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Le Lieu du crime par denizor

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Avec Le Lieu du crime, Téchiné retourne sur ses terres, première incursion dans le sud ouest de son enfance (après La Matiouette dans les Hautes Pyrénées) ; un univers rural et catholique que le cinéaste ne connait que trop bien.
Téchiné s'intéresse ici à une famille qui (sur)vit dans un équilibre fragile : Lili (Catherine Deneuve) qui entretient une relation fusionnelle avec Thomas, son fils de 14 ans ; elle vit toujours chez ses parents, une mère bigote (Danielle Darrieux) et un père, à moitié sourd (et ce n'est pas insignifiant). Les cordons ne sont pas vraiment coupés y compris avec son mari (Victor Lanoux), séparé mais encore présent (moralement, physiquement, sexuellement).

Derrière la douceur estivale de la campagne du Tarn et Garonne, les frustrations sont tues mais se répercutent sur Thomas, le jeune ado reclus dans une phase nihiliste. L'intrusion de Martin (Wadeck Stanczack), évadé de prison en cavale (avec un camarade) va complètement faire voler en éclat cet équilibre précaire, faisant basculer le film de la chronique familiale vers le film noir (permettant à Téchiné de renouer avec le baroque de Barocco avec voiture de sport rouge, et séquence de meurtre et de suicide sous une pluie torrentielle) et de faire émerger la passion derrière la tempérance. Comme Yvan/Gaspard Ulliel dans les Egarés.

Dans Le lieu du crime, la vérité est un enjeu. La vérité que le grand-père ne veut pas entendre ; celle que la grand-mère s'invente dans une pseudo harmonie catholique ; celle que Thomas tait, préférant mentir, affabuler que de l'affronter (c'est finalement lui que personne ne croit plus désormais qui se retrouve en premier lieu confronter à la violence et au thriller) ; celle de la communion (moment où se déroule l'action) où l'on doit se confesser ; celle que Lili a mis en sommeil : sacrifiée dans une famille de devoir et de mirage catholique, elle va finalement assumer la vérité sur ce qu'elle est, une femme passionnée. A la fin, alors que tout est perdu (la possibilité de fuite, d'émancipation et de véritable amour), elle préféra quand même épouser ce destin d'héroïne, de femme passionnée (et finir en prison) à celui de redevenir la sage mère, engoncée dans la respectabilité.
Fort de cette expérience, Thomas aura gagné en maturité (adieu la mythomanie), ayant transformé son nihilisme en énergie plus positive : la dernière image le montre apaisé sur son vélo. Réconcilié avec ses 14 ans.

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