnot. Tenue de milord s'encanaillant d'un côté, assassinats de profiteurs avec complices sur fond d'homosexualité de l'autre.
La révélation la plus effarante de ce film, c'est l'ironie superbement exprimée de Lacenaire à propos de l'humanité et de la société en général. Une fois arrêté par bêtise, il fait de son procès et de son emprisonnement une fantaisie morbide qui lui vaut même l'hommage surréaliste d'André Breton dans sa décoiffante "Anthologie de l'humour noir". Jusqu'à la veille de mourir sans lâcheté à 36 ans, il se moque de tout avec brio et va ainsi "Au rendez-vous de la mort joyeuse" qu'il a choisie plus par désespoir que par perversion. Après celle du préfet Allard (Jean Poiret) et du journaliste Arago (Jacques Weber), l'admiration nuancée est sollicitée chez le public contemporain.
Le film, bien structuré et maîtrisé, enchaîne les flash-backs à partir des derniers jours de Lacenaire dans sa cellule... devenue salon à la mode ! Un personnage inouï, fascinant par le jeu casse-cou (!) de l'acteur qui prend le risque de l'incarner avec tous ses excès. Composition phénoménale, qui a fait parier admirativement pour le César 91 du Meilleur acteur : Daniel Auteuil dans un fauteuil !
Hélas, le couperet du palmarès n'a pas tranché en sa faveur !

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