Hopeless Emptiness

Avis sur Les Noces rebelles

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// SPOILS //

Je ne sais pas par où commencer. Les noces rebelles, je l'ai vu 3 fois et lu une fois. En fait, je préférerais qu'on appelle ce film Revolutionary Road ou comme le bouquin : la fenêtre panoramique.

Revolutionary Road pour l'ironie de la situation et La Fenêtre Panoramique pour le lieu dans lequel tout va se jouer (notamment une image magnifique et tellement dramatique d'April devant la fenêtre).

Il faudrait des pages pour dire ce que je pense. Je m'arrêterais à la photographie de Mendes qui retranscrit parfaitement le livre original.
Je m'arrêterais au jeu d'acteur et aux retrouvailles de DiCaprio et Winslet (un petit clin d'oeil à Titanic dans la voiture vers la fin) qui montrent la passion, la colère et l'amour sans arrêt et avec brio.
Je m'arrêterais surtout à tous ces plans inoubliables qui montrent la ville et ses emplois à la chaîne, qui formatent l'homme (tout le monde habillé pareil) et qui le noient dans une masse difforme et sans avenir autre que celui déjà tracé.
Il faut s'arrêter sur ce rêve aussi, de ce couple qui se rend compte qu'ils n'ont fait que se perdre dans la routine (DiCaprio a un boulot dans la même boite que son père, Winslet s'ennuie à la maison), ce rêve de partir recommencer une vie à Paris. D'inverser les rôles. De jeter un pavé dans la mare.

Il y a l'enthousiasme, la peur de l'inconnu mais l'adrénaline qui fait qu'on fonce quand même. Il y a les têtes effarées des voisins devant la nouvelle. Il y a surtout ce dialogue avec le "fou" qui souligne qu'il faut être fort pour voir le vide, mais très réaliste pour découvrir que cette vie-là est sans espoir.

Et puis il y a les choses imprévisibles qui arrivent : une promotion au travail, un bébé qui pointe le nez sans prévenir. Il y a les doutes qui reviennent comme des vagues de douleur. Il y a les mots sur lesquels on rigolait : "Vous êtes fous de partir" qui deviennent des manières de se définir : "Tu n'as qu'à le dire que je suis folle, car je ne t'aime plus".

Il y a la dégradation du couple, les tromperies, l'incompréhension et le vide sans espoir qui amène à un final traumatisant. Ou comment fonder ses espoirs dans un magnifique rêve et le voir mourir dans son oeuf.

Le voir mourir dans cette scène où April, la robe tâchée de sang se trouve devant la fenêtre panoramique. Cette scène dans laquelle elle s'éclipse. Nous laissant seuls face au vide et au sang qui tache le sol. Mon dieu que cette image me reste ancrée dans la tête.

A la fin, il n'y a plus que cette scène qui fait tellement mal au coeur. Cette scène dans laquelle la maison est peuplée par un nouveau couple. De nouveaux moutons. Et puis cette scène où la voisine qui vend les maisons déshérite et insulte les Wheeler, les ignore et les oublie. Et surtout ce geste de son mari, que l'on n'a quasiment pas entendu ni vu du film et qui éteint son sonotone pour ne pas entendre les conneries balancées par sa femme.

A la fin, il ne reste que la masse qui reprend sa vie et qui oublie. Qui remplace ses rêveurs par d'autres moutons et qui sacrifie les courageux et idéalistes au profit des carriéristes plus terre à terre.

A la fin, il ne reste plus rien. Plus rien du rêve américain des années 50/60. Il ne reste plus qu'à couper le son et fermer les yeux.

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