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Le prologue du film est l'enchaînement de plusieurs plans, que l'on voit surtout comme des tableaux. On y voit différentes scènes, comme par exemple: un gros plan sur le visage de Justine (qui est d'ailleurs la première image du film), un cheval qui tombe, un jardin symétrique, Claire qui court avec son petit garçon dans les bras, Justine dans sa robe de mariée qui est retenue par les branches, trois personnages dos à un château, les planètes Terre et Melancholia séparées par la distance, puis enfin un plan de ces deux planètes qui s'entre choc. Tout cela au ralentis. Le visage vide de Kirsten Dunst, triste, dépouillé de tous sentiments, neutre, sur un fond beige rose, qui est quasiment de la même couleur que la peau de Justine.

Durant tout le film, Justine est l'incarnation même de la mélancolie. Après le prologue, on enchaîne avec une première partie à son nom, qui va nous raconter son histoire. C'est une femme qui à priori a tout pour réussir: un bon travail, une promotion, et un futur mari, puisque la scène se déroule lors de son mariage organisé par sa sœur et son beau frère. On comprend très vite que le mariage ne va pas être aussi parfait que prévus, bien au contraire. Premièrement les mariés ont plusieurs heures de retard, leur limousine est coincé dans le chemin qui mène au château, puis il va y avoir sa mère qui ne croit absolument pas au mariage, elle même divorcée, le père qui arrivera avec deux jeunes inconnues etc. Tout cela filmé caméra à la main, ce qui est une nette coupure entre le prologue, où les plans sont fixes, bien cadrés et travaillés, et cette première partie. Justine va petit à petit renoncer à ce mariage. Elle va commencer à entrer dans une forme de maladie, de dépression qui va la couper du monde. En bref, son mariage est échec, mais elle reste malgré tout seule, comme si c'était sa volonté. Au fond, Justine est comme la métaphore de la planète Melancholia. Elle est fascinante et repoussante à la fois. Elle et son futur mari représentent la Terre en opposition avec la planète. De plus, la musique originale du film est une musique de Wagner, Tristan und Isolde également une histoire d'amour qui retrouve les thématiques du désir et de la mort. Nous sommes entre l'amour et la mort, et plus précisément entre Eros et Thanatos.

Ce qui est passionnant à voir dans le film, par rapport à la construction des personnages, c'est le fait de partir sur une fausse piste dès le début. C'est-à-dire que dès les premières minutes, on ne peut s'empêcher de penser que Justine est quelqu'un de malade qui mérite de se faire soigner. Or, plus le temps passe, plus on s’aperçoit que malgré sa pathologie, elle est sans doute le personnage le plus sage de l'histoire. Sa sœur, qui est davantage l'incarnation des gens dit normaux, devient à la fin complètement hystérique et apeurée par la planète. Elle n'a plus la maîtrise d'elle même, elle perd complètement son sang froid. Puis il y a aussi son mari qui réalise qu'il s'était trompé et que la planète percutera bien la Terre, de ce fait il met fin à ses jours. Justine, elle, comprend que le temps qui passe et la mort son inévitable. Sa maladie lui donne la force et le génie d'accepter cette fin. La scène qui a fait beaucoup parler d'elle, est celle où elle sort dans la nuit pour aller s'allonger nue dans la nature afin de contempler cette planète. Il y a cette idée de se mettre à nue face à la nature, à l'univers, à la force créatrice et destructrice. Elle semble attirée par cette planète, à tel point qu'on a l'impression que ce n'est pas la planète qui vient à elle, mais elle qui s'avance vers la planète. D'ailleurs, une des images du prologue est un plan de Justine, vêtue de sa robe de mariée, qui avance tant bien que mal puisqu'elle est retenue par les racines de la Terre. Comme si la vie sur Terre, ponctuée de la mort, n'avait plus de sens, que tout est vain et futile. Alors qu'au contraire, Claire n'est pas comme ça, c'est plutôt l'opposé. Elle est très attacher à la vie, et on la voit au début, au ralentit avec son garçon dans les bras, et ses jambes qui s'enfoncent dans le sol. Peut-être qu'elle représente la Terre mère, la matrice, qui garde cette volonté de vivre et qui est terrifié à l'idée d'une Fin.

Le film est très dérangeant à regarder. Il nous interroge en permanence: si je me retrouvais dans la même situation, quel comportement j'adopterais ? Celui de Justine, ou celui de Claire ? Et que se passe-t-il après la mort ? Que se passe-t-il après la destruction complète de la Terre mère, celle qui nous donne la vie. Au fond, les premières images du film sont tellement belles, tout en étant déroutantes, qu'on a l'impression que le réalisateur nous projette un fantasme. Il nous montre quelque chose qui nous envoute et nous terrifie à la fois. La beauté passe par la cruauté du film. Nous sommes au confluent de deux pôles: le rêve et la cauchemar, le noir et le blanc, la vie et la mort, etc. Le ralentis utilisé dans le prologue explique au nous nous situons: nous sommes hors du temps et de l'espace. Tirés par deux extrémités. Nous vivons cette histoire de deux manières différentes, à travers deux personnages qui s'opposent. Nous voyons la possibilité d'accepter que la création va de paire avec la destruction, et au contraire le fait de refuser cette idée, et d'essayer de continué à vivre. Ce film mêle l’esthétique, l'iconographie (de part ses multiples inspirations et symboles), la philosophie et la poésie.
Samia
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