L'Assassin habitue en 41

Avis sur Le Dernier des six

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En 1941, un an avant de devenir le réalisateur génial que l’on connait avec L’Assassin habite au 21, Henri-Georges Clouzot laisse tomber le Henri pour se contenter d’adapter Steeman et d’en faire un écrin de rêve pour Pierre Fresnay et Suzy Delair.

Wenceslas Voroboetchik et Mila-Malou, le commissaire et la chanteuse, l’excitée et le flegmatique, le couple terrible et merveilleux qu’on adorerait voir encore et encore dans une série éternelle digne de L’Introuvable…

Malheureusement, il faudra s’en contenter de deux et si le second est passé à la postérité il est bon de revenir un peu sur l’original tant de nombreuses qualités de son célébrissime suiveur sont déjà en germe dans cette savoureuse comédie policière menée tambour battant par un couple de gala.

Histoire éternelle d’un petit groupe qui fait un pacte promettant de partager dans cinq ans leurs fortunes et de mélanger ainsi échec et succès dans le mortier du hasard par le pilon de l’amitié.

Bien entendu, cinq ans après, les amis commencent à se faire assassiner comme des mouches, mais le commissaire Wens veille…

Qui chantera un jour tout le mérite du merveilleux Pierre Fresnay ?... Un angle de chapeau, un port de manteau, un jeu de main inimitable, un phrasé tutoyant la perfection avec la bonhommie d’un frère de lait et le tout au service de dialogues devenus classiques… « Prudent, mais circonspect ! » assène-t-il comme personne au sommet de sa logorrhée fantastique qui transforme aussi sec les suspects de tous poils en souris esseulées, jolis jouets pour un matou matois que seule sa maîtresse parvient à bousculer de temps à autres…

Eternelle Suzy Delair en peste de première classe qui n’a peut-être jamais débité autant de bêtises et d’insultes à la seconde que dans ce film-là, un argument qui devrait normalement vous suffire à désirer le découvrir à toutes forces…

Et puis même les six autres sont merveilleux, André Luguet en patron de music-hall, l’ineffable Jean Tissier en poète cynique gigolo à ses heures, Jean Chevrier en bellâtre un peu coincé, Lucien Nat en pleutre tremblotant, Georges Rollin en petite frappe des faubourgs… Et la petite Michèle Alfa en veuve consolable troublante…

Pour ne pas être en reste, la photographie est assez délicieuse, Georges Lacombe fait de son mieux sans la moindre parcelle du génie de son scénariste, il s’essaie au film noir, aux chorégraphies à la Bugsy Berkeley et surtout il évite de gâcher le talent de ses comédiens, ce qui n’est déjà pas si mal…

Maintenant, Clouzot ayant fait ses preuves, il peut enfin faire carrière mais l'incroyable supériorité des films qu'il réalisera ne dois pas complètement répudier ce petit plaisir de jeunesse qu'il faut essayer toutes affaires cessantes.

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