Anna, Jean-Luc et les autres

Avis sur Le Redoutable

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Le Redoutable n'est pas un biopic mais une période de la vie du réalisateur Jean-Luc Godard. Le film s'inspire du livre de Anne Wiazemsky "Un an après". C'est cette relation qui va nous être contée avec peu d'enthousiasme par Michel Hazanavicius.

Durant le tournage de La Chinoise, Jean-Luc Godard (Louis Garrel) va tomber sous le charme de la jeune actrice Anna Wiazemsky (Stacy Martin). Elle a 19 ans, en rébellion contre la société. Il a 37 ans, en rébellion contre lui-même. Ils sont fait pour s'entendre, du moins jusqu'à ce que l'exécrable Jean-Luc finisse par venir à bout de la patience de la douce et innocente Anna.

"Ainsi va à la vie à bord du Redoutable" et elle n'est franchement pas très palpitante. Jean-Luc Godard aurait préféré mourir à 35 ans tel Wolfang Amadeus Mozart. Comme ce ne sera pas le cas, il va devenir un vieux con. Le problème, c'est qu'il n'aime pas les vieux cons et donc il ne s'aime pas et comme il ne s'aime pas, il ne peut pas aimer Anna et elle va finir par ne plus l'aimer et ne voir que le vieux con qui est en lui, est-ce clair?
L'homme est épuisant. Il est à la fois plein d'esprit, condescendant, misogyne, drôle, paternaliste, élitiste, etc.... C'est surtout devenu une caricature de lui-même n'aimant personne. Il a la critique facile et passe son temps à s'excuser auprès de sa femme, de ses amis et de ses collègues. Il en devient détestable, même auprès de celle qui est pourtant en admiration devant l'immense réalisateur.

Cette relation débute à l'aube de Mai 68. La révolution est aussi inoffensive, que l'humour de Michel Hazanavicius. En dehors de quelques bons mots, son film reste aussi lisse que son Paris de carte postale. Il faut dire que les rares moments susceptibles de nous faire sourire étaient dans la bande-annonce. Bien sur, on a quelques scènes qui avaient potentiellement la capacité de nous dérider comme le voyage de retour de Cannes, mais cela ne casse pas trois pattes à un canard. Son humour est désuet et manque de charme. Louis Garrel singeant Jean-Luc Godard, ça va deux secondes, après cela devient aussi ennuyeux que le film. Le pastiche se révèle rarement drôle, ni même caustique et encore moins irrévérencieux.

Au milieu de ce film oscillant entre l'hommage et la parodie, il y a Stacy Martin et ses courbes sensuelles, sa bouche mutine, sa moue boudeuse, son élégant carré et son côté lolita sur laquelle la caméra va s'attarder plusieurs fois en se répétant comme les lunettes cassées de Jean-Luc Godard ou ses excuses, un comique de répétition finissant par être redondant. On est sous le charme de la jeune actrice, mais on se lasse de la propension de Michel Hazanavicius à se pâmer devant sa beauté. Elle devient un obscur objet du désir, allongée nue sur le lit ou en maillot de bain sur la murette d'une villa à Cannes. Le mépris de Jean-Luc à son égard est symptomatique d'un homme ne s'appartenant plus. Il est en passe de se réinventer en tuant le cinéaste acclamé et idolâtré de la Nouvelle vague. Anna n'a plus sa place dans sa nouvelle vie. Elle est amoureuse du Godard d'avant, pas de celui d'après. Ainsi s'achève leur histoire d'amour qui n'avait pas d'avenir. Jean-Luc est devenu le vieux con qu'il ne voulait pas être. Le Redoutable fait sa mue et devient le Quelconque.

Le Redoutable est une oeuvre inoffensive, prêtant parfois à sourire avant de ronronner gentiment et de nous ennuyer. La comédie est poussive, l'histoire d'amour est plus convaincante mais au final, il ne reste pas grand chose d'un film ne racontant pas grand chose.

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