Adieu monde cruel !

Avis sur Mad World

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L’année dernière était sortie sur les écrans de Hong Kong Weeds On Fire, le premier film financé par le Hong Kong Film Development Council à sortir dans le circuit commercial régulier. Mad World est le second long métrage issu de cette initiative destinée à lancer des jeunes réalisateurs locaux. Derrière la caméra, on trouve Wong Chung qui s’était déjà fait remarquer avec le court métrage 6th March. Tout comme son jeune confrère Steve Chan, il a du composer avec un budget limité à 2 millions de dollars HK. Par contre, lui a pu compter sur la présence de deux mastodontes de l’industrie à son casting, Eric Tsang et Shawn Yue.

Wong Sai Tung (Shawn Yue) est un ancien analyste financier souffrant de désordres bipolaires. Après un séjour d’un an à l’hôpital, il est finalement autorisé à sortir. C’est son père (Eric Tsang), un chauffeur de camion, qui tente de l’accompagner dans son retour à une vie normale. Mais les deux hommes se connaissent à peine et les conditions de vie difficiles avec lesquels ils doivent composer exacerbent les tensions.

Made in Hong Kong

Là où Weeds On Fire avait utilisé la formule du film de sport, Mad World fait lui dans le mélodrame à tendance sociale. Il actualise la problématique des rapports père/fils, une thématique récurrente du cinéma de hong kong (voir Parents’ Hearts, Father and Son ou encore Gangs), dans le hong kong moderne. Cette question est encore complexifiée par le contexte social dans lequel le film s’inscrit. Luttant pour joindre les deux bouts, père et fils vivent en effet dans un appartement partitionné, quasi-dénué de toute intimité et constamment soumis au jugement de leurs voisins directs. Si l’on ajoute à cela le peu d’empathie dont font preuve les hong kongais pour les victimes de troubles mentaux, on saisit vite que ce n’est pas le visage le plus attirant de la ville et de ses citoyens qui va nous être dévoilé. Cela fait aussi beaucoup de sujets à traiter pour un seul film et, si Mad World sonne la plupart du temps juste dans ces descriptions, il faut bien avouer que l’accumulation des malheurs qui s’abat sur les personnages fait parfois un brin artificielle.

Performances d’acteurs

Ambitieux et (relativement) maitrisé, le film doit beaucoup à son casting. Shawn Yue n’a pas la tache facile avec ce personnage bipolaire luttant pour retrouver sa vie d’antan et assumer son passé. Et s’il lui faut un peu de temps pour trouver ses marques, son interprétation se révèle à la hauteur du challenge. On ressent bien la lutte interne qui se joue constamment dans son esprit, entre excitation optimiste quasi-adolescente et longues crises d’apathie désespérées. A ses cotés, Eric Tsang en impose en père dépassé. On l’a peut-être oublié, et cela paraitra surprenant pour ceux qui ne connaissent de l’homme que ses publicités pour les gâteaux de lune ou ses apparitions en tant qu’animateur de jeux sur la TVB, mais Eric Tsang est un des meilleurs acteurs de l’ancienne colonie. Depuis plusieurs années, il n’avait pas eu l’occasion de montrer son talent dans un registre dramatique. C’est chose faite avec Mad World où il restitue tout le pathétique de son personnage avec une sincérité touchante. Notons aussi la présence de la sous estimée Elaine Kam, une habituée des seconds rôles marquants, qui incarne une mère vieillissante aussi odieuse qu’émouvante.

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