Don't worry Xavier, you'll do better next time

Avis sur Ma vie avec John F. Donovan

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Je me suis toujours demandée si un de ses films me décevrait un jour. Il faut dire que c'est le seul réalisateur dont j'ai vu toute la filmographie, et jusque là c'était un sans faute, ce qui est quand même exceptionnel. J'ai vu ses films dans le désordre, en commençant par Tom à la ferme. Un film bizarre mais qui m'avait tout de suite captée et m'avait donné envie de découvrir ce jeune prodige à la patte si particulière. Puis ça été J'ai tué ma mère, énorme coup de cœur direct (d'ailleurs j'ai toujours du mal à réaliser que c'était son premier film, putain le mec avait 18 ans et il nous sort une oeuvre comme ça, c'est quand même dingue), qui a confirmé mon attrait sur son cinéma. J'ai enchaîné sur Mommy, et là, grosse peur. Tout le monde semblait s'accorder pour parler d'un chef d'oeuvre, et en général ça dessert le film en question qui ne parvient pas à être à la hauteur de son immense réputation. Et bah non. Encore une fois, grosse claque dans la gueule, et clairement tu comprends pourquoi on parle du gars comme un génie. Je le nierai pas, les Amours Imaginaires ont été un visionnage plus compliqué (j'écrirai une critique dessus plus tard), mais plusieurs scènes d'anthologie l'ont sauvé à mes yeux, et je pense que si je le regardais à nouveau maintenant, je l'apprécierai plus. Laurence Anyways avait quelques longueurs dérangeantes, mais encore une fois bingo, c'était un film magnifique. Et puis est arrivé Juste la Fin du Monde, et avec celui-là les critiques qui ont commencé à démonter Xavier Dolan, parce que bon c'est quand même agaçant de voir un jeune homme si beau, si talentueux, si imaginatif, ne pas se planter une fois dans sa carrière et rafler tous les prix et standing ovations du monde. Il faut dire que c'était un sacré challenge, le réalisateur abandonnant son Québec adoré pour aller voir du côté des français. J'avoue que ça m'avait fait peur aussi, n'étant pas très fan du casting (à part Gaspard Ulliel et Nathalie Baye que j'adore), mais non, le charme ne s'est toujours pas rompu. Et avant de commencer, je tiens à dire que ma critique ne remet pas en question ma passion et mon admiration pour le cinéma de Xavier. C'est vraiment quelqu'un de spécial à mes yeux (encore plus depuis que je l'ai vu en vrai à une avant première), quelqu'un dont la créativité et la simplicité me touchent beaucoup (je sais qu'il a une image de prétentieux mais pour l'avoir vu en live réagir à une mini salle se mettant debout pour lui, je peux vous dire que son humilité force le respect). C'est pour ça que je suis exigeante concernant ses films. Et je me doute bien qu'il n'est pas dans une position facile non plus, un bon paquet de spectateurs et de critiques attendant depuis des années qu'il se mange une tôle pour pouvoir se le payer. J'ai rarement vu un réalisateur être aussi injustement critiqué, moqué, jugé à l'emporte pièces et pour cette raison, j'ai du mal à lui en vouloir pour la déception que j'ai eu face à ce film.

Mais après cette longue introduction, entrons dans le vif du sujet. Commençons par ce que j'ai beaucoup aimé dans le film. 1) Kit Harington. Je l'avais personnellement déjà vu dans un autre film (Testament of Youth) après l'avoir découvert un peu comme tout le monde dans GoT, je savais donc déjà qu'il était capable d'autre chose. Je l'ai trouvé vraiment super dans le film, et j'avoue que je ne comprends pas trop les critiques sur son jeu, mais il en faut pour tous les goûts!! Je l'ai trouvé très touchant, aussi bien dans les moments de calme que d'explosion. Finalement le personnage ne parle pas beaucoup, mais ça ne manque pas. Kit joue beaucoup avec les yeux dans ce film, et je trouve que ça marche vraiment bien. En tout cas j'ai eu de l'empathie pour John, me suis reconnue dans sa timidité et sa nostalgie, sa peur d'avoir manqué quelque chose en ayant à la fois tout réussi. C'est assez facile de s'identifier avec lui, et c'est en grande partie dû au jeu de Kit, qui le rend accessible. Il a un côté très "normal" dans ses fêlures et ses névroses, malgré son sourire de star et son allure de playboy. Gros coup de coeur aussi pour l'histoire d'amour (malheureusement trop peu traitée) entre John et Will. Je n'ai aucune idée de qui est cet acteur, mais il a vraiment quelque chose, il fait vraiment hearthrob des années 50 ou 80, vraiment beaucoup de charisme et une aura assez magnétique. D'ailleurs les trois plus belles scènes du film sont à mes yeux celles qu'ils ont en duo. Celle du club reste ma préférée, elle est vraiment SUBLIME, j'ai eu des frissons. La lumière, les mouvements de caméra, la musique (SULK!!! quel choix génial), l'étreinte des deux personnages TOUT VA TELLEMENT BIEN ENSEMBLE, vraiment cette scène dégage un truc tellement beau, tellement poignant, je me suis sentie triste et heureuse en même temps en la regardant, quand le cinéma arrive à produire ça chez vous, c'est quand même top. Mentions spéciales aussi pour la scène dans la voiture/scène à la porte qui sont en fait des scènes miroirs, vu que dans la première c'est John qui s'en va et ne "peut pas" (d'ailleurs vous remarquerez que Kit dit plusieurs fois "i can't" dans le film, un peu comme un mantra qui montre l'incapacité du personnage à vivre sa vie) et dans la seconde, les rôles sont inversés, c'est Will qui lui dit au revoir et empêche que leur histoire continue. Ce sont vraiment deux très belles scènes, où on est incapable d'en vouloir à un des personnages. On ne peut pas en vouloir à John de se protéger, d'avoir peur que tout ça termine mal à cause de l'industrie qui l'emprisonne et l'empêche d'être qui il est vraiment, ni à Will de ne pas avoir la force d'attendre que la tempête passe pour que John soit vraiment, et au yeux de tous, avec lui. Du coup, c'est super triste parce qu'on voit qu'ils s'aiment et voudraient être ensemble mais ne le seront jamais. Malheureusement, c'est un vrai problème dans l'industrie du cinéma (et les industries culturelles en général). Je ne compte plus de nombre d'artistes, sportifs ou célébrités qui ont été forcés de rester dans le placard parce que les studios, les sponsors et la plupart de leur public allaient les lâcher en apprenant pour leur homosexualité. C'est un vrai sujet, important, c'est nécessaire d'en parler, et je suis contente qu'un réalisateur l'ait fait. En particulier Xavier. Il a une façon de parler de son homosexualité à travers ses films qui m'a toujours beaucoup parlée. Et j'ai vu ses interviews autour du film, et je ne pourrais pas être plus d'accord avec lui quand il dit que le cinéma, sous couvert d'être hyper tolérant, ouvert aux minorités, n'est en pratique pas très progressiste dans sa manière d'accueillir les dites minorités. Au final, c'est beaucoup de com et de vent pour pas beaucoup d'évolutions. Franchement, les acteurs/actrices appartenant à la communauté lgbt et sur le devant de l'affiche se compte sur les doigts d'une main, et je reste persuadée que beaucoup d'acteurs, chanteurs et artistes connus ne sont pas aussi hétérosexuels qu'on voudrait bien nous le faire croire. C'est vraiment dégueulasse la façon dont les gens qui ont du pouvoir se permettent de closet leurs "poulains" pour des questions de fric et de rentabilité.

Hélas, le sujet n'est abordé que partiellement dans le film. Alors qu'on pourrait croire qu'il s'agit du sujet principal (parce que c'est quand même de là que vient tout le mal-être de John), il se voit écarté pour d'autres intrigues beaucoup moins intéressantes. Je suis ressortie frustrée de la séance en ayant eu l'impression que Xavier avait à peine effleuré le point qui m'intéressait le plus dans le film. Mais clairement, je pense que c'était plus développé dans la version originelle du film et les (trop) nombreuses coupes ont fait grand défaut au résultat final. Quand Xavier en parle, on comprend bien que tourner ce film a été un bordel pas possible (et ça paraît d'autant plus désordonné qu'il a l'habitude de régler ses tournages comme du papier à musique), entre les différents lieux de tournage, la pression des studios américains, la difficulté de produire un film super ambitieux dans un délai de 2h alors qu'il en demanderait 4...j'i l'impression que lui-même a conscience qu'au final, le film est un peu brouillon, d'ailleurs il a dit sur Quotidien que le résultat final n'était pas ce qu'il avait tourné. On voit que lui-même est déçu de ce qu'on voit actuellement au cinéma, même s'il ne l'avoue qu'à demi-mots. Je le crois quand il dit que le rôle de Jessica Chastain ne rentrait pas dans le cadre du film. Je sais qu'à l'époque il s'est fait détruire de tous les côtés parce que franchement ON NE COUPE PAS JESSICA XAVIER QUEL CULOT!!! Moi aussi, je l'adore, mais clairement, c'est lui le réalisateur, je pense qu'il sait mieux que vous si ses passages sont hors-sujet ou non. D'après ce que j'ai compris elle jouait le rôle d'une journaliste qui démonte John dans ses papiers, et j'avoue que j'aurais bien aimé voir ça, ça aurait sans doute donné plus de profondeur à l'intrigue, apporté une réflexion sur la pression des médias, la cruauté de certains critiques qui se prennent pour des juges suprêmes, la solitude qu'implique le fait d'être célèbre et d'avoir la conscience que tout peut être s'effondrer en quelques secondes...Bien sûr, c'est mentionné, il est dit que John le raconte dans ses lettres, et on le sent dans sa manière de se comporter et de dresser des murs autour de lui, mais c'est trop bref, pas assez exploré. Quel dommage. J'aurais adoré voir comment Xavier aurait traité ça s'il s'était focalisé uniquement sur cet aspect. Là, on dirait plus une introduction, c'est traité en surface alors que les quelques scènes qui y sont dédiées sont hyper prometteuses...c'est énervant parce qu'il aurait vraiment pu faire un film de fou s'il avait restreint ce dont il voulait parler. En fait, j'ai eu l'impression de deux films en un. Celui qui m'intéressait concernait John, mais la partie sur Rupert...moui, ok. Certes les parallèles sont intéressants (et j'ai trouvé très cool que John l'ait en fait aidé à accepter sa propre homosexualité, sachant qu'il craignait de se faire rejeter justement pour cette raison, finalement ça donne un côté optimiste à la fin qui aurait très triste sinon) mais je ne vois pas vraiment l'intérêt. Et puis l'idée qu'il a correspondu avec un gamin pendant 6 ans et que personne ne s'en est aperçu, surtout du côté de Rupert, c'est pas très crédible. Et puis je ne sais pas, c'est BIZARRE de dire qu'un gosse de onze ans est ton super confident mais bon passons (pareil, ça c'est à peine effleuré, on voit juste que John nie parce que des cons d'homophobes font faire le raccourci gay: pédophile mais c'est vraiment l'affaire de quelques secondes). Je ne trouve pas cette histoire de correspondance géniale, surtout que le personnage de Rupert m'agaçe. Pas la version adulte (en plus j'adore Ben!!) mais la version enfant. Désolé, mais je n'aime PAS le jeu de Jacob Tremblay, et le personnage est juste exaspérant. Il n'est pas réaliste du tout - qui parle comme ça à son âge!!! - et mauvaise pioche pour Xavier, le cliché du gosse surdoué et qui parle comme s'il avait déjà 70 ans d'expérience est un de ceux qui m'énervent le plus dans le septième art. Et cette scène où il hurle à la mort parce que sa série passe à la télé, mais FERME TA BOUCHE, non vraiment ses cris m'ont donné de l'urticaire. On sent pourtant que Rupert, c'est Xavier, qui lui aussi était enfant acteur et très fan de célébrités, et j'avais envie d'apprécier ce gamin clairement autobiographique, mais non c'était au dessus de mes forces. Pareil, la relation de dévotion entre un fan et la star qu'il admire, c'était un bon sujet, mais pas traité comme ça et surtout pas traité dans le même film qui parle de l'homophobie à Hollywood et se suffisait grandement à lui-même.

Enfin, je vais terminer sur un défaut non négligleable du film. Franchement, ça me fait de la peine de le dire, mais c'est un peu du réchauffé. Qu'un réalisateur ait des thèmes qui lui tiennent à cœur, il n'y a vraiment aucun problème. Certes, Xavier Dolan parlera toujours de mère, d'homosexualité, de quête d'identité et d'impuissance dans ses films. Il jouera toujours avec les cadrages, les flous. Les séquences "clipesques" (attention, ce n'est pas négatif chez moi je les adore) sur fond pop ne disparaîtront pas non plus. C'est comme ça. Tarantino, Nolan et Burton ont aussi des gimmicks. Le problème, c'est que certaines scènes semblent un véritable copié-collé de ses précédents films. Des clins d’œil entre différentes oeuvres d'une filmographie sont très appréciables, parce que ça crée une continuité, un style, une harmonie. Je m'explique. La fameuse séquence du club m'a beaucoup fait pensé au passage de Juste la fin du Monde (celui où il y a une Miss S'imisce en fond). Même palette de couleurs (dans les violets), même mélancolie, même sujet (deux hommes/garçons en train de faire l'amour) mais elles se distinguent quand même. C'est réussi. En revanche, le passage dans la salle de bain avec la mère et les deux frères. Dès que la musique a commencé j'ai su que ça allait être un remake de Mommy (le passage sur Céline Dion) ou de JLFDM (le passage sur Ozone), c'était vraiment prévisible. Les deux passages cités précédemment se ressemblaient déjà un peu mais encore une fois se détachaient l'un de l'autre (notamment par le fait que dans le deuxième cas, on a des plans sur l'extérieur) mais là non, c'est exactement la même chose, c'est dommage :( Xavier est vraiment quelqu'un de créatif donc je ne sais pas trop comment expliquer ça. Soit c'est involontaire (mais je n'y crois pas trop), soit il s'est dit que c'étaient ce que les gens aimaient - les deux séquences dont je parlais dans les films en question figurant toujours parmi les favorites - et s'est forcé à refaire la même chose. Sauf que cette fois, ça ne prend pas, et que je suis restée totalement indifférente à ce moment qui aurait pu me transporter. Pareil pour le personnage de la mère de John, qui est un espèce de mélange entre les différents personnages incarnés par Anne Dorval dans les films de Dolan et Nathalie Baye dans JLFDM. Déjà que le perso de Natalie ressemblait déjà beaucoup à ses prédecesstrices, non là vraiment, c'est trop, indigeste. Susan Sarandon qui est pourtant une bonne actrice semble essayer d'imiter les deux autres actrices, c'est forcé, pas naturel, bref. D'ailleurs en parlant de jeu, Natalie Portman on en parle? Sa performance dans le film est juste oubliable. Je n'ai jamais été une grande fan mais on ne peut pas nier qu'elle a fait ses preuves dans le passé et montré ce qu'elle avait dans le ventre. Là, j'étais juste "ok" pendant tout le long, elle est fade, pas intéressante, et encore une fois elle ressemble trop à dix mille autres personnages de Dolan pour se détacher. D'ailleurs elle a la part belle dans une des pires scènes du film; l'espèce de course poursuite à Londres avec Stand by Me qui hurle en fond, Xavier qu'est-ce que tu nous as fait!!! Cette séquence semble tout droit sortie d'un film américan gnangnan, et si j'ai pu reprocher des choses à son cinéma auparavant (en particulier Les Amours Imaginaires), je n'avais jamais encore trouvé la moindre once de niaiserie dans ce qu'il proposait. Je ne sais pas ce qui lui a pris, peut-être a-t-il voulu trop se coller aux attentes américaines et s'est perdu mais le souci c'est qu'il y a deux autres séquences exactement dans le même acabit. C'est la scène où la prof donne la rédaction à la mère de Rupert (d'ailleurs on la voit trop peu cette prof, dommage elle était cool) pareil c'est tellement stéréotypé genre il déteste sa mère depuis le début et finalement c'est l'héroïne de sa vie, je n'aime pas du tout ce genre de résolutions bâclées juste pour faire happy ending. Et enfin la dernière scène de la déception (jamais deux sans trois, j'imagine), c'est la discussion entre John et Miachel Gambon dans le resto miteux. Alors ok, je veux bien que Xavier soit un fan de Dumbledore mais de là à lui faire jouer le même role de vieux sage énigmatique dans son film, y'a un pas. Je n'ai pas compris cette scène qui arrivait comme un cheveu sur la soupe et qui sert juste de prétexte narratif pour faire comprendre au perso qu'il n'a peut-être pas tant raté sa vie que ça. Mais c'est tellement gros comme ressort (j'ai vu d'autres gens dire que en gros il incarnait la mort, mais super, la même chose que Harry et sa vision de Dumby quand il croit mourir, merci l'originalité) que ça ne prend pas et frise même le ridicule avec certaines phrases (du genre "vous êtes trop jeunes pour déprimer" "mon petit-fils vous adore" etc). Heureusement qu'une réplique vraiment cool - "how could you steal a place that was made just for you"- sauve cette scène de la noyade mais bon, on n'était pas très loin non plus.

Ah et j'oubliais ce film a même une troisième intrigue. La journaliste qui n'en a rien à branler de l'histoire de Rupert et l'interviewe sans en avoir envie pour finalement être éblouie par l'histoire de son auditeur. On ne comprend pas comment elle passe de l'indifférence la plus totale à l'admiration (pas assez de scènes pour le comprendre mais en même trop qui entrecoupent un film déjà saturé par deux intrigues qui ne fonctionnent pas bien ensemble) et le fait de finir sur ça, mouais. Ils ont pourtant des discussions intéressantes (le fait qu'elle trouve que c'est des problèmes de riches et pas lui) mais c'est encore une fois trop rapide et pas assez développé pour être retenu. Et puis vous n'allez pas me faire croire que la meuf n'était pas du tout au courant de cette histoire alors que John était la super coqueluche du moment et que le scandale par rapport au fait qui soit gay a fait un tollé pas possible.

Avant de terminer, je compte quand même achever ma critique sur une note positive. J'ai oublié de mentionner la super scène d'introduction sur Rolling in the Deep (le clin d'oeil à Adele était trop mignon), vraiment elle claque vraiment. C'est super bien filmé, avec des plans aériens sur New York et la caméra qui suit John et traduit parfaitement tout le bruit, la pression et la machinerie qui l'accompagnent dans chacun de ses mouvements. Et puis Kit quoi, quelle classe. Mention aussi à la scène où John pète un câble avec cet espèce de crescendo où il entend mal (au début je n'ai pas trop compris mais bon l'étrangeté rend aussi la scène cool) et tape sur le mec qui le faisait chier depuis le début. C'était assez cathartique et ça m'a fait penser un peu à la scène avec Antoine dans JLFDM. D'ailleurs je n'avais pas forcément déjà vu Kit dans ce registre-là et il joue vraiment bien cette colère et ce désespoir qu'il ne parvient plus à ce moment à retenir (et c'est intéressant aussi, vu que c'est quand même un perso très introspectif et qui exprime très peu ses émotions). J'ai attendu pendant tout JLFDM que Louis hurle sa famille, et c'était cool comme parallèle, parce que pour le coup John dit ses quatres vérités à ce gars et à sa famille aussi, lors de la scène du dîner. Xavier a le chic pour tourner ce genre de scènes malaisantes avec une atmosphère super étouffante et pleine de non-dits, et perso ce sont toujours des moments qui me marquent parce que je les trouve très vrais.

Bon voilà, j'arrive à ma conclusion. Désolée pour le roman. J'avoue que je ne sais pas trop comment noter, parce que je SAIS pertinemment que si ce film avait été fait par quelqu'un d'autre, j'aurais été beaucoup moins tatillonne. Mais c'est comme ça, et j'imagine que c'est logique d'en attendre beaucoup de ses idoles. Honnêtement, j'aurais adoré ressortir de la séance en vous disant que son nouveau film m'avait bouleversé comme les autres, mais ce serait mentir. Après, ça devait bien arriver un jour. On ne peut pas aimer à 100% tout ce que produit quelqu'un, même si on l'adore et on le trouve inspirant. Le film n'est pas un ratage. Mais il n'est pas une réussite non plus, ce qui est inhabituel chez Dolan. Du moins, à mes yeux. Mais les génies ont aussi le droit de se tromper. On ne peut pas lui retirer son ambition et son audace. En tant que réalisateur, il prend le risque de sortir de sa zone de confort, ce qui est quand même dangereux et à saluer quand on s'est fait une aussi belle place au soleil. J'ai vu que son prochain film sortirait sans doute aussi en 2019 (il n'y a vraiment que lui pour nous sortir deux films par an à même pas trente ans) et je sais d'avance que je vais l'adorer. Xavier semble revenir à sa formule d'antan: participation à son propre film en tant qu'acteur (et j'en suis ravie, parce qu'en plus d'être un super réalisateur, c'est aussi un très bon acteur) et retour à un cast québécois. Sans parler du fait que le sujet me botte particulièrement (une histoire d'amitié puis d'amour homosexuelle). Tant pis si Ma vie avec John F. Donovan n'a pas été la claque que j'aurais espéré. Cela arrive. Xavier Dolan a encore le temps de nous produire d'autres chefs d'oeuvres, et il faut garder à l'esprit que c'est déjà fou de mettre un tel qualificatif au pluriel pour un réalisateur si jeune.

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