Un Buster qui (dé)tonne.

Avis sur Les Trois Âges

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( Désolée pour le jeux de mot pourri, on s'amuse parfois comme on peut ! )

Je pourrais parler de Buster Keaton pendant des heures. C'est un fait : à choisir entre Chaplin et lui, c'est " l'homme qui ne sourit jamais " qui gagne la palme du meilleur cinéaste burlesque dans mon coeur. Génie du gag, contorsionniste et cascadeur de haut-vol ( guère étonnant quand on sait qu'il vient à la base d'une famille issu du cabaret et qu'il commença ses premiers spectacles à l'âge de … 3 ans, comme une sorte de boulet de canon humain…! ) mais aussi sa mélancolie, sa recherche désespérée de l'amour ( paradoxal quand on sait que l'homme était rarement célibataire ), thème récurrent dans ses films, en font un comédien qui émeut et fait rire avec une facilité déconcertante. On est loin du caractère surexcité de Charlot, même s'il partage la même maladresse. Keaton fait rire par son immobilisme, la fatalité de la vie qu'il a l'air de subir à chaque instant et par un langage du corps totalement millimétré.

Autant Chaplin est drôle, grimaçant et autoritaire dans la vie, autant Keaton est mélancolique, surplombé d'un visage au stoïcisme sans faille et d'une grande jovialité et gentillesse ( selon ses contemporains ). Bien sûr, il serait très hasardeux de définir qui serait le meilleur des deux, étant donné leurs styles différents, bien qu'au service d'un même cinéma de genre et vu les chefs d'oeuvres dont les deux génies ont gratifiés les spectateurs depuis les années 1910.

Je vous conseille d'ailleurs cette critique, qui m'a mis au fait de certaines anecdotes inconnues. => http://www.senscritique.com/film/Les_3_Ages/critique/37440726
Notamment, un fameux plan du film qui n'est autre qu'une chute accidentelle qui vaudra à Buster Keaton quelques jours d'arrêt de travail.

Parodie d'Intolerance de Griffith, Les 3 âges nous racontent sur 3 époques, préhistoire, antiquité, moderne, les aventures d'un homme recherchant l'amour. ( une fois n'est pas coutume ). Dans ce film, l'humour est avant tout généré par un panel d'acteurs au diapason, les gags vivant par eux même, par leurs anachronismes et un Buster Keaton au sommet de sa forme.

S'il ne brille pas par sa profondeur, ni la richesse et la complexité de ses gags comme dans Sherlock Junior ou La Croisière du Navigator, les deux films qui suivront celui-ci, on assiste sans temps morts à une succession de situations incongrus, soulignés par des efforts relativement importants de costumes, reconstitutions, maquettes et le talent de Keaton à pouvoir faire rire par son inaction, autant que par sa gestuelle reconnaissable parmi toutes.

Riche, original et cynique, Les 3 âges, premier long du métrage de Buster Keaton pourrait souffrir de la comparaison de ses aînées, tant ses gags se sont affutés et ses scénarios aiguisés au film des années. Il n'en reste pas moins une trame qui sera quasi identique à tout ses films, la recherche éperdue de l'amour, mettant un point d'honneur à une certaine innocence et mélancolie. Le génie du burlesque se fraie un passage allègrement entre toutes les époques et les situations, avec ses postures de corps et son non-sourire qui sont désormais depuis quelques temps sa marque de fabrique. Malec devient grand, et il le sera encore plus par la suite.

À la limite entre le désuet et le style parodique maîtrisé, le 1er long métrage signé Keaton nous promets bien des merveilles…

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