Zviaguintsev rate son envol

Avis sur Léviathan

Avatar Romain Massa
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Léviathan était sans doute le film que j'attendais le plus cette année. Quelle déception ! Je n'ai pas vu "Le Bannissement" mais "Le retour" et surtout "Elena" étaient des œuvres prometteuses. Pas géniales mais dans la pure tradition du film russe. Au sortir de Léviathan, une impression étrange a mis beaucoup de temps à me quitter : celle ne pas avoir un flm russe. A vraie dire, si le nom du réalisateur n'était pas aussi connoté, je n'aurais pas eu de mal à voir derrière cette véritable diatribe caricaturale de la Russie, la main d'un réalisateur occidental. Seuls la qualité de la réalisation et l'esthétisme de l’œuvre sont signés, pour le reste dès que le film dégage le côté social pour virer sur une amourette à deux francs, on touche le fond. Tout devient prévisible, il y a un début, un milieu, une fin, des rebondissements, un vague suspense, bref tous les codes du cinéma américain que le cinéma russe avait toujours réussi à éviter. Financé en grande partie par le ministère de la Culture russe, ce film dénonce la corruption tout en évitant soigneusement de brocarder la situation politique actuelle en Russie, on reste extrêmement en surface. Le lien entre l'église orthodoxe et le pouvoir, thématique très intéressante est survolée. "Léviathan" était l'occasion pour son réalisateur de prendre une nouvelle dimension, et s'il a visiblement plu aux critiques et aux américains, tous les codes du cinéma russe sont balayés. Preuve en est, ce film a remporté le "Prix du Scénario" à Cannes et était en bonne voie pour remporter l'Oscar du meilleur film étranger. Jamais un grand film russe n'a eu de scénario à proprement parler, et n'a séduit le public américain. Ici, les russes sont vus comme des alcooliques notoires, amateurs d'armes à feu, et s'il existe surement une part de vérité là-dedans, ça ne peut représenter l'ensemble d'une culture. En comparaison, Elem Klimov avait signé avec "les adieux à Matyora", une œuvre qui dénonçait certes les dérives du régime soviétique mais mettait d'une autre coté en valeurs, les traditions et coutumes russes. Léviathan se concentre beaucoup trop sur le futile et oublie le fondement de la société russe, les deux personnages principaux sont des bourgeois, l'environnement rappelle d'ailleurs l'excellent "Winter Sleep". Zviaguintsev qui a pour maitre absolu Tarkovski ne lui arrive même pas à la cheville, "Le retour" qui ressemblait fort à un "Stalker" était prometteur, "Léviathan" n'est qu'un mixte entre l'esthétisme russe et une comédie de boulevard américaine. Trop grand public, Zviaguintsev a rejeté l'élitisme des œuvres russes pour cumuler récompenses et avis favorables, en somme une immense déception tant le cinéma russe nous avait habitué à du mieux, du plus authentique, du contemplatif et du profond. Ce film, tout le monde aurait pu le faire, en espérant que la prochaine œuvre de Zviaguintsev se rapproche davantage sur le plan social et humain de ces précédents films.

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