Crime contre la Potternité

Avis sur Les Animaux fantastiques : Les Crimes de...

Avatar ElliottSyndrome
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Une scène.
(Je ne spoile pas, la description qui suit ne révèle rien de décisif.)
Vers la fin du film, Grindelwald réunit ses partisans ou sympathisants pour leur expliquer ses motivations, les raisons qui le poussent à vouloir s'en prendre massivement aux Moldus. La séquence met à l'honneur un Johnny Depp d'une sobriété rassurante (si l'on excepte cet inévitable maquillage surfait), et donne de la profondeur au propos, en articulant les préoccupations du monde des sorciers et les problématiques des Moldus - en l'occurrence, nous sommes en 1927, et Grindelwald, pour motiver ses troupes, annonce la Seconde Guerre mondiale à venir.
Voilà.
Une scène à sauver, sur 2h14 de métrage.

J'ai dû m'y reprendre à deux fois pour visionner ce deuxième épisode des "Animaux fantastiques". Le premier jour, je me suis endormi au bout d'une heure, assommé par un rythme lénifiant au possible et un scénario totalement obscur. Hormis la scène décrite ci-dessus, la deuxième heure ne m'a pas plus captivé.
La faute, toujours, à un script confus, bordélique, où les trop nombreux personnages évoquent à mots couverts des choses qui seront sûrement expliquées plus tard, dans les films suivants (oui, il y en trois autres de prévus... aïe). Résultat, on ne capte rien aux enjeux, et très vite on s'en fout. Les rapports compliqués entre Norbert et son frère Auror ? Aucune passion, on s'en fout. Les rapports compliqués entre Norbert et Tina ? Ils reposent sur un prétexte de collégien tiraillé par ses hormones ; ça marchait dans Harry Potter, parce que c'était l'un des sujets de la saga ; là, on s'en fout. L'histoire d'amour entre Queenie et Jacob ? Ben, voilà, quoi.

Et il y a pire : le fan service effréné de J.K. Rowling pour tenter de séduire les fans de Harry Potter. Je passe sur l'apparition éclair d'une jeune Minerva McGonagall (de toute façon, laisse tomber, personne ne pourra jamais égaler Maggie Smith). Non, ce qui m'a gonflé, c'est l'histoire autour de Nagini (oui oui, le futur serpent de Voldemort, qui n'est pas encore tout à fait serpent), qui n'apporte rien, sinon de filer un rôle inexistant à une pauvre actrice réduite à jouer les utilités en arrière-plan.
Ce qui m'a gonflé, c'est la manière dont Rowling raccroche les wagons avec l'histoire de la famille Lestrange. L'avait-elle prévu il y a longtemps, lorsqu'elle écrivait Harry Potter ? Ou l'a-t-elle inventé pour ce film ? Peu importe, c'est tellement mal amené que ça m'a irrité - surtout que cela donne des explications sans fin, conséquences d'une idée scénaristique pourtant trop compliquée pour être claire et honnête.
Et ce qui m'a gonflé +++, c'est la révélation finale :

le fameux Croyance serait donc le petit frère caché d'Albus Dumbledore

. WHAT THE FUCK ?!? Jamais, ô grand jamais, cette histoire n'a été évoquée auparavant. Pourtant, le tome 7 de Harry Potter détaille largement l'histoire de Dumbledore. Vous croyez vraiment que cette horrible fouineuse de Rita Skeeter serait passée à côté d'un truc pareil ?
Ma dernière lecture remonte, mais je ne me souviens pas d'avoir lu ne serait-ce qu'une mention de ce détail qui, désormais, n'en est plus un, puisqu'il est appelé à devenir un élément d'intrigue majeur des prochains films Animaux fantastiques.
Donc, là, pour moi, c'est clair, Joanne Kathleen, tu te fous de nos gueules. Enturbannée par Hollywood, tu as définitivement perdu pied. Tu transformes ton univers en galerie marchande ouverte à tous les vents, où tout est permis pour vendre des tickets de cinoche et des produits dérivés. Tu brades ton talent. Surtout, tu confirmes ce que je craignais quand les films consacrés à Norbert Dragonneau ont été annoncés : tu racontes les histoires de trop. Ou, au moins, tu les racontes mal.

Où est la magie dans tout ça ? Où est le merveilleux ? Déjà, dans le premier volet, il m'avait manqué quelque chose pour y croire. Le film était honnête (bien qu'il m'ait fallu deux visions pour m'en convaincre), mais rien que la transposition à New York, je n'y avais pas cru. Le propos de Harry Potter est très universel, c'est ce qui a fait son succès mondial. Mais son cadre est éminemment anglais. Pour moi en tout cas, la magie fonctionne parce qu'elle est anglaise. Transplanée dans la ville qui ne dort jamais, psalmodiée avec l'accent ricain, ça sonne faux. Et à Paris, dans ce deuxième volet, c'est un peu pareil (en partie parce que le Paris largement numérique étalé à l'écran sonne souvent carton pâte).

Et les animaux fantastiques, on en cause ? Autant on les voyait dans le premier film, autant là, ils sont réduits à peau de serpent (désolé, Nagini encore...) Et quand il y en a, ils sont souvent vilainement faits, réduits au rôle de gadgets. A part l'espèce de chat-dragon, qui m'a furieusement rappelé le Falcor de L'Histoire sans fin. Et ceux qu'on avait déjà croisés auparavant, qui restent les plus intéressants (notamment le petit arbre de poche, et le Niffleur).
Il faut dire que leur ami et protecteur n'est pas à la fête. Plus autiste que jamais, Norbert Dragonneau est décidément un héros bien falot, pas aidé par l'interprétation erratique d'un Eddie Redmayne qui semble parfois se demander ce qu'il fait là.

Quant aux autres personnages... Comme je l'ai déjà évoqué, ils sont trop nombreux, n'ont donc pas le temps de s'imposer, et se succèdent à l'écran comme autant de pantins sans âme dont l'existence n'a jamais le moindre intérêt. Seul Jude Law, bien sûr, s'en sort. Ca se voit à l'écran, il se régale à jouer ce jeune Dumbledore déjà en butte à l'hostilité jalouse et obscurantiste du Ministère (là aussi, M'ame Rowling, vous vous gavez de répétitions). Mais on le voit trop peu, tout comme un bon Johnny Depp à l'autre bout du spectre, pour que cela sauve le film.

Bon, je vais arrêter là, je crois que le message est passé. Je pourrais aussi évoquer la mise en scène dégueulasse de David Yates, décidément pas foutu de filmer des scènes d'action autrement qu'en faisant virevolter sa caméra en dépit du bon sens, et en confiant la survie de son travail aux techniciens des effets spéciaux. Je pourrais aussi râler sans fin sur ce final au Père-Lachaise. Ou sur le traitement aussi grossier que ridicule du personnage de Nicolas Flamel, dont l'aura méritait mieux que ce numéro de clown pathétique au maquillage avilissant.
Mais non, c'est bon. J'ai assez perdu de temps, et si vous êtes arrivé au bout de cette chronique, vous ai assez fait perdre le vôtre.

(Sinon, rendez-vous au troisième pour achever de s'étouffer de rage ?)

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