La vie d'un autre.

Avis sur Le Prête-nom

Avatar Boubakar
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A l'époque du Maccarthysme, un scénariste aux sympathies communistes demande à son ami, un simple barman, de lui prêter son nom afin qu'il puisse travailler, en échange d'une rémunération. Le succès de ces scénarios va mettre en avant ce barman, qui voulait juste aider son ami.
Inspiré de faits réels, le Maccarthysme est une période qui a durement frappé le cinéma, obligeant des gens comme Joseph Losey ou Dalton Trumbo à travailler sous pseudo où à demander à un proche de travailler sous leur nom.
Le film relate très bien ça, et montre le personnage du barman, joué par Woody Allen, comme un feu follet dans un système impitoyable qui chasse les communistes, d'autant plus que lui n'a aucune opinion politique.

La particularité du film, outre la présence de Woody Allen dans son rôle le plus important en dehors de ses propres réalisations, est que beaucoup des participants ont été blacklistés à l'époque du Maccarthysme comme le réalisateur, le scénariste, et plusieurs des acteurs dont le magnifique Zero Mostel.
Ce dernier joue un chanteur de cabaret qui, pour faire son métier, doit céder une part de ses revenus aux patrons de bars, et il y a une scène bouleversante où criblé de dettes et étouffé par la menace anticommunistes, il en viendra à un geste fatal après un dernier verre, ne sachant plus quoi faire.
On peut regretter que Woody fasse du Allen, car il n'est pas si différent de ses propres films, mais il est idéal dans le sens où il a l'air ignorant et naïf de la gravité de la situation. Il va jusqu'à sortir avec l'assistante d'une patron de studio, toujours en usurpant son identité, mais ne profitera pas pour autant des avantages que son (faux) métier lui laisse suggérer.

Le film restitue très bien cette chape de plomb qui s'abattait sur les sympathisants communistes et l'enfer qu'ils devaient vivre, et c'étaient les autres qui devaient être dans la lumière à leur place. L'histoire commence par des archives assez fortes sur le Maccarthysme à l'époque, avec le mariage du sénateur, et cette ambiance de suspicion qui y régnait.

Clôturant son film par un procès organisé par la Commission de la Chambre sur les activités non-américaines, et avec un coup de théâtre inattendu, Le prête-nom confirme tout le bien que je pense du cinéma de Martin Ritt, cinéaste engagé qui a sans doute dû revivre de son calvaire en le tournant. Il en résulte une œuvre très forte et ô combien recommandable !

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