Colique express

Avis sur Les Délices de Tokyo

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Avec son affiliation systématique à la sphère sectaire des festivals internationaux dont Cannes est l’épicentre, Naomi Kawase renvoie l’image d’une vieille tante qui, tous les deux ans, nous ramènerait des cartes postales de cerisiers en fleurs pour ravir notre rétine d’occidental plein de tendres clichés. Les cinéastes japonais bénéficiant d’une certaine visibilité en France sont les mêmes depuis le début du siècle quand bien même ils auraient déjà décliné – Kore-eda, Kitano, Miike et la présente Kawase. Il en résulte des œuvres qui, si elles ne plaisent pas dans leur pays d’origine, pourront toujours espérer faire salle comble du côté des cinéphiles européens potentiellement peu exposés à des longs-métrages asiatiques et, par conséquent, facilement comblés par un apparat exotique – à comprendre par là une certaine notion d’attrape-nigauds. Pourtant, si l’on daigne chercher plus loin que les maigres sorties proposées par les distributeurs français, nous découvrons aisément que l’essentiel de la cinématographie japonaise ne mise pas tout sur l’alchimie opportuniste de la bonne conscience, l’animisme et l’esthétique d’un drama pour grands-mères.

À l’image de Kore-eda et son Notre petite sœur, Kawase a le flair quant au fait de placer de la cuisine japonaise dans son récit : succès garanti auprès des spectateurs qui, à défaut de dorayakis, ne connaitraient que les sushis. Pourtant, un rebondissement de début de film vient rapidement faire tirer au cœur : la grand-mère, qui a fait du petit commerce de Sentaro – cinquantenaire subissant la vie de plein fouet – l’attraction du quartier en confectionnant la meilleure des pâtes de haricots rouges, fut jadis atteinte de la lèpre. Là où la logique d’une œuvre engagée – comme c’est semble-t-il le cas des Délices de Tokyo – voudrait que l’on s’indigne contre l’exclusion des anciens lépreux du reste de la société japonaise, la mise en scène, pourtant maladroite de ne pas s’aventurer, provoque l’effet inverse : dès que la nouvelle de cette maladie tombe, on peut observer les traits désormais affaissés du visage de la grand-mère qui, quelques minutes plus tôt, semblait briller. La coupe de cheveux est rendue plus grisâtre, son volume paraît aplati. Pourtant, c’est d’un véritable fléau sociétal dont il est question : l’écartement silencieux des minorités japonaises dans des ghettos que mériteraient tout juste de véritables pestiférés. Quoiqu’il en soit, ce ne sont pas les effluves de larmes et de bons sentiments qui contribuent à faire avaler le message.

En outre, nous retrouvons Kawase et sa spécialité : le lien à la nature. Comme toujours, la réalisatrice nous assaille de son plan sur soleil en contre-plongée depuis le dessous d’un arbre. La vieille tante aux cartes postales devient alors l’oncle alcoolique rabâchant toujours la même rengaine sur la surpuissance de la nature, la nécessité de connaître le sens du vent pour mieux vivre et l’indétrônable beauté d’un pétale de fleur de cerisier. À cela valaient à la limite mieux les montagnes du plombant Hanezu ou les vagues de Still the Water. Pour la délicatesse du propos et la pertinence de son traitement à l’écran, il nous faudra nous écarter de ces Délices de Tokyo pour revenir au chef-d’œuvre de Kôji Fukada, Au revoir l’été – dont la thématique était la même mais se trouvait infiniment mieux exploitée. Pas non plus de quelconque intérêt cinématographique pour ce film qui, somme toute, mérite plutôt bien la gênante traduction française de son titre initial, An. Difficile d’y trouver plus intéressant qu’un téléfilm, dans tout ce que l’appellation peut avoir de plus péjoratif.

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