L’apesanteur et la grâce

Avis sur Le Grand Bal

Avatar Anne Schneider
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De pesanteur, il ne saurait être question ici. Dès l’ouverture, la voix légère, virevoltante, presque enfantine, de Laetitia Carton ouvre le bal, narrant son goût précoce pour les danses populaires, pendant que les paysages givrés de son Auvergne natale valsent doucement devant nos yeux, derrière le pare-brise d’une voiture.

Bien vite, le documentaire nous entraîne jusqu’à la Mecque des bals traditionnels, au festival « Le Grand Bal de l’Europe », qui réunit chaque année plus de deux mille danseurs amateurs dans le hameau des Gauthiers, sur la commune de Gennetines, dans l’Allier. Huit parquets sont dressés, accueillant des stages en journée et de grands bals le soir.

Passées ces quelques explications sur des premières images de pas, la caméra ne se détache plus du rythme des danseurs, souvent fixe, parfois mouvante, glissant ou tournoyant avec eux. Au plus près dans les danses de couple, recueillant les détails, une mèche de cheveux accrochée sur une épaule dans le même mouvement que la main, les différentes manières qu’ont les doigts de se poser sur l’autre, de l’étreindre ou au contraire de se soulever comme par crainte de le brider dans ses propres ondulations ; les regards, les yeux clos ; les sourires, adressés à l’autre ou aux anges...

Quelques interviews viennent rompre le rythme de la danse, livrant les attentes des danseurs, leurs déceptions, leurs expériences heureuses ou malheureuses. Les confidences sont toujours teintées d’humour, comme si la danse allégeait tout. Un canapé revient de temps à autre, cadré de face, chargé d’humains différents, plus ou moins affalés selon l’heure du jour ou de la nuit, parlant entre eux ou à la caméra...

Puis l’on retourne bien vite à la danse, aux danses. Lætitia Carton excelle à filmer les danses de groupe, qui soulèvent les danseurs comme une vague, les faisant clapoter doucement ou les projetant les uns vers les autres comme des éclaboussures humaines...

La réalisatrice dit avoir souhaité un « film tourbillon ». Souhait exaucé. Le spectateur se sent happé avec bonheur par une grande pulsation humaine, ample et infatigable... Le tourbillon de la vie...

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