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Les 39 Marches par Multipla_Zürn

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Quel film génial !
Qui ne s'est jamais senti comme Richard Hannay à la fin du film, au milieu d'une foule venue rire au spectacle quand on essaie seulement de sauver sa peau ? Ce sentiment de l'étranger (Richard Hannay vient du Canada), Hitchcock le décrit parfaitement bien.
Et combien de relations amoureuses sont comme celle que le film nous présente, où les deux amants ne croient pas l'un en l'autre, ne peuvent pas se faire confiance, mais se trouvent liés l'un à l'autre par la force des choses - la force des choses étant ici une paire de menottes. Spectaculaire idée de ce duo qui doit jouer à être un couple s'il veut s'en sortir, couple sur lequel on projette toute sorte de fantasmes amoureux (les aubergistes croient héberger un couple en cavale, s'aimant envers et contre tous), quand les deux concernés ne sont habités que par des angoisses de mort. Car chez Hitchcock, on aime la peur au ventre (à entendre dans les deux sens : on aime de cette façon, et on aime ça).
Les personnages des films d'Hitchcock relient entre eux des signes vides : un doigt manquant, le nom d'un village écossais, un air de musique, les 39 marches du titre. Et ces signes restent vides (rien ne les explique ou les commente). Mais une fois apparus et reliés entre eux, ils forment un plan sur lequel courir.
Hannay est un "coureur" : non seulement il échappe à ses poursuivants, mais en plus il séduit trois femmes en l'espace d'une heure et demie. Celle qui est mal mariée et le prend en pitié finit par se faire tabasser par son mari, celle qui n'a pas d'autre choix que de passer la nuit chez lui est retrouvée poignardée le lendemain matin, et surtout (c'est sa préférée) celle qu'il embrasse dans un train sans lui avoir demandé son avis, une fois délivrée de la paire de menottes reste près de lui. On pourrait aussi bien ne pas croire à l'intrigue d'espionnage que le film s'amuse à abstraire ou à éluder, et penser qu'il ne s'agit là que du délire d'un érotomane tentant de couvrir ses méfaits sous des explications abracadabrantes. Alors Les 39 marches serait le portrait le plus fou qui soit d'un pervers.
Et de quel esprit sort ce fabuleux personnage, le très tordu Mr Memory, qui connaît les réponses à toutes les questions, mais ne sait pas ne pas répondre lorsqu'on lui demande quelque chose ?

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