Prince des farceurs

Avis sur Le Capital

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Il est tentant de tirer à boulets rouges sur la prestation de Gad Elmaleh, de dire qu'il en fait des tonnes, qu'il joue comme une savate et que son anglais est aussi fluide que le mien. Mais ce serait trop facile, et surtout ce serait réduire l'ampleur du désastre à un personnage qui finalement est peut-être le seul à sa place dans la satire que Costa-Gavras fait des systèmes bancaires et du capitalisme par extension. N'était-ce finalement pas le seul choix judicieux que fit le cinéaste quand il choisit un comique ultra populaire pour porter sa charge critique bas de plafond, qui empile tant qu'elle peut punchlines de cours de récréation et clichés ronflants passablement soporifiques. Peut-on reprocher au piètre Gad de s'être hissé à la hauteur du projet qui le place devant les caméras ? Rien n'est moins sur.

Mais on peut, en revanche, pleurer toutes les larmes de son corps en constatant que Costa-Gavras est au point mort, qu'il ne parvient plus à donner quelconque ampleur à des sujets qui sont pourtant faits pour lui, qu'il enchaîne les actes manqués alors que ses intentions sont toujours des plus légitimes. Car le capital est un film nécessaire, et parce que Costa-Gavras est l'homme de la situation. Le Costa-Gavras de Music Box en tout cas, celui qui parvenait à ne pas se vautrer dans un sensationnalisme facile tout en jouant les funambules avec un sujet plus que casse-tronche pour générer une émotion palpable que ne peut oublier quiconque l'a ressentie. Celui de Z ou d'état de siège, également, qui savait s'entourer d'acteurs à forte gueule dont les épaules solides pouvaient porter à l'écran toute la densité nécessaire à construire leurs personnages. Ou bien encore le Costa-Gavras des débuts, qui avait le courage d'assumer son ambition dévorante en donnant les moyens à une bande de résistants de tout faire péter à grands coups de système D dans un dernier sursaut de résistance totalement grisant.

Mais ce Costa-Gavras ne se manifeste plus, en tout cas, de ce capital-ci, il est absent. Tout au plus s'il joue les allumeurs en plaçant devant sa caméra une gazelle filiforme qui apporte une petite touche coquine à son projet, quand il ne met pas dans les cordes vocales de la feuille blanche malléable qu'il a embauchée pour vendre quelques DVDs, des dialogues écrits par Charlie et Lulu (l'arggggent c'est biennnnn...ein, le sexe c'est mieuuuuux....euh !, touuuuuuus les banquierrrrrrs sonnnnt des salauds). Le plus triste est de le voir parsemer les scènes révoltantes de son intrigue de quelques termes techniques soporifiques histoire d'enfumer tout le monde. Certainement conscient qu'il lui manque une unité, ou peut-être perdu dans sa charge, il convie tous les points de vue à s'exprimer autour d'un merveilleux repas de famille imbibé de vraies valeurs humaines, à l'occasion duquel un tonton balbutiant joue le syndicaliste contre l'ennemi, histoire de rappeler que sieur Costa-Gavras n'est tout de même pas homme à s'en laisser compter.

Bref, un sacré sketch, au potentiel comique réel, tant il est grossier. Le problème c'est que ça dure une heure cinquante, et qu'au bout d'une demi-heure de jeux de dupes perdus, je n'en pouvais déjà plus.

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