Un film essentiel

Avis sur Le jour où j'ai brûlé mon coeur

Avatar Stephenballade
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Nous sommes le 2 février 2011, sur les rives de la Deûle, quelque part à Marquette-lez-Lille (département du Nord). Un spectacle inattendu et traumatisant s’offre à quelques badauds : une personne est en train de brûler de la tête aux pieds puis tombe dans l’eau. Sans le savoir, ils assistent à un suicide.
Le suicide d’un jeune homme de 16 ans qui ne supportait plus les harcèlements dont il était victime depuis de nombreuses années. Un fait divers qui choquera la bourgade, mais aussi la France, et plus en particulier le milieu scolaire.
Trois mois de coma artificiel et 17 opérations plus tard, il est en vie et tente de se reconstruire : un livre intitulé "Condamné à me tuer" pour raconter son histoire et l’enfer des harcèlements, et promu figure de proue de la lutte contre ce qui est désormais un délit. Un sacré rebondissement et un sacré destin pour ce bien nommé Jonathan.

Très friande d’histoires vraies, il n’en fallait pas plus à la télé pour qu’elle se penche sur son cas. Et c’est Christophe Lamotte qui a eu la lourde tâche de porter à l’écran l’histoire de Jonathan Destin. Un illustre inconnu pour moi, et quand je regarde sa filmographie et les notations allouées, eh bien il apparaît un cinéaste assez moyen.
Il faut avouer que la réalisation est assez inégale. Il y a pourtant quelques séquences intéressantes. Ainsi, on a droit à une scène qui se passe aisément de commentaire lorsque la musique accompagne le brancard à la sortie de l’hélico. Ou cette scène où la musique souligne magnifiquement l'immensité de la détresse de Clara. On notera quelques plans intéressants aussi, notamment sur les personnages dont l’expression du visage remplace efficacement toute réplique.
Car les acteurs se sont sentis visiblement tous concernés. En tout premier lieu Martin Daquin qui retranscrit fort bien toute la détermination par son seul regard. Ensuite toute la compassion du premier médecin entré en scène. Puis viendront les pleurs de Camille, la sœurette. J’ai trouvé son interprète remarquable dans le sens qu’il y avait bien longtemps que je n’avais pas entendu de sanglots aussi vrais. Et puis il y a la tête de la nouvelle victime, Vanessa.
Non vraiment, tout le monde a su se mettre au diapason pour dénoncer un fait qui dure depuis trop longtemps et qui a fait beaucoup trop de victimes, parfois de façon dramatique. Certes la présence de Michaël Youn peut rebuter, surtout pour celles et ceux qui ont connu ses frasques qui ont fait sa célébrité et qui ne le supportaient pas. Mais même s’il s’autorise à faire le pitre par ailleurs, Youn est aujourd’hui quelqu’un d’engagé,. En témoignent sa participation aux Enfoirés, sa prestation inoubliable dans la série "Les bracelets rouges". Ici, il n’est pas aussi touchant ou aussi percutant que dans la série que je viens de citer, mais il reflète très bien les limites scandaleuses de l’administration, notamment lors de sa confrontation avec la mère de la victime. Aussi on le sent parfaitement concerné par le sujet et le prend très au sérieux.
De la même façon que Camille Chamoux dans la peau de cette mère courage. Le plus dingue est que je l’ai trouvée très à l’aise lors de la réunion d’informations, comme si elle avait l’habitude de ce genre de choses. Mais surtout, elle respirait à cette occasion la sincérité, plus encore que dans tout le reste de cette fiction/réalité.
A l’inverse, on a quelques belles têtes à claques. A commencer par la peste de service, et encore le mot est trèèèès trèèèès gentil : vous l’aurez reconnue ou la reconnaitrez, il s’agit de Tiffany (Luna Lou, délicieusement énervante). Ensuite il y a Batyste Fleural qui retranscrit très bien le mépris qu’Antoine exprime envers les personnes fragiles. Enfin le père (Clément Manuel) qu’on a envie de secouer de toutes nos forces. Et pour finir, le directeur, pénible comme pas permis avec sa chasse aux sorcières qu'il ne veut pas faire. Entre les deux parties, on notera la belle prestation de Manon Bresch en Clara, prise dans les tourments de la culpabilité et de l’amour.
Après, "Le jour où j’ai brûlé mon cœur" n’est pas exempt de quelques défauts. D’abord, l’utilisation de la voix off n’est pas toujours très fine. Ensuite la réalisation souffre d'une trop grande sagesse, limite un peu trop contemplative. Pour les autres, ils sont de taille ! Et ça me gêne un peu. Eh oui, les faits et gestes n’ont pas été reproduits à l’identique, au point que je me suis demandé pourquoi avoir choisi "Le jour où j’ai brûlé mon cœur" comme titre et ne pas avoir gardé celui du livre… Dans la réalité, Jonathan s’est arrosé principalement le torse, d’où cette notion de brûler son cœur. Ensuite, il s’est roulé à terre pour éteindre les flammes, ce qu’on ne voit pas ici. Et enfin, les vrais coupables n’ont jamais été retrouvés… Mais il fallait une morale pour que ce téléfilm réussisse à toucher les cœurs.
Evidemment, le spectateur sera sensible à cette histoire, mais il n’aura malheureusement aucune empathie pour Jonathan Destin (tout du moins pas beaucoup), du fait qu’on ne le voit que très peu à l’écran, et pas forcément sous son meilleur jour. Mais il sera beaucoup plus touché par le témoignage du véritable Jonathan Destin, lequel semble être la douceur et la gentillesse incarnées.
Est-ce que "Le jour où j’ai brûlé mon cœur" suffira à faire bouger les choses ? J'ai beau l'espérer de tout cœur, hélas je crains que non, et Dieu sait que j’aurai aimé le contraire. L’être humain semble parfois se plaire enfermé dans la bêtise. Aussi, sa diffusion devrait être obligatoire dans tous les établissements scolaires.

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