Le Prix d'Hadopi

Avis sur Le Prix du danger

Avatar ArthurMonkeyman
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Yves Boisset, cinéaste ô combien politique, dont le goût pour la critique de la société moderne n'est que confirmé par la difficulté à trouver ses films. A moins de posséder les VHS, vous aurez un mal fou à vous procurer les rares DVD édités de sa filmographie. Une seule solution, transgresser le système, je pense que monsieur Boisset n'en tiendrait rigueur à personne. Le Prix Du Danger traite de la télévision, ou plutôt de la télé-réalisté qui, même si elle occupe désormais un partie majeure de l'audiovisuel mondial, s'avère ici un véritable élément dystopique.

Il est difficile de voir le Prix Du Danger sans un sourire aux coins des lèvres tant le film a vieilli. La Chasse à l'homme télévisée, nous en avons en quelques interprétations cinématographiques, Running Man, Battle Royale, ou encore le récent Hunger Games. Mais en 1983, voilà une chose qui était assez nouvelle, le film est adapté d'un roman des années 50. Si vous voulez situer le film par rapport aux films passés, disons qu'il est à mi-chemin entre Network et Rollerball. Sans pour autant proposer l'inébranlable puissance picturale du cinéma américain des années 70, Le Prix Du Danger puise sa force dans son traitement de l'histoire, émettant une critique aiguisé du système de production des shows télévisé, comme de la population qui en fait l'Audimat. Partiellement tourné en Serbie, cette chasse à l'homme live bénéficie de décors visuellement fort, tant l'architecture yougoslave sous le régime de Tito est particulière, renforçant aisément l'idée de monde futuriste. Ajoutez-y des acteurs aux rôles bien exploités, un Gerard Lanvin en grande Forme, un Michel Piccoli en diable blanc pas très différent du télé-évangeliste des années 80 et une Marie-France Pisier aussi magnétique qu'ambigüe.
Si par sa forme, le film peut faire sourire, Yves Boisset prouve un certain savoir-faire dans la partie de la course poursuite, proposant de grands mouvements de caméra maîtrisés et parfois plus nerveux comme l'on suit un personnage luttant pour sa vie. Le film est inégal à ce niveau là, surtout de nos jours, mais certaines idées de mise en scène prouvent tout de même une véritable compréhension du propos, comme les morts graphiques des poursuivants de Lanvin, que Michel Piccoli, en bon présentateur télé, se propose de faire re-diffuser au ralenti. Le spectacle est desservi par une bande originale de Vladimir Cosma qui n'hésite pas à puiser allègrement dans les chefs-d'oeuvres de Bernard Herrmann, comme dans les chansons niaises de la publicité des années 70-80.

Le Prix Du Danger est un film ayant trop vieillit pour être vu sans une certaine indulgence, il n'en traite pas moins son propos de propos de manière intelligente voire exhaustive, sans se perdre dans le bavardage. Une oeuvre bien originale dans un paysage cinématographique français qui ne propose que trop rarement des films futuriste à l'oeil critique. Censuré par les éditeurs ou non, Yves Boisset demeure un cinéaste qui mérite d'être étudié, à n'importe quel prix.

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