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Les Misérables, c'est nous. Les oubliés, les minorités. De Victor Hugo à aujourd'hui, rien, rien ne s'est passé comme prévu.
Il m'est pourtant difficile de me sentir légitime d'écrire une critique sur ce film, quand comme moi, on a vécu dans un cocon toute notre vie, si loin de toute cette violence et de cette misère humaine si bien décrite.
Pourtant, bien que totalement déconnectée de ce milieu et n'ayant jamais habité dans les quartiers sensibles de la région parisienne, je me suis sentie plus que jamais interpellé par ce film coup de poing. En sortant de ma séance, j'étais révolté et surtout extrêmement pessimiste quant à la situation inextricable que présente Les Misérables, qui n'est pas seulement un grand film malgré son faible budget, mais également un film essentiel et nécessaire.

Le tour de force de Ladj Ly est d’avoir fait de ce cadre la matrice d’une fiction bien efficace et maîtrisée, exploitant toute les ressources esthétiques et narratives de la banlieue pour les mettre au service du meilleur cinéma.
24 ans après La Haine, Les Misérables ne fait pas qu'actualiser le propos du long-métrage de Mathieu Kassovitz : il le sublime, par son aspect quasi-documentaire qui ne fait qu'accroître la portée du message. Au-delà de l'hommage appuyé que constitue le dernier plan en champ/contre-champ, le film de Ladj Ly nous montre qu'une génération plus tard, rien n'a vraiment changé dans les banlieues sensibles. Enfin pas exactement : ethnologiquement et sociologiquement parlant, il y a bien eu une évolution puisque les Juifs si présents dans La Haine rien que par l'intermédiaire de son personnage principal ont déserté les cités au profit de nouveaux clans. L'Islam radical, par exemple, a désormais sa place à Montfermeil ; Chris, le policier désabusé de la BAC, évoquant les fichés S à plusieurs reprises. Mais fort heureusement, Les Misérables ne se focalise pas du tout là-dessus. Ladj Ly nous montre pendant 1h40 à quel point la loi de la jungle est plus que jamais de mise dans la cité des Bosquets et que la moindre étincelle peut déclencher une explosion des plus ravageuses. Chaque clan défend ses intérêts, et la BAC ne constitue qu'un clan parmi les autres finalement. Ce n'est pas tellement un récit sur l'opposition entre les policiers et les habitants de Montfermeil, à la manière d'un western moderne, mais plutôt un constat alarmant sur le statu quo de la situation, et le fait que peu importe qu'on soit flic ou voyou, la vie ne fait de cadeaux à aucun de ces banlieusards.

Le film alarme, le film constate : à aucun moment il ne donne de solution. Et c'est justement ce qui en fait sa force. On pourrait alors presque faire passer Ladj Ly pour un lanceur d'alerte, les appels à l'aide de certains maires de ces villes miséreuses n'ayant jamais été entendus. Les Misérables agit comme un électrochoc : d'un côté il peut faire prendre conscience à la population (je ne parle même pas des politiciens qui à l'heure actuelle semblent toujours autant déconnectés des réalités) de l'état extrême de misère humaine dans laquelle vivent ces gens, mais de l'autre on voit bien l'impasse dans laquelle on se trouve. Finalement, la trame scénaristique autour du lionceau n'est qu'un prétexte pour aller à la rencontre des différents habitants du quartier et faire une photographie de la vie de cette cité. Evidemment que la bavure policière qui en résulte amène une tension supplémentaire et nous conduit jusqu'à un dénouement catastrophique : mais il n'y a pas besoin d'attendre le climax pour être choqué et attristé par ce qui se passe sous nos yeux. L'émotion reste dans tous les cas mise à l'écart, Ladj Ly ne cherche pas à faire dans le sentimentalisme, ni dans le tire-larmes, le côté documentaire vient aussi de cette froideur et de cette distance dans sa manière de filmer.
La dernière phrase du film semble pointer du doigt un responsable, encore que l'interprétation puisse être assez libre, mais on voit bien qu'à la fois tout le monde et personne n'est à blâmer. J'aime le point de vue neutre que choisit Ladj Ly, qui ne prend pas parti et dénonce les deux côtés à tour de rôle. Chris est un flic ripou, il abuse clairement de ses fonctions : sans cautionner ses actes, j'arrive personnellement à les comprendre après tant d'années à combattre les délits et les crimes dans cet enfer à ciel ouvert. "Les Misérables" désigne tout le monde à Montfermeil, aussi bien les policiers que les habitants de la cité des Bosquets. Quand ils rentrent chez eux, les policiers de la BAC retrouvent des logements tout aussi insalubres que ceux appartenant aux personnes contre qui ils se battent la journée. Ladj Ly choisit la fin ouverte : il ne pouvait pas mieux faire car c'est ainsi que son titre prend tout son sens.

SOFTWALKER
8
Écrit par

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