Aux portes de l'Enfer

Avis sur Les Misérables

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La compétition cannoise est lancée, et les prétendants à la palme d’or viennent se présenter au jury et au public. Le cinéma français et francophone est très présent dans cette compétition, et c’est Ladj Ly, réalisateur de 39 ans, qui ouvre le bal avec Les Misérables, son premier long-métrage de fiction.

Le cinéaste, qui a grandi dans la banlieue parisienne, a pris la caméra très tôt, pour suivre le quotidien de ces quartiers où la vie est difficile, voire pour faire du « Cop Watch », c’est-à-dire filmer les interventions policières, notamment lorsque celles-ci sont violentes. Il a ensuite pu réaliser des courts-métrages documentaires sur ces quartiers pour raconter leur histoire, mais aussi sa vie. A l’origine, Les Misérables était un court-métrage de fiction, qu’il a choisi d’adapter en long-métrage, en racontant une journée à Clichy-Montfermeil, à travers le regard des habitants de quartiers et de membres de la BAC.

Régulièrement caméra à l’épaule, souvent près de ses personnages, Ladj Ly choisit d’ouvrir son film sur la journée de la finale victorieuse de l’équipe de France de football à la dernière coupe du monde. C’est la communion, tout le monde fait la fête, personne ne pense plus à rien, on change tous la marseillaise et on court dans les rues. Puis cette ouverture heureuse laisse place au quotidien des quartiers, au retour à la réalité, loin de cette éphémère utopie. A travers son film, Ladj Ly communique toute la misère de ces quartiers, la détresse et la peur qui y règnent, les faisant basculer dans un monde sans foi ni loi où il ne s’agit plus que d’être le plus fort. Dans ce qui est devenu une véritable jungle, les individus ne s’écoutent plus, et ne sont plus capables de communiquer autrement que par la violence.

Car Les Misérables développe un climat de tension permanent et étouffant, qui va crescendo jusqu’à un dernier acte apocalyptique s’apparentant à un véritable cri de colère teinté de détresse. Toute prise de parti est évitée. Qu’il s’agisse des habitants des quartiers que des forces de police, tous sont dans la même misère, la même détresse, et n’ont plus que la violence pour s’exprimer. C’est elle qui est pointée du doigt, et surtout ses origines, que sont principalement le délaissement de ces quartiers et de toute une génération qui n’a plus de repères et ne veut pas se conformer à l’ordre établi. C’est l’ingérence et le manque de préoccupation du gouvernement envers ces quartiers que Ladj Ly, qui a lui-même vécu toutes ces situations, pointe du doigt. La rupture est proche, et si rien n’est fait, il ne restera plus que le chaos.

Aucun misérabilisme ni prise de parti, pas de volonté d’être moralisateur, juste exposer les faits tels qu’ils sont, montrer ce que l’on ne montre pas toujours, ou le montrer d’un angle véritablement neutre pour permettre au spectateur de prendre plus de recul, de mieux comprendre. En s’incarnant dans la peau du petit pilote de drones, il se fait le témoin d’une génération abandonnée, un futur sans avenir. Les Misérables offre une plongée dans l’enfer de banlieues où la misère, la peur, le désespoir et la colère ont donné naissance à un monde sans foi ni loi. Un film immersif au plus près de la réalité, avec une tension grandissante qui happe le spectateur.

Critique écrite pour A la rencontre du Septième Art

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