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Le Jeune Ahmed par Eowyn Cwper

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En plus de témoigner de l'intérêt toujours aussi grand des Dardenne pour les microcosmes sociaux de Seraing et de se dévouer à l'étude approfondie du terreau où leur ville natale prend racine, Le jeune Ahmed parle de tout ce que j'aime : sociologie, psychologie, spiritualité, langues... Les réalisateurs ne me font pas aimer, mais adorer le cinéma social. Mieux (ou pire ?), ils me donnent un peu honte que les mots "je" et "moi" me viennent à l'esprit en premier pour parler de leur film.

Le jeune Ahmed donne en effet une puissante impression que ni l'histoire ni l'univers où elle se situe ne me regardent. "Ce que tu vois ne te concerne pas", semblaient-ils me crier, et c'est vrai. Mon intérêt pour l'Islam et son effet sur la société belge sont académiques et je suis le spectateur qu'on daigne informer : ai-je vraiment une place à vouloir discourir de leur valeur cinématographique ?

Le sentiment que je relate pourrait s'assimiler à ce que provoque le rejet, et peut-être comprendrait-on que je me sente exclue du film. Pourtant c'est l'inverse qui s'est produit. Car « daigner intéresser », cela évoque un dédain dont le film est totalement dénué. En plus de son aura d'apparente inatteignabilité, Le Jeune Ahmed a celle, plus puissante que jamais, de la compassion et de la chaleur humaine. C'est du Dardenne, on sait que ça finira bien et qu'Ahmed trouvera la paix au bout d'un film entier de catharsis - mais en attendant, grâce à ça, on s'y sent bienvenu et même incroyablement à l'aise. Tout y est beau, tendre, et appelle à l'empathie. Même ce qu'il s'y produit de plus grave est rassurant car on sent que rien n'est définitif, que la compassion prévaudra.

Idéaliste sur le papier, Le Jeune Ahmed dépeint une réalité poignante sans chercher à en faire une machine à bonne conscience, c'est-à-dire un film qu'on peut regarder pour dire "eh, vous avez vu, je m'intéresse à la misère sociale belge" (ce que j'ai pu reprocher aux deux frères par le passé). C'est terne mais vivant, désespérément optimiste, fidèle aux racines sociales mais formidablement inclusif.

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