Filmer la vie, jusqu'où ?

Avis sur Le Gamin au vélo

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Dans le nouveau long-métrage des frères Jean-Pierre et Luc Dardenne, le jeune Thomas Doret et Cécile de France se donnent la réplique. Si les deux réalisent une prestation remarquable (c'est une belle surprise pour Cécile de France), le film ne méritait pourtant pas son Grand Prix reçu à Cannes en 2011.

Cyril est un enfant de 12 ans laissé à l'abandon dans un foyer pour jeunes par son père incapable d'élever son fils financièrement et sentimentalement. Par une rencontre fortuite, la coiffeuse Samantha se prend d'affection pour Cyril et propose au foyer de le prendre tous les week-ends chez elle. Là, un triple chemin s'offrira à Cyril : rester auprès de Samantha, se lier d'amitié avec le caïd de la cité, Wes, ou bien renouer le contact avec son père.

En ce qui concerne des considérations purement techniques, nous pouvons apprécier la fluidité du film. Non seulement le film passe très vite (il est très court : 1h20) mais le récit aussi coule de source. Pas un seul accroc ne vient entraver le prévisible rapprochement entre Cyril et Samantha. De cet enlacement involontaire dans la maison médicale entre les deux au début du film jusqu'à cette balade en vélo à la fin, le film ne cesse de chercher à fermer la boucle romanesque de cette histoire somme toute assez touchante portée par le formidable Thomas Doret et la surprenante Cécile de France (je ne croyais pas pouvoir écrire cela un jour !).

Les frères Dardenne surprennent aussi dans la mise en scène assez inventive par endroits. En témoigne cette scène très intéressante où Cyril rencontre son père qui travaille comme cuisinier dans un bistrot. La communication rompue entre les deux est matérialisée par la musique très forte dans la cuisine, empêchant toute discussion. Le père mit une dizaine de secondes à comprendre qu'il fallait baisser la musique. Par la suite, l'enfant ne cessera d'excuser son père pour ses méfaits. L'enfant cherchant ainsi à faire table rase des erreurs de son père tandis que ce dernier souhaite, lui, faire table rase de son passé (dans cette optique, il souhaite alors que son fils ne fasse plus partie de sa vie). Terrible situation dont Cyril prend conscience quand son père lui dit droit dans les yeux. Enfin, quand Cyril tente de cuisiner en faisant réchauffer des sauces dans des casseroles à la place de son père, celui-ci le laisse quelques secondes, l'observe avant de le pousser vers la sortie, pour ne pas s'attacher de nouveau à lui. Un enchaînement de trouvailles sonores, visuelles et scénaristiques illustre parfaitement et de manière intelligente l'impossibilité pour les deux de se retrouver.

Pourtant, au-delà de cela et de quelques autres trouvailles, la mise en scène reste très classique (pas de plans travaillés, style « caméra à l'épaule » si bien qu'on a pas un seul plan fixe...) et quelques errements scénaristiques viennent entacher le final du film (notamment la scène où Cyril chute d'un arbre). Finalement, l'exercice de style s'essouffle au fur et à mesure. Si le début du film est intéressant, le talent des frères Dardenne ne suffit pas à insuffler au film la puissance scénaristique et romanesque suffisante pour relancer perpétuellement l'intérêt du film. Ce n'est pas les quelques envolées musicales, inédites chez les Dardenne, qui viendront solutionner le problème. Les frères Dardenne filment simplement la vie d'un jeune orphelin mais cela suffit-il à faire un très bon film ? Non, car la limite de l'ennui guette assez rapidement.

Lorsque le générique de fin débute, nous avons finalement l'impression d'avoir assisté à un moment sympathique, une tranche de vie touchante, mais en aucun cas nous avons le sentiment d'avoir vécu un grand moment de cinéma. Un bon moment mais oubliable.

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