Les Affranchis de la finance

Avis sur Le Loup de Wall Street

Avatar Sébastien Decocq
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Après avoir étonné tout le monde avec Hugo Cabret (film pour enfants sorti en période de Noël), Martin Scorsese semble revenir à un cinéma qui lui est plus « traditionnel ». Ici, le réalisateur géniteur de bon nombre de hits du cinéma (Taxi Driver, Raging Bull, Les Affranchis, Casino, Gangs of New York et j’en passe !) s’attaque aux mémoires d’un ancien trader, véritable requin de la finance. Et ça, notre cher Scorsese sait travailler les films qui parlent de bandits (n’ayons pas peur d’appeler les traders ainsi). À tel point que ce Loup de Wall Street dépasse toutes les attentes !

Plus exactement, le trader en question s’appelle Jordan Belfort. Un ancien courtier de Wall Street qui devint rapidement hommes d’affaire (à l’âge de 26 ans) en fondant en 1990 la société financière Stratton Oakmont Inc, aux pratiques douteuses au point d’attirer l’attention du FBI. Ce qui n’empêcha pas le bonhomme et ses nombreux compères. Faisant de la vie une vaste orgie sans fin régie que par l’argent (qui n’arrête pas de couler à flot), la drogue (la dépendant pointe rapidement le bout de son nez) et le sexe (le mariage ne freine pas les conquêtes et les partouzes). Une apogée qui va rapidement virer à la descente aux enfers via des trahisons, des bavures et des problèmes familiaux.

Un terrain amplement connu de Scorsese, qui avait déjà traité ce genre de trame avec Les Affranchis et Casino. D’ailleurs, dès les premières minutes, vous allez très vite vous rendre compte que Le Loup de Wall se révèle être le digne successeur de ces films complètement barré. Qui présentaient la mafia de manière comique et décontractée. Présentant des séquences de tueries où gicle le sang, montées frénétiquement comme n’importe quelle scène, accompagnées d’une bande originale offrant une ambiance véritablement festive. Jouant à fond les cartes de l’ironie et de la coïncidence pour faire ressortir tout le côté humoristique de chacune des situations. Allant même jusqu’à user de répliques véritablement vulgaire qui ne cessent de fuser. Bref, le genre de film qui n’a peur de rien !

Et quand je vous dis que Le Loup de Wall Street se présente comme l’héritier des Affranchis et de Casino, c’est qu’il est bâti sur les mêmes bases scénaristiques et de mise en scène. Avec comme seul changement les traders remplaçant les mafieux. Et vient alors cette question : mais comment a fait le film pour éviter la censure américaine, pourtant si stricte ? Car la version du Loup de Wall Street qui nous est ici présentée (soit 3h alors que le film devait faire bien plus ; en attendant une éventuelle version longue) est une débauche d’une incroyable jouissance. Aucun tabou : le fric est jeté à la poubelle, les personnages sniffent des lignes de coke à tout-va, les déhanchés bestiaux et les fesses à l’air ne sont nullement cachés. Sans oublier une multitude d’insanités dans chaque réplique (avec cette incroyable discussion entre Jordan et le courtier Mark Hanna, où le sujet de discussion débouche pendant quelques minutes sur la masturbation) qui s’enchaînent avec une facilité jamais déconcertante.

En clair, Le Loup de Wall Street, c’est 3 heures de pure déconne, avec son lot de situations rocambolesques (le mythique lancé de nains) et, nous pouvons le dire, d’anthologie (Jordan Belfort tentant de rejoindre sa voiture en rampant, étant sous les effets d’une drogue). Allant même, par moment, jusqu’à user d’effets numériques pour que l’œuvre soit parachevée à 100% (pour un atterrissage « tout en douceur » d’un hélicoptère, le chavirage d’un yacht en pleine tempête). 180 minutes de délires assurées et d’une redoutable efficacité. Même si celle-ci s’atténue un peu en cours de route (le seul regret que l’on peut trouver à ce Loup de Wall Street).

Et qu’en est-il du casting ? De cette cinquième collaboration entre le réalisateur et Leonardo DiCaprio (après Gangs of New York, Aviator, Les Infiltrés et Shutter Island) ? Le top, tout simplement ! Est-ce le fait d’avoir joué dans Django Unchained qui a permis à l’acteur de Titanic de se lâcher de la sorte ? Il n’empêche, jamais nous n’avions vu le comédien se démener ainsi (pour preuve, il suffit de voir dans la bande-annonce son petit moment de danse révélateur), étant sur le coup au sommet de son art. Effaçant d’une traite ses habituels rôles de beaux gosses et de petits voyous colériques. Laissant sur le banc de touche tous ses acolytes qui n’ont pourtant rien à lui envier (Jonah Hill qui devient le nouveau Joe Pesci, le charme fou et pourtant provocateur de Margot Robbie, Matthew McConaughey qui confirme son statut d’acteur hollywoodien incontournable, Jean Dujardin qui fera sourire…). Cette fois-ci, aucune raison que le comédien n’échappe à une nomination aux Oscars (cela ne serait que sa 4ème après Gilbert Grape, Aviator et Blood Diamond) !

Si Martin Scorsese continuait à faire de très bons films, aucun d’entre eux n’arrivaient à la cheville de ses plus grands titres (Les Affranchis en tête). Le Loup de Wall Street est ce long-métrage tant attendu ! Qui clôture avec maestria une année 2013 qui avait débuté en fanfare avec le western de Tarantino. Certes, ce n’est pas vraiment le film idéal en cette période de Noël (surtout que le film est sorti le 25 décembre). Mais franchement, cela serait une bien belle erreur de passer à côté de ce délire hautement jubilatoire. Juste le meilleur Scorsese depuis bien des années !

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