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Maniac par Claire Magenta

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Le rôle d'une vie, voilà bien de quoi il s'agit, une fois regardé de plus près la filmographie de l'acteur américain Joe Spinell. Passé ses interprétations respectives et secondaires de Willi Cicci et de Tony Gazzo dans les deux premiers Parrain et Rocky, puis sa grotesque apparition en terrrrrible Count Zarth Arn dans le nanar SF transalpin Starcrash, difficile pour le cinéphile amateur de sensation forte de ne pas être ébahi et marqué pendant encore longtemps par le personnage joué par Spinell dans le film qui nous intéresse. Produit, écrit et interprété par lui-même, Maniac réalisé par William Lustig reste trente ans après son exploitation dans les salles obscures un monument du cinéma de genre, une œuvre influente dépassant allégrement la trainée de soufre qu'il laissa lors de sa sortie (film interdit au moins de 18 ans voire censuré dans de nombreux pays).

Souvent par le passé, Maniac fut classé rapidement dans la même famille que les autres slashers de la même époque, au niveau d'un Halloween ou d'un Vendredi 13. A tort. Tout du moins sur la forme, tant le film de Lustig se distingue fortement de ses deux pairs sur le fond. Si les deux précédents s'inscrivent clairement dans le cinéma d'horreur de divertissement pour adolescents, Maniac s'en éloigne. Le récit écrit par Spinell est ainsi contre toute attente plus proche des aspirations hitchcockiennes que de celles d'un simple tueur en série martyrisant un groupe de jeunes adultes fornicateurs.

En plus de la prestation habitée de Spinell, le long métrage laisse une place importante voire primordiale à la psychologie chaotique de Zito, et contrairement aux autres films du genre, le tueur n’apparaît nullement comme une créature muette omnipotente, un père fouettard sanguinaire chantre d'une morale réactionnaire. Frank Zito souffre, tue, mutile pour répondre à un besoin, à une blessure passée, un être abominable dont le pathétique rend sa condition de monstre encore plus difficile. Spinell fait corps au sens propre comme au sens figuré avec son personnage, montre crûment ses faiblesses, donne de sa personne, quitte à s'enlaidir encore un peu plus.

La réalisation de Lustig, dont c'est le premier film, reste encore alerte malgré l'outrage du temps, les effets spéciaux de Tom Savini (dont la fameuse scène où Zito à bout portant explose la tête de sa victime, jouée par Savini lui-même) et les quelques références à Psychose ainsi qu'aux morts-vivants chers à Romero apportent aussi une richesse insoupçonnée. Finalement, les seules réserves notables proviennent à la fois de la bande-son (très datée) et de l'interprétation (toujours en roue libre) de Caroline Munro. Pour le reste, Maniac mérite amplement ses galons de film culte horrifique, offrant ainsi une relecture pertinente et gore au thème du serial-killer avec en ligne de mire une filiation directe quoique craspec à un certain Norman Bates.

Maniac... en attendant Henry, portrait d'un serial killer de John McNaughton.

http://www.therockyhorrorcriticshow.com/2010/12/maniac-william-lustig-1980.html

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