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Après un septième sceau magistral, Bergman revient une nouvelle fois dans le passé passé pour aborder les thèmes métaphysiques et moraux qui lui sont encore chers, et notamment confronter les dogmes religieux à leurs alternatives païennes, cherchant encore une réponse à la crise existentielle qui le travaillera pendant une bonne partie de sa jeunesse.

Si Ansiktet est, en bien des égards, la suite et le prolongement naturel de son prédécesseur, force est de constater qu'il n'en atteint jamais la stature en terme d'impact visuel et dramatique, ou même de portée métaphysique. Quand le septième sceau s'attachait à illustrer l'ingratitude d'une foi religieuse dans un monde qui rend chaque jour un peu plus apparente l'absurdité de ses fondements, le visage met au jour l'hypocrisie qui se cache derrière les certitudes -scientifiques comme religieuses- qui portent sur la nature du réel. Des certitudes qui permettent d'exorciser la peur : la peur de la mort, mais aussi la peur de l'inconnu et de l'inconnaissable.

Le visage est ici celui d'Emmanuel Vogler (Max Von Sydow), dont les traits insondables et le mutisme mystique (qui fait directement écho au silence du divin dans l’œuvre précédente du suédois), ainsi que les faits d'armes fabuleux qu'on lui prête, rappellent sans équivoque la figure christique. Un Christ, donc, qui s'avère être un charlatan; ou c'est en tout cas ce que s'attache à prouver le Dr Vergerus (Gunnar Björnstrand) et son cortège de figures emblématiques du pouvoir temporel.

Loin de la représentation sombre et impitoyable de l'influence religieuse dans le septième sceau en revanche, la mythologie mystique dont fait commerce la petite troupe de baladins qui entoure l'illusionniste (et Bergman fait ici un amusant rapprochement entre la mystification spirituelle et la fantasmagorie théâtrale, redécouvrant une parenté entre sa propre activité et celle de son père) tient davantage du merveilleux et de l'onirique que du macabre, comme dans la vénération morbide des stigmates christiques et leur reproduction lors de rites flagellatoires.

Et c'est malgré l'innocence évidente de cette troupe de joyeux bougres et l'innocuité de leurs prétentions fantasques que leurs hôtes discourtois s'acharneront, avec une sournoiserie arrogante, à tourner en dérision et couvrir de ridicule les moindres efforts des prestidigitateurs.
C'est le contresens qui se cache derrière cette assurance de façade que Bergman tend à vouloir souligner : Si ce cortège de sceptiques s'attache à démontrer avec une telle hargne le caractère fantaisiste de ces illusions de théâtre, c'est parce qu'en réalité celles-ci les ébranlent plus profondément qu'ils ne veulent le laisser paraître; et d'autant le doute est grand en leur esprit, et tenace est leur peur de l'inconnu et de l'étranger, d'autant sont-ils prompt à poursuivre avec une véhémence fébrile leur entreprise de démystification systématique.

Finalement, les masques tombent, avec la certitude inébranlable du docteur et le mutisme et le visage mystique du magicien, pour laisser place à la peur, la colère, aux contingences triviales de l'existence et à l'iniquité des rapports humains.

SummerWin
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