Une Cate manifestoment éblouissante

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Manifesto, est le premier film de Julian Rosefeldt, artiste allemand dont le travail consiste principalement en la création de films très visuels qu’il expose lors d’installations artistiques. Le film fût d’ailleurs premièrement montré en tant qu’installation à Melbourne, Berlin et New York entre 2015 et 2017 sous une version de plus de deux heures. La version cinéma ne se réduit quant à elle qu’à 90 minutes.

**En quoi consiste l’OVNI *Manifesto* ?**

Le film rassemble différents manifestes allant de celui de Karl Marx à celui de Lars Von Trier. Cate Blanchett incarne treize personnages passant par celui d’une enseignante, à une présentatrice de JT ou encore à une ouvrière, et scande ces manifestes historiques avec ferveur dans le but de les faire raisonner dans notre monde actuel.

**Cate Blanchett, jeu d’actrice de haut vol**

Cate Blanchett, que je trouve personnellement être une des plus grandes actrices de sa génération, incarne à la perfection ces différents personnages. Chaque manifeste a son personnage qui le représente et chaque personnage a sa voix, sa représentation physique spécifique. L’actrice, déjà habituée au travestissement avec son Bob Dylan dans I’m Not There, nous présente ici un sans domicile fixe et est méconnaissable. L’accent de l’Est qu’elle donne à la chorégraphe colle très bien au personnage. Ces changements d’apparences sont très bien réalisés selon moi et rend le film d’autant plus captivant. De plus, elle n’hésite pas à casser le quatrième mur en s’adressant plusieurs fois directement aux spectateurs, les mettant parfois mal à l’aise en les fixant des yeux, je pense notamment au personnage un peu punk.

**Les manifestes en eux-mêmes**

Ce sont donc ces treize personnages qui énoncent ces manifestes d’environ 10min30 chacun. Le lien que j’ai d’abord vu entre eux est celui de l’art puisqu’ils incarnent différents mouvements artistiques comme celui du dadaïsme lors de la scène de l’enterrement ou encore le pop art avec le personnage de la mère lors de la scène du dîner. Certains de ces mouvements sont moins connus mais ils sont tous énoncés vers la fin du générique post-film. D’autres thèmes tels que celui de la politique avec Karl Marx (le manifeste le plus connu qui ouvre d’ailleurs le film) ou encore celui de la philosophie sont abordés. Au début du film j’essayais de tous les comprendre mais ils nécessitent une analyse plus poussée avec le texte sous les yeux, j’ai donc décrochée par moment avec la voix de Cate Blanchett qui me berçait. Petit paradoxe, je ne comprenais pas tout, mais cela ne me dérangeait pas.

**Les choix de mise en scène**

Julian Rosefeldt a fait le choix de ne pas présenter les manifestes par chapitres car certains s’entrecoupent. C’est d’ailleurs peut être ce choix de composition/collage qui a pu créer chez certains une certaine confusion. La voix-off, omniprésente au départ, laisse place ensuite à plus de monologue de la part de Cate Blanchett et cela insuffle un nouveau rythme. Cette voix presque robotique par moment, un brin oppressante du début plonge directement le spectateur dans le vif du sujet, presque en le prenant par surprise d’un tel choix narratif. Ce choix justement m’a paru ralentir le film, il ne tient pas dans la longueur, au bout d’une heure de visionnage je trouvais cela long jusqu’à l’arrivée du personnage de la chorégraphe qui m’a fait sourire car j’ai déjà eu l’occasion d’assister à ce genre de représentation. Je voulais également parler des marionnettes que je trouve très bien réalisées avec leurs expressions figées presque effrayantes ainsi que du plan de l’escalier dans l’usine qui est juste magnifique.

*Manifesto* est un film expérimental et est plus à appréhender tel un objet d’art plutôt qu’un film tel que nous les connaissons selon moi. Il est compréhensible que certaines personnes n’adhèrent pas car ce genre reste très particulier. Ce n’est pas du divertissement pur mais un appel à la réflexion. J’ai également remarqué une référence à *2001 : L’odyssée de l’espace* avec la présence d’un étrange monolithe noir qui absorbe le personnage de la scientifique, mais cela ne vient peut-être que de moi et de mon cerveau en pleine ébullition cherchant des explications à ce film énigmatique.

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