Chroniques d'un extraordinaire bâclage

Avis sur Les 4 Fantastiques

Avatar Sébastien Decocq
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Sans l’ombre d’un doute la note la plus difficile qui m’ait été donnée d’attribuer à un film. Et pour cause, nous avons ici affaire à un long-métrage pour le moins attendu en cette année 2015 et qui s’est rétamé à sa sortie comme rarement, s’attirant les foudres de bon nombre de spectateurs déçus d’avoir payé une place pour ce qu’ils considèrent, je cite, comme « une merde sans nom » (un « véritable pétard mouillé » pour les plus poètes). Mais après réflexion, au lieu de me glisser dans le moule de l’avis collectif, je préfère défendre mes arguments et prendre parti pour ce long-métrage mal-aimé en lui donnant une note au-dessus de la moyenne générale. Afin d’offrir une seconde chance à cet extraordinaire gâchis qui mérite un second visionnage pour pouvoir exprimer toutes les petites subtilités qu’il voulait partager.

L’idée d’avoir un reboot des 4 Fantastiques à la sauce X-Men (sombre, complexe et réaliste) bien loin des nanars à gros budget qu’étaient les précédents films, c’était déjà une idée en or pour pouvoir relancer une franchise en perte de vitesse. Pour pouvoir donner à la toute première équipe de super-héros au monde un film digne de ce nom. Alors, nommer Josh Trank à la tête du projet, ce dernier ne pouvait être qu’un nouveau grand titre hollywoodien à ajouter au tandem Fox/Marvel. En effet, pour avoir réalisé le brillant Chronicle, le bonhomme était le mieux placé pour dépoussiérer ces personnages et les traiter de manière plus crédible (pour ne pas dire plus humain). Leur apporter une profondeur qui les aurait éloignés de ce kitsch leur collant sans cesse aux basques. Et c’est ce qu’il a fait !

Il suffit de voir les 50 premières minutes du film pour s’en rendre compte. Une très longue introduction permettant de présenter les divers protagonistes du long-métrage qui répondent présents au nombre de quatre bien évidemment et non un. Du coup, c’est normal que le film tarde à se lancer, étant donné qu’il faut du temps à les introduire, à les faire évoluer tout en les gardant sur un même piédestal. Une première partie à forte consonance spielbergienne dans son traitement qui reprend exactement le même schéma que Chronicle, à savoir suivre des jeunes lambdas démarrant de rien pour certains (juste d’un garage dans lequel ils faisaient des expériences) dont la vie se retrouve chamboulée par l’acquisition de pouvoirs (le passage à l’âge adulte) qui ne se réalise pas sans douleur ni angoisse avant de vouloir sauver le monde (la prise de décisions, l’autonomie et le sens des responsabilités). Bref, Josh Trank exécute le meilleur de lui-même pour donner un blockbuster intelligent loin des bouffonneries (très appréciables pour la majorité des films) du clan Avengers.

Pourtant, cela n’a pas empêché certains rétracteurs de hurler sur des détails au point de perdre leur crédibilité critique. Sur la longueur de l’introduction, oui, mais aussi sur les libertés prises avec l’œuvre originale, à savoir que les personnages ne sont que des ados boutonneux (ou presque) qui voyagent dans une dimension parallèle et non des adultes plus expérimentés dans les sciences allant dans l’espace. Je voudrais rappeler à ces gens qu’il s’agit d’une adaptation, pas d’un inutile copié-collé. Qu’effectuer des changements dans le récit et le ton, du moment que cela préserve l’esprit de base et/ou permette au réalisateur de transmettre un message qui lui est propre, c’est tout à fait normal et plus qu’acceptable ! Et c’est exactement ce qu’est parvenu à faire Josh Trank, via une bonne mise en scène, des acteurs honorables et un sens du rythme à ne pas négliger. Même si sur certaines libertés, on peut comprendre que cela déplaise (le nouveau look de Fatalis est vraiment loupé). D’autres ont même craché sur le fait que les personnages soient clichés au possible. Là, c’est comme critiquer John Carter pour son manque d’originalité alors qu’il est l’adaptation de ce qui se présente comme l’un des fondements de ce qui se fait aujourd’hui en science-fiction (surtout les Star Wars). Donc, dire ça des 4 Fantastiques, cela revient à pointer du doigt une caractéristique des protagonistes que l’ont retrouve chez tous les super-héros actuels (les Avengers, la Ligue des Justicier…) inspirés d’eux pour la plupart.

Je le crie haut et fort : la première partie des 4 Fantastiques version 2015 est juste brillante. Si le film avait poursuivi sur cette lancée, la note aurait été de 8/10 sans difficulté ! Mais un drame va malheureusement tout saccager… La scène durant laquelle nos héros vont se retrouver dans une autre dimension. Une transition avec la seconde partie se traduisant par un montage fait à la va-vite et des effets spéciaux numériques d’une incroyable laideur. Dès lors, une question se pose : comment a-t-on pu passer en un quart de seconde d’un X-Men à un Ghost Rider ? Pour avoir la réponse, il faut se pencher sur les chroniques du tournage et de la production du projet, témoins de divergences artistiques entre le réalisateur et le studio qui l’a employé. Le premier voulait un film travaillé qui s’intéresse bien plus aux personnages, le second comptait livrer un blockbuster d’action, ni plus ni moins. Du coup, à plusieurs reprises, Josh Trank a boycotté le film en quittant le tournage plusieurs jours voire même l’abandonner sur la fin, obligeant les producteurs à le terminer en temps et en heure (car il y avait plus de 120 millions de dollars en jeu) en tournant à la dernière minute des séquences devant combler les vides du montage final.

Des 2h20 du projet initial, nous nous retrouvons donc avec un bazar inachevé durant 1h40. Oui, le terme « inachevé » est ce qui caractérise le plus ce long-métrage, plus particulièrement sa seconde partie qui cumule toutes les tares que la production d’un projet puisse rencontrer. À commencer par le fil conducteur de l’intrigue, jusque-là parfait, qui se retrouve coupé sans raison et partant ainsi dans toutes les directions possibles. Enchaînant des scènes sans aucun lien apparent et écrites à la truelle. Un texte à trous que le montage n’est pas parvenu à remplir entièrement, n’arrivant pas à masquer le fait qu’il manque énormément de choses au film, comme tout simplement des séquences (pas 45% des bandes-annonces ne sont pas visibles dans le film), des personnages (Reed Richards au premier plan, les trois autres carrément effacés derrière lui) et surtout les idées souhaitées par Josh Trank. Et qui se remarquent encore plus via un dénouement raté au possible : une scène d’action se voulant spectaculaire mais n’ayant aucune énergie, à la mise en scène plate et aux effets spéciaux calamiteux. Tout cela pour déboucher sur un générique venant mettre fin à une véritable descente aux enfers vécue par l’équipe du film dans son intégralité.

Bien évidemment, les producteurs sont à lyncher pour ne pas avoir donné de libertés à Josh Trank. Messieurs, vous faites appel à un cinéaste ayant quelque chose à revendre et vous l’empêcher de mener à bien votre projet juste pour des différends artistiques et surtout l’appât du gain, pensant savoir comment mieux attirer le public et vous remplir les poches que n’importe qui. Même au niveau des blockbusters, le cinéma ce n’est pas ça et vous boycottez ainsi de nombreux artistes qui valent bien mieux que vos chers poulains estampillés yes men. Mais vous aussi, Trank, vous y êtes pour quelque chose ! Car comme vos producteurs, vous aviez une responsabilité envers le public. Celle de livrer un film fini, qu’il soit bon ou mauvais. Pour cela, au lieu de faire le gamin en vous isolant ou boycottant le tournage à la dernière minute comme vous l’avez fait, vous aurez pu avec plus de courage et tout plaquer dès le début tel Edgar Wright sur Ant-Man, le temps que la production vous trouve un remplaçant. Ou bien laisser couler, donner à la production ce qu’elle voulait (sans pour autant s’arrêter de vous battre pour imposer vos idées) afin de combler l’attente du public et assurer vos arrières pour vos prochaines réalisations. Là, non seulement vous décevez bien des gens, mais vous saboter votre carrière pourtant promise à un bel avenir (vous étiez à la tête d’un Star Wars avant de vous faire virer à cause de cela), ayant perdu la confiance des producteurs qui du coup préfère se tourner vers des cinéastes tels que Colin Trevorrow (Jurassic World) alors que vous êtes, et de loin, bien plus talentueux.

Un coup de gueule que je me devais d’écrire avant de conclure sur Les 4 Fantastiques, un film inachevé que je préfère amplement aux longs-métrages de Tim Story via une première partie réussie et l’implication du réalisateur au moment où il se sentait maître du projet. Donc, vous qui lisez cette critique, regardez une nouvelle fois ce film pour apprécier ses atouts à leur juste valeur et ne pas jeter aux oubliettes Josh Trank, qui désormais aura bien du mal à concrétiser ses futurs films. Mais au lieu de lui mettre 8/10 comme je comptais le faire, je lui donne la moitié à cause de sa seconde partie, inexplicable bâclage d’une œuvre qui « devait sortir en temps et en heure ».

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