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Avis sur Le Cri du sorcier

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C'est un film comme Skolimowski savait les faire pendant sa période anglaise : brossé d'un trait direct, d'une grande qualité plastique et assez grinçant.

On a ici le motif traditionnel de bien des thrillers américains (l'emprise progressive d'un individu louche sur un couple bien sous tous rapports) mais enchâssé assez habilement dans un récit à tiroir : le film n'est qu'un long flash-back lui-même pris dans le récit fait par l'un des protagonistes (Alan Bates), désormais pensionnaire d'un hôpital psychiatrique, à un écrivain de passage lors d'une partie de cricket. La partie de cricket, so british, avec ses gentlemen en chemises blanches, se dérèglera lorsqu'une averse se déclenchera : il sera alors temps pour les fous de hurler et de se rouler dans la boue. On peut voir dans ce petit événement narratif la séquence-miroir du film, qui s'amuse à faire dérailler le fonctionnement normal d'une petite société policée en la mettant à l'épreuve de peurs primales (le feu et le bruit de l'orage, la sorcellerie des territoires colonisés, la sexualité féminine).

La peinture de Bacon, avec ses êtres liquéfiés et torturés par des cris de douleur, semble être la référence directe du film, mais Skolimowski substitue aux couleurs vives et franches du peintre anglais une palette douce, presque pastel, qui rend le film plus ironique. Je reste marqué par la force picturale d'une séquence où l'on suit la course effrénée du personnage de John Hurt à travers les verts pâles de la campagne anglaise, tandis qu'en montage alterné on voit sa femme se donner au rival-sorcier dans un décor de chambre repeinte en vieux rose.

La thématique sexuelle suinte d'ailleurs de toutes les scènes de ce film, qui pourrait être vu comme un récit sur le sentiment de culpabilité de la bonne société occidentale sourde aux cris des peuples colonisés (les aborigènes étant ici la référence). Cette culpabilité est comme transformée dans le film en complexe d'impuissance, John Hurt, le docile organiste du village, se ratatinant progressivement devant la virilité tranquille du personnage d'Alan Bates, le mangeur d'enfants : il ne lui reste plus qu'à errer à la recherche d'une solution sur les collines du Devon, qui sont à l'image comme le rappel cruel des courbes féminines auquel l'accès lui est désormais interdit.

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