Un remake ambigu

Avis sur Le Bounty

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Revoir le Bounty aujourd'hui est assez drôle car on y redécouvre des acteurs qui sont devenus beaucoup plus célèbres qu'ils ne l'étaient en 1984 ; je pense à Daniel Day-Lewis tout jeune et beau gosse, à Bernard Hill, à Liam Neeson qui n'ont que des rôles secondaires mais qui sont bien présents... et également à Anthony Hopkins qui à l'époque avait déjà une belle prestance avec le jeu précis et habité de certains de ses rôles à venir. Le film bénéficie de la notoriété toute neuve de Mel Gibson qui lui aussi avait un physique de beau gosse ; le reste du casting comprend de vieux briscards comme Edward Fox et Laurence Olivier, c'est une prod Dino de Laurentiis, donc on y voit les dollars sur l'écran, le décor est bien celui paradisiaque de Tahiti, il a financé la reconstitution exacte du vrai Bounty, tout semble réuni pour livrer un beau film d'aventure. Mais cette troisième version du Bounty s'imposait-elle vraiment après les 2 prestigieuses versions hollywoodiennes de 1935 et 1962 ?
Certes, les images sont belles, le film joue énormément du décor de Tahiti et en met plein la vue dans le style exotisme enchanteur, le réalisateur mise aussi sur la sensualité fiévreuse des belles vahinées aux seins nus, chose qu'on ne pouvait pas montrer en 1962, mais étrangement, il prend ouvertement le parti du capitaine Bligh qui aussi curieux que ça puisse paraître, semble moins odieux que ne l'étaient Charles Laughton et Trevor Howard dans les précédentes versions. Le destin de ce personnage est paradoxal : présenté comme une brute animale par Laughton en 1935, il aura été progressivement réhabilité par le cinéma puisque Trevor Howard en proposait une version déjà plus nuancée ; ici il est plutôt attachant, c'est donc la grande nouveauté de ce film qui en plus se présente comme un long flashback en montrant le capitaine Bligh jugé par l'amirauté pour avoir perdu son vaisseau. A mon avis, c'est la petite faiblesse du film, car c'est assez peu convaincant. Et du coup c'est le personnage de Fletcher Christian qui devient un peu le vilain petit canard.
Traditionnellement, ce récit comporte 3 temps forts : la scène de tempête du Cap Horn, l'épisode polynésien, idyllique, et la mutinerie proprement dite. Roger Donaldson s'acquitte de cette tâche avec soin et remplit toutes les figures obligées du récit, mais rate une véritable fin satisfaisante, autre faiblesse du film. Si l'on excepte ces deux éléments que j'ai cités (le Bligh gentil jugé pour de mauvaises raisons, et cette absence de fin), on peut prendre beaucoup de plaisir à voir le Bounty, c'est ce que j'ai fait, car sans valoir ces précédentes versions, celle-ci se laisse voir pour toutes les qualités évoquées ainsi que pour son interprétation, même si l'affrontement entre Gibson et Hopkins n'est pas toujours bien exploité, car Mel peut-être encore trop jeune, a du mal à intérioriser son personnage qui est un officier plutôt falot à côté de Hopkins qui lui vole pratiquement toutes ses scènes. Donaldson n'était sans doute pas le réalisateur idéal pour ce genre de grosse production, je me plais à penser ce que David Lean (prévu au départ) aurait pu faire d'un tel sujet, autrement plus ambitieux, mais bon, c'est ainsi. On pouvait s'attendre à mieux, mais on aurait pu aussi avoir bien pire, le film se révèle tout de même une belle aventure maritime grâce à la qualité de l'interprétation, des moyens mis en oeuvre, et de l'ambiguïté du scénario.

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