Le Bonheur

Avis sur Les Idiots

Avatar Alex La Biche
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Le film est long. Lars von Trier fait en sorte qu'on se perde pour qu'on se retrouve... pour ensuite encore mieux nous reperdre à travers chaque comportement des personnages qui ne cesse d'être différent. C'est le bordel et c'est présenté d'une manière banale. C'est long et on ne voit pas forcément où il veut en venir à cause d'une structure narrative de répétition un peu lourde, dans la mesure où on observe ce qu'il semble être un groupe d'handicapés mentaux dans une succession de scènes du quotidien. L'idée est déroutante mais nécessaire car montrer le quotidien de ces fameux «idiots», permet de donner le temps au spectateur d'avoir le déclic, qu'il ait le temps de comprendre le fin mot de l'histoire de ce charabia.

«Je crois que le bonheur c'est d'être autiste»

Une fois que le déclic s'enclenche, c'est une tout autre tournure que le film prend. Nous n'avons pas affaire à de véritables idiots, mais simplement à des gens quelconques qui décident de fuir la triste réalité du monde de l'adulte responsable, en jouant à faire l'idiot, comprenez l'enfant. Un enfant dans un corps d'adulte, donc handicapé mental. Mais c'est surtout l'aspect de l'enfant qui est important. Chaque membre du groupe se déconnecte de la réalité pour pouvoir supporter ses propres peines, et nous suivons Karen qui décide de se joindre à eux, afin d'affronter une souffrance dès lors inconnue qu'elle parviendra à surmonter grâce à eux et leur mode de vie d'idiots.

La mise en scène renforce la crédibilité de ce mode de vie avec une forme aussi percutante que le fond, à mi-chemin entre le documentaire et la vidéo amateur, un style parsemé d'un peu de «je m'en foutisme» avec faux-raccords, caméra au poing nerveuse, surdécoupages et transitions brutes. Le tout apportant un réalisme parfait, principe même du Dogme 95.

Les Idiots est une véritable leçon de vie. Si ce mode de vie peut paraître drôle du point de vue spectateur, on nous montre qu'il doit surtout être drôle à vivre. Ce sentiment renforcé par la grande performance des acteurs qui laissent presque un doute de non-jeu sur tout le début du film, sans oublier la grande direction d'acteur. La scène de partouze et de pourchasse nue faisant partie des scènes les plus marquantes du cinéma, elle nous montre que prendre la vie à la légère peut permettre d'avoir accès à ce qu'on aurait pu jamais oser. Alors que ça peut être si simple.

Quelle période est plus euphorique dans la vie d'un homme, si ce n'est celle de l'enfance ? Chacun son tour, rôles d'enfants et parents s'inversent afin que tout le monde puisse avoir accès durant un temps à cet étrange bonheur, où les émotions ressenties semblent exponentielles.

Exponentielle dans la joie comme dans le malheur, avec cette autre scène géniale : ce départ déchirant, où trop peu assument le rôle de parent en laissant partir leur camarade. Le côté enfant prend trop le dessus : la prise de conscience fait mal et déchire le groupe. Faire l'idiot c'est génial, mais sans faire forcément preuve de trop de maturité, il faut savoir faire des choix. Comme nous le montre Katrine durant cette scène, il n'est pas toujours bon se laisse guider comme un mioche. Il faut un équilibre.

Si on se rend compte qu'on est plus un enfant trop rapidement, les idiots nous montrent que nous pouvons vivre la vie comme on l'entend dans certaines limites, comme nous le montre cet épilogue ô combien beau et dérangeant. Car malgré le modèle de société, si nous ne sommes plus des enfants, nous avons encore le choix d'être un idiot.

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