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Le Daim

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Chez Quentin Dupieux, on aime se mettre dans la peau d'animaux. C'est que comme dit l'Officer Duke (Mark Burnham) de Wrong Cops dans une révélation enfumée : "Nous sommes tous des esclaves de la Nature", et se fondre dans la Nature et la réalité, c'est déjà se rendre un peu moins esclave en les acceptant. Dans Réalité, c'est la cassette qui contient tout le secret du film (et donc de l'univers) que l'on trouve dans les entrailles d'un sanglier, élément déclencheur d'une ambition créatrice, artistique, propre à nous délivrer de nos conditions d'esclaves existentiels. Pour Georges dans Le Daim et comme pour le pneu de Rubber, prendre conscience de son pouvoir créateur en se glissant dans la veste 100% daim (qui viendra d'ailleurs avec une caméra, et un plan furtif sur un daim, bien vivant cette fois) est à la fois une affirmation de la vie, et une ambition destructrice.

"La majorité des gens étouffent l’enfant et se fabriquent une nouvelle personnalité d’adulte, comme si l’enfance n’était qu’un magma de névroses qui constitue leur ADN de névrosés."

Voilà ce que dit Dupieux à Libération (1), et que l'on appliquera aisément à son dernier film. Georges, en pleine crise existentielle, se refait un style, et cherche à fuir un enfant qui ne semble pas vouloir le lâcher. Le fuir en se lançant à corps perdu dans une entreprise démesurément ambitieuse, jusqu'au point où la prétention prend le dessus pour faire du nouveau cinéaste à la fois le créateur et le sujet de son art, dans une volonté égocentrique de devenir le seul artiste tirant son inspiration de son blouson.

Difficile de ne pas voir dans Georges un alter ego pour le réalisateur qui n'a jamais caché son amateurisme lié à sa formation autodidacte, mais qui lui a toujours voulu affirmer un état d'esprit enfantin et premier degré, refusant toujours en interview la psychanalyse de ses films. Après le Réalité qui jouait clairement le jeu de l'ambition thématique, Au Poste ! et Le Daim reviennent donc à quelque chose de plus simple.

Et c'est là que le film s'impose peu à peu comme une déception : par cette ligne narrative simple et sans détour, l'absurdité qui a toujours fait le sel du cinéma de Dupieux se révèle trop superficielle, étant entièrement contenue dans le synopsis. Le film ne sera finalement qu'un étirement de ce synopsis, sans qu'un développement réellement inattendu ne se présente jamais. La thématique du film a déjà été traitée par le cinéaste en plus complet, et surtout plus intense (le rêve Wrong Cops où l'on tente de s'inventer une créativité authentique en trouvant le sujet de son livre, sans jamais vraiment comprendre ce que "créativité authentique" peut bien vouloir dire), et sur la forme, le film parait bien trop linéaire pour surprendre, alors que le mind fuck est un exercice privilégié chez le français depuis toujours (les mises en abyme sans fin de Nonfilm, les lignes temporelles qui se croisent dans Réalité, ou même les redéfinitions intempestives de la diégèse de Au Poste !). Si Le Daim reste plaisant par sa continuité thématique dans la filmographie de son auteur, il paraîtra sans doute un peu pauvre pour les habitués, et un peu ennuyeux pour les autres. Reste qu'un film de Dupieux, ça se regarde toujours avec beaucoup de plaisir.

(1) https://next.liberation.fr/cinema/2019/06/18/le-daim-c-est-quoi-votre-probleme-quentin-dupieux_1734647

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