La Liberté goût beurre de cacahuète

Avis sur Le Cri du faucon

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Magnifique road-movie que voici... Quoique crab-boat movie si je puis me permettre.
1h30 pour un court récit de vie, où il serait aisé de pointer du doigt le classicisme et le caractère trop évident du sujet traité. C'est ce qu'a pu évoquer le Hollywood Reporter. Et pourtant, à la barre se tient un duo de réalisateurs qui sont loin de détenir le titre de Captain Obvious. En 2019, ils prouvent au contraire qu'ils sont capables de beaucoup avec un matériau de base mainte fois utilisé.

C'est quoi le sujet ?

Manifestement Tyler Nilson en qualité de co-réalisateur semble développer un intérêt particulier aux narrations picaresques - de l'espagnol pícaro signifiant « misérable » et « futé ».
Six ans plus tôt, T.Nilson s'était déjà fait remarqué avec son hilarant Arnaque à la carte. Dans le présent long-métrage, on y retrouve deux récurrences scénaristiques.
Primo, la Floride est une destination idyllique et symbolise une fin en soit - quand d'autres cinéastes auraient plutôt jeté leur dévolu sur l'Alaska.
Deuzio, le protagoniste est une personne en marge de la société, prenant les traits d'une figure héroïque à la fois miséreuse et admirable. Comme emprunté aux œuvres littéraires picaresques tel Les Aventures de Simplicius Simplicissimus (1668) de Hans Jakob Christoffel von Grimmelshausen, cette autobiographie déguisée se révèle être une belle et audacieuse merveille filmique de fin d'année.

The Social American Dream

The Peanut Butter Falcon est un pétillant drame social américain oxymorique dans lequel se distille la thématique bien trop controversée du Rêve américain. Depuis la simple comédie - Arnaque à la carte (2013), Taking My Parents To Burning Man (2014) - au drame social, il n'y avait qu'un pas ; la comédie dramatique. Et la paire de réalisateurs que voici, nous livre un scénario d'une sincérité et d'une justesse difficilement contestables.

Sous ses aires de fable, l'oeuvre fredonne de subtiles réflexions, celles-ci cachées sous un fin voile de lyrisme franchement hypnotisant. On notera que le rêve américain n'est plus fonction du pouvoir d'achat. Quatre planches en bois, une voile, une canne à pêche et du beurre de cacahuète vous suffiront, nous révèle t-on. Ce qui m'aura encourager à presque nommer ma critique The Social American Dream.

Le héros quant à lui, sur-homme, admirable et admiré, possède une maladie chromosomique congénitale associée à un retard cognitif. Il sera également victime de l'étonnant Ne-me-dites-pas-que-je-ne-peux-pas-faire-quelque-chose Syndrome. Probablement la plus belle des pathologies.

Enfin, l'isolement social - de cette société, actuelle j'entends, juridique, réglementaire, politiquement correcte, structurante et fédératrice parait-il, dépeinte dans le film comme anxiogène et foncièrement anti-progressiste - débouche finalement et paradoxalement sur une (re)construction d'un puissant socle familial. C'est beau et particulièrement touchant.

A House is not Home

The Peanut Butter Falcon, c'est la nature sauvage - wilderness - des zones marécageuses de la Caroline du Nord qui vient épouser la culture sociale et bromancienne made in U.S. C'est la liberté nature(lle) et sauvage [le Faucon] qui se lie au citoyen américain égaré [Le Beurre de cacahuète].
Il s'agira de retrouver l'essentiel, et de s'empêcher de se détourner de ses rêves pour emprunter le bon chemin. A noter que les protagonistes se tiendront de mener leur périple systématiquement en dehors des sentiers battus. Sous entendu le bon chemin, il faut se le frayer soit-même.
La joie de vivre et la pureté (dont la scène du baptême en devient une légère connotation) florissent dans la nature-même, accessoirement autour d'un petit feu de camp.
Tandis que l'espoir se cache dans le regard de celles et ceux qui croient en nous.

Pour exposer cela, The Peanut Butter Falcon s'entoure d'un trio d'acteurs à la performance débordante de bonne foi, parmi lesquels Zack Gottsagen (Zak), Shia LaBeouf (Tyler) et Dakota Johnson (Eleanor). On regrettera toutefois le manque de considération scénaristique pour le personnage de John Bernthal qui une fois de plus, est comme... Mis sur la touche.
En dehors de cette subtilité le film se tient de garder son cap sans trop de difficulté, rythmé par une demi-douzaine de morceaux des plus inspirantes. Les parties prenantes, réalisateurs comme acteurs, chantent en cœur A House is not a Home ; une expression figurative qui définira bien l'oeuvre à mon sens.

En résumé

C'est avec subtilité et une mise en scène léchée que les cinéastes exposeront les faux-semblants suivants : (i) quatre murs ne sont pas fatalement notre chez-nous, (ii) la société américaine n'est pas aussi libérale comme le voudrait faire entendre le plus distingué des patriotes américains, la nature sauvage nord américaine l'est.

Et comme particulièrement sensible à ces thématiques, c'est ainsi que le Faucon au beurre de cacahuète rejoindra aisément le top films de mon année 2019.

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