Fuyez pauvres fous, fuyez

Avis sur Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées

Avatar Guillaume Faou
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Je suis en retard. Je bouscule quelques mollassons qui peuplent les portes des métros parisiens. Je m'installe enfin dans ce confortable fauteuil rouge, fin prêt à voir les aventures de Bilbon Sacquet une dernière fois.

La salle s'assombrit, l'action débute. On retrouve Smaug qui fonce vers Esgaroth et le festival de bouffonnerie commence avec la fuite des couards de la ville dans leur barque remplie d'or. Le héros Bard, un ersatz d'Aragorn avec la tronche de Legolas, décide d'utiliser son fils comme support pour porter un coup fatal à Smaug, trop occupé à parler pour voir l'humain prendre au moins 5 bonnes minutes pour viser. Le film a commencé il y a 10 minutes, le dragon est mort, il fait place au titre d'un dernier opus qui s'annonce désastreux.

Alfrid vient régulièrement polluer le film, et s'impose comme le nouveau Jar Jar Binks du cinéma, tant il est insupportable. Sa maigre ressemblance avec Grima "Langue de Serpent" prouve que les références au Seigneur des Anneaux seront encore plus évidentes (et lourdes) que dans les précédents films. Le Hobbit 3 devient une parodie de la première trilogie, comme "La Menace Fantôme" le fut pour Star Wars.

Après une pathétique référence à Game of Thrones, nous retrouvons Gandalf aux prises avec Sauron. Elrond, Saroumane et Galadriel lui viennent en aide. Peter Jackson fait tout pour que leur entrée en scène soit épique à grands coups de musique et de plans larges, mais la sauce ne prend pas. Je devrais être content de les voir, je ne le suis pas, probablement perturbé par l'apparition des 9 serviteurs sous la forme de spectres tellement bizarres que s'en est perturbant. Car les effets spéciaux ne sont pas au rendez-vous : du fond vert partout, du CGI à tout va, même là où cela ne sert à rien, le film est laid. Préférer utiliser du feu modélisé par ordinateur pour trois malheureuses torches résume toute la fumisterie du film. Il n'a aucune identité, là où le Seigneur des Anneaux est devenu une référence pour de nombreux films de genre, le Hobbit n'assume rien et pique tout ce qu'il peut à droite et à gauche. C'est bâclé et honteux.

Toujours dans la parodie du Seigneur des Anneaux, Peter Jackson fout régulièrement des gros doigts aux spectateurs, comme par exemple dans la scène de séparation entre Kili le nain et Tauriel l'elfe, où ils miment Aragorn et Arwen jusqu'à répliquer des scènes de la première trilogie.

Retrouvons la compagnie avec un Bilbon qui reste intéressant, avec un Martin Freeman fidèle à lui-même. Thorin sombre peu à peu dans la folie et là les choses se corsent. Il pense qu'une voix rauque suffit à nous convaincre qu'il perd la boule, et des effets ralentis des plus désagréables essayent d'accompagner cette longue descente aux enfers du chef nain. Les autres nains sont totalement inexistants. On ne retiendra de ce film que Bilbon, Legolas qui arrive à mieux jouer que le reste du casting, et Thranduil grâce au charisme de Lee Pace. Même Gandalf, sous les traits de Ian McKellen, ne reste pas dans les mémoires tant il est effacé.

L'attente de la réunion des 5 armées est interminable, on sent que Peter Jackson fait 1h de film avec 2 pages, le bougre faisant ce qu'il peut pour meubler. Cela donne un sentiment de malaise constant, exactement comme quand un présentateur d'une émission doit parler, raconter des blagues suite à un incident pendant que l'équipe technique essaye de le réparer. C'est gênant.

La bataille arrive enfin, les elfes restent classes, les nains se battent comme les spartiates dans 300 (encore du pompage), les méchants prennent le dessus avant que... les aigles arrivent. Ces piafs ont un vrai problème de timing, ils arrivent toujours en retard. Lors de la dernière bataille devant la Porte Noire, l'arrivée de ces oiseaux était parfaite puisqu'arrivant à un moment de creux dans le rythme. Ici, c'est juste ridicule.

Puis vient l'affrontement final. Les deux antagonistes se regardent froidement, le combat commence. Ils éprouvent de la difficulté à bouger, à exécuter leurs mouvements, car ils sont sur de la glace. C'est parti pour dix minutes de grand Guignol, où un orc sangunaire et un roi nain manquent de se vautrer en permanence. Pendant ce temps Legolas met un gros doigt aux lois de la gravité et s'amuse à sauter de pierre en pierre alors que celles-ci tombent dans le vide. Puis le combat terminé, la petite elfe Tauriel découvre que l'amour ça fait mal et nous délivre un des pires dialogues de l'histoire du cinéma.

Dans une ultime tentative futile de rappeler au monde qu'il a fait le Seigneur des Anneaux et qu'il ne faut pas lui en vouloir pour cet étron, Peter Jackson nous fait revenir dans la Comté. Après ce viol extrême de l'oeuvre de Tolkien, la vision de ces verts pâturages familiers n'est même pas émouvant.

Le générique tombe, la voix de Billy Boyd (Pippin) se fait entendre. Je me lève de la salle et j'enlace mes amis, aussi choqués que moi.

Merci Hollywood d'avoir ruiné cette histoire en faisant une trilogie misant tout sur les effets spéciaux pour faire du fric. Faire 474 minutes de film (sans compter les versions longues) pour un bouquin de 600 pages, c'est du grand art. Il faut avoir des grosses couilles et très peu d'amour pour le cinéma et pour Tolkien pour oser sortir cela.

Mal réalisé, mal interprété, laid, je ne vous conseillerai que trop peu d'éviter ce film. Fuyez pauvres fous, fuyez.

Quant à moi, je vais me noyer dans le whisky et revoir une énième fois le Seigneur des Anneaux pour oublier tout cela.

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