Le retour du héros

Avis sur Mad Max 2 : Le Défi

Avatar Vincent Rigaud
Critique publiée par le

Certains films auront servis de modèles et d'influences principales à une flopée d'avatars allant de l'hommage déférent au plagiat indigent. Des films comme "Alien" ou "Terminator" auront nourris à eux-seuls l'imaginaire de plusieurs générations d'artistes et de spectateurs.
"Mad max 2" est un de ces films séminaux. Le modèle absolu de western post-apo aussi pertinent sur le fond que sur le forme.
Il n'est pourtant au départ que la suite d'un premier film tout aussi réussi que différent tant dans son traitement narratif qu'esthétique. "Mad max 2" transcende pourtant son statut de simple séquelle au point de devenir LA référence en la matière.

Mais pour bien comprendre pourquoi, il convient de revenir brièvement sur le premier film.
Dans un futur proche, le tarissement des gisements de pétrole y engendrait une crise économique et sociale sans précédent. La société humaine, au bord du gouffre, était en proie à tous les débordements, engendrant une nouvelle espèce de criminels, des bandes de pillards routiers à l'affût de la moindre goutte d'hydro-carbure. Pour affronter ces sauvages de l'asphalte, il y avait ces policiers de la route, aux effectifs constamment en baisse, tant ils se faisaient décimés par le nombre grandissant de pirates routiers. Max Rockatansky, surnommé Max le fou, était un de ces flics tenaces et implacables jusqu'à ce qu'il choisisse de démissionner, suite à l'attentat dont fut victime son équipier. Parti s'isoler en bord de mer avec sa femme et son jeune fils, loin de toute cette folie humaine, il choisissait logiquement de tourner le dos à la déliquescence de son époque pour préserver sa famille. Hélas, en son absence sa femme et son fils se firent prendre en chasse et écrasés par une bande de motards, brisant ainsi la vie de Max. Ce dernier réussissait en fin de métrage à venger sa famille et son équipier mais s'éclipsait brutalement sans donner le moindre élément de réponse sur sa destinée.
Le réalisateur George Miller optait ainsi audacieusement en 1979 pour le cliffhanger, une fin ouverte à toutes les spéculations quand à la trajectoire dramatique de son protagoniste.

C'est finalement en 1982 que sortit la suite tant attendue.
Le récit est introduit par la voix-off solennelle et usée d'un vieil homme restant hors-champs, récapitulant la situation décrite dans le premier volet. Dans un contexte similaire de crise mondiale pétrolière, la société des hommes ne put continuer de fonctionner, le grondement de ses machines s'est tue, la civilisation s'est tout bonnement effondrée. Les quelques repères sociaux et urbains du premier film se sont ici évaporés pour laisser place à des étendues désertiques sans fin, dont les routes sont le théâtre d'un combat permanent entre pillards et autres survivants pour quelques litres de gasoil.
Miller embraye sur la déchéance de l'humanité, jusqu'à supprimer tous repères moraux. Ces pillards à l'attirail SM sont des chiens enragés, soumis et tenus en laisse par leur maître, sans la moindre conscience de la souffrance qu'ils causent à leurs proies, entièrement tournés vers le culte de l'éphémère essence.

C'est dans ce contexte que l'on retrouve Max, voyageur solitaire (quoique flanqué de son chien) et donc taciturne, siphonnant les réservoirs des nombreuses épaves qui jalonnent son chemin. Pas si différent d'un pillard, moralement détruit par la perte de sa famille, sans la moindre destination en tête, il se contente de rouler dans son Interceptor du premier film et de lutter pour sa survie.
Egoïste et désabusé, entièrement tourné vers lui-même, son chemin va d'abord croiser celui d'une grande perche, pilotant un autogire (sorte de petit hélicoptère monoplace), lequel le mène à une micro-société de survivants regroupés dans une raffinerie perdue dans le désert et constamment prise d'assaut par une armée de pillards. Y voyant une occasion de se procurer quelques litres d'essence, Max va à la rencontre de ces survivants encore civilisés, se révélant très vite indispensable à leur survie. Mais l'anti-héros n'a d'autre préoccupation que lui-même, jusqu'à ce que...

Cohérente dans la trajectoire dramatique de son protagoniste, cette suite propose de reprendre la destinée de Max l'a où elle l'avait laissée à la fin du premier opus.
Max n'est plus qu'un spectre hantant les routes interminables et désolées de ce monde post-apocalyptique.
C'est à travers sa silhouette fantomatique que Miller ouvre et boucle son récit, magnifiant le personnage jusqu'à l'iconiser pour la postérité.
Pourtant Max n'a absolument plus rien d'une figure héroïque. En lui supprimant son propre avenir et ce qu'il avait de plus cher via le meurtre de sa famille, Miller aura délesté le personnage de toute trace d'humanité. Ainsi, le futur que le héros arpente dans "Mad max 2", désertique et fantasmagorique, est autant la continuité logique du background du premier opus qu'un miroir de l'état moral de Max.
Ici modèle absolu d'anti-héros, Max ne se préoccupe jamais du sort des autres, jusqu'à la parfaite démonstration de sa passivité lorsqu'il observe sans jamais intervenir le viol et le meurtre d'une jeune femme par des pillards. Son regard, accolé à celui de son sidekick de fortune, le pilote de l'autogire, en vient même à se désintéresser de la scène, contrairement à l'effroi du regard dudit pilote.
Nihiliste et taciturne, Max en vient bientôt à croiser cette micro-société repliée sur elle-même qui l'assimile dans un premier temps à un simple pillard tant il partage avec les pirates du bitume la même soif d'essence. Contraint de négocier quelques litres de carburants avec les résistants en échange de sa promesse de leur ramener un semi-remorque apte à transporter leur citerne d'essence hors de la raffinerie, Max se rabaisse au rang de simple mercenaire sans âme. Il retrouve pourtant une partie de son humanité désavouée au contact de cet enfant sauvage et mutique (sorte de Gaspard Hauser du futur), lequel le prend bientôt comme modèle et sujet d'admiration jusqu'à vouloir le suivre partout où il va.
Il faudra pourtant le sacrifice des derniers vestiges de son passé (son chien et sa voiture) pour permettre au personnage de sortir de son égoïsme et de renaître à nouveau comme figure héroïque, via un dernier acte où Max prend l'initiative de convoyer la citerne d'essence hors des murs de la raffinerie et donc accepte de se mettre en porte-à faux en sachant que les pillards le prendront en chasse lui plutôt que tous les autres.

"Mad max 2" est donc l'histoire de la rédemption d'un héros déchu, dans la parfaite continuité du premier film. Il partage avec celui-ci la même irrésolution quand à la destinée du personnage, ce dernier disparaissant du récit peu après le climax. La voix-off du vieillard se fait alors à nouveau entendre et, tout en nous faisant comprendre qu'elle est celle du petit garçon mutique arrivé au crépuscule de sa vie, conclue par cette phrase légendaire alors que la silhouette fantomatique de Max se dilue dans l'ultime plan :
"Et le guerrier de la route... Je ne l'ai plus jamais revu. Aujourd'hui, il vit toujours... dans mon souvenir."

Mythique et inégalable, "Mad max 2" donnera lieu à un troisième film bien-en deçà des espérances mais pourtant tout aussi cohérent dans le parcours personnel du personnage-titre, puisqu'il le présentera comme la figure salvatrice d'une communauté d'enfants perdus et donc d'un avenir pas si désespéré. En attendant l'autre résurrection du héros, cette fois sous les traits de Tom Hardy.

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